Pour rapprocher Lyon de Bordeaux, la SNCF a annoncé ce jeudi 27 novembre, une liaison TGV entre les deux villes et desservira les villes de Poitiers et d’Angoulême. Les Picto-Charentais rient, les Limousins pleurent.
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En ce jeudi 27 novembre 2025, les habitants de la côte atlantique voient un vieux rêve se concrétiser : Bordeaux sera bientôt à cinq heures de train de Lyon ! « Nous ouvrirons une liaison Lyon-Bordeaux au plus tard mi-2027 avec des arrêts prévus à Massy ,en Ile-de-France, Saint-Pierre des Corps près de Tours, Poitiers et Angoulême », a déclaré à la presse Jérôme Laffon, directeur Ouigo au sein de SNCF Voyageurs, lors d’une présentation à la presse.
Croisée à la gare de Poitiers, cette voyageuse s’en réjouit déjà : « Cela m’intéresse particulièrement parce que, demain, je dois justement être à Lyon-Part-Dieu. Je m’arrête à Paris cette nuit, car aucune correspondance ne convient à mes horaires. Si vous me dites que, demain, il y a un train direct… Franchement ? Je serais heureuse ! »
Ce ne sera pas demain, mais l’entreprise ferroviaire s’engage à mettre sur les rails une rame d’une capacité de 1 288 places d’ici à deux ans. « Ce nouveau train est là pour répondre à une demande forte de mobilité à grande vitesse entre Bordeaux et Lyon, explique Franck Dubourdieu, le directeur de TGV Atlantique. « Comme il marquera des arrêts à Saint-Pierre-des-Corps, Poitiers, Angoulême, c’est bien tout le nord Aquitaine qui va en bénéficier. »

Bientôt, les voyageurs pourront rallier Bordeaux à Lyon en 5 heures.
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© Romain Burot – France Télévisions
Le nouveau PDG de la SNCF, et ancien Premier pinistre, Jean Castex, soutient le projet : « Il faut le faire parce que cela répond à une demande », a-t-il expliqué à l’Agence France Presse en début de semaine, en marge d’un déplacement à Sète (Hérault).
Si vous me dites que ,demain, il y a un train direct… Franchement ? Je serais heureuse !
Avec cette nouvelle ligne, la façade atlantique se rapproche des côtes du Rhône. « Ce sera très intéressant pour l’écologie et avantageux pour les vacances, se réjouit Mohamed, un voyageur attendant son train à la gare de Poitiers. Il n’y aura plus besoin de prendre sa voiture. » L’offre intéressera autant une clientèle touristique que professionnelle. La SNCF vise d’ailleurs un million de voyageurs sur ce trajet à terme. « Avec un billet sur deux à moins de 30 euros », Jérôme Laffon compte absorber une partie du trafic aérien et routier.
L’autre nouveauté, c’est une ligne TGV entre Tours et Bordeaux, passant par Poitiers et Angoulême. Sa mise en service, annoncée dès décembre 2026, permettra aux voyageurs du Grand Ouest d’arriver dans la capitale dès huit heures du matin et d’en repartir à 20h15 : « C’était une demande des élus et des travailleurs qui voulaient arriver avant 9h et pouvoir passer une vraie, longue journée sur place », explique Franck Dubourdieu.

D’ici 2030, il y aura 30% de rames de TGV Ouigo en plus en circulation, assure la SNCF.
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© Romain Burot – France Télévisions
Pour tenir la cadence, Ouigo va passer de 38 à 50 rames en circulation. Le directeur des trains TGV et Intercités a fait ses calculs : « D’ici à 2030, nous allons avoir 30 % de rames en plus, 30 % de places de plus et 30 % de voyageurs en plus sur le réseau Ouigo ». Certains voyageurs restent sceptiques devant ces annonces. « Il faudrait déjà respecter les horaires sur les lignes existantes », soupire Youcef. « Dans les pays européens et asiatiques, il n’y a pas de tels retards. On sent que c’est dégradé. »
Le tracé de ce futur Lyon-Bordeaux évite totalement le Limousin, le Centre et l’Auvergne, ce qui contrarie les élus et voyageurs de cette région. « Il n’y a même plus de liaison régulière entre Clermont-Ferrand et Saint-Étienne, et aucune desserte non plus entre Saint-Etienne et Limoges », critique Marc Goutteroze, président du collectif Aurail qui regroupe une vingtaine d’associations de défense du ferroviaire de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « Ce que nous voulons, c’est l’installation d’un train Intercités (non TGV) qui passe par les voies existantes entre Lyon et Bordeaux, et permettrait d’irriguer beaucoup d’autres villes ». Cette situation a même été dénoncé par Florent Ménegaux, le PDG du groupe Michelin dont le siège est à Clermont-Ferrand, qui considère que sa ville fait partie du « tiers-monde ferroviaire ». Jean Castex, l’actuel PDG de la SNCF, a promis de se pencher sur le dossier.
La nouvelle desserte, entre Bordeaux et Lyon, est une desserte à grande vitesse. Cette liaison n’est pas possible, en passant par le Massif central, vu l’état des infrastructures.
Marc Dubourdieu
Directeur de TGV Atlantique
Dans l’immédiat, « la nouvelle desserte que l’on opère entre Bordeaux et Lyon est une desserte à grande vitesse, avec des trains destinés à circuler à 300 km/h, explique Marc Dubourdieu. Cette liaison n’est pas possible (en passant par le Massif central) vu l’état des infrastructures. » Depuis l’abandon du train Intercités Lyon-Bordeaux qui passait par l’Auvergne et le Limousin et qui a fini lourdement déficitaire, la SNCF ne veut pas relancer cette ligne. » En 2019, une coopérative ferroviaire avait d’ailleurs lancé un projet, avant d’y renoncer.
Reste une solution : mettre en place un « train d’équilibre du territoire ». L’État pourrait décider, en tant qu’autorité organisatrice, de créer des lignes ferroviaires structurantes, nécessaires à la population. Déficitaires, elles bénéficient de financements publics.