« Il existe une génération prête à se lever pour la patrie ». Emmanuel Macron a annoncé, ce jeudi matin à Varces, devant la 27ème brigade d’infanterie de montagne, le retour du service militaire en France, sous la forme d’un « service national volontaire ». Une semaine après les propos terrifiants du général Mandon, qui a dit tout haut ce que les classes dominantes pensent tout bas, le gouvernement français avance dans la mise en place de son dispositif militariste.
L’objectif : recruter 50 000 jeunes de plus de 18 ans d’ici 2035, pour servir 10 mois dans l’armée. Si le projet prétend se baser sur le volontariat, Macron a tout de même prévenu « qu’en cas de crise majeure », le Parlement pourrait décider d’appeler sans leur accord des jeunes ayant été « repérés » dans le cadre de leur Journée Défense et Citoyenneté. Un nouveau pas vers un enrôlement généralisé des jeunes. Les annonces de Macron marquent le dernier épisode en date d’une [tendance croissante au retour du service militaire en Europe.
La semaine précédente, c’est la coalition allemande qui a acté le retour progressif du service militaire, avec la mise en place d’un recensement obligatoire de tous les jeunes aptes à servir. Le gouvernement allemand envisage même la mise en place d’un tirage au sort si le nombre de volontaires n’est pas suffisant pour atteindre 38 000 conscrits d’ici 2030. Un système particulièrement pernicieux, puisqu’il permet d’épargner les coûts d’un service militaire généralisé, tout en assurant à l’armée la quantité de recrues dont elle a besoin.
Le 24 octobre dernier, le parlement croate a voté pour la réintroduction du service militaire obligatoire. À partir de janvier 2026, 18 000 jeunes hommes (les femmes n’étant pas concernées) nés après 2007 seront appelés pour suivre une « formation militaire de base » de deux mois. Pour ceux qui refuseraient de servir l’armée, un service civil alternatif leur sera proposé, d’un à deux mois supplémentaires.
Cela fait plusieurs mois que les États européens prévoient le retour du service militaire, pour avancer dans le réarmement du continent. La France, l’Allemagne et la Croatie prennent pour exemple les pays scandinaves, qui indiquent depuis plusieurs années la marche à suivre dans la mise au pas de la jeunesse. À l’avant-garde de l’escalade, la Norvège n’a jamais aboli son service militaire, et l’a élargi aux femmes depuis 2014, recrutant 10 000 jeunes par an. La Lituanie a rétabli un service militaire obligatoire de 9 mois depuis 2015, en réaction à l’invasion de l’Ukraine. Seulement sept ans après l’abandon de la conscription, ce rétablissement initialement provisoire a été pérennisé jusqu’à aujourd’hui.
En 2023, c’est en usant des mêmes arguments que la Lettonie a rétabli un service de 12 mois pour les hommes de 18 à 27 ans, à la suite de l’incursion russe sur le territoire ukrainien. Au Danemark, le service est de onze mois, et est devenu obligatoire également pour les femmes depuis juillet dernier. Un tirage au sort a été mis en place pour sélectionner les participants. L’Estonie, l’Autriche et la Suisse possèdent également un service militaire obligatoire pour les hommes.
En Europe, ces exemples ne manquent donc pas, et la France pourrait bien s’appuyer sur ces dispositifs pour avancer dans le renforcement de son armée. En plus du service national, Macron a par ailleurs évoqué de nombreuses autres pistes pour diffuser les discours patriotiques parmi les jeunes : l’instauration d’un stage dans les armées pour les élèves en classe de seconde, la mise en place d’une cérémonie annuelle militaire dans les lycées… Il a également sous-entendu qu’une réforme du service civique ne saurait tarder. Il entend donc bien avancer dans ces offensives, en s’inspirant de ses voisins.
Ainsi, comme nous l’écrivions dans l’édito du Poing Levé, « dans une période de crise internationale, les États impérialistes comme la France et l’Allemagne se préparent en réalité à défendre leurs intérêts et celui de leurs entreprises les armes à la main, comme en Ukraine où il s’agit avant tout de récupérer leur part du butin. La rhétorique sur les menaces qui pèsent sur la nation ne peuvent masquer cette réalité, ni nous faire oublier qu’à chaque fois que les puissances européennes se sont lancées dans une course à la militarisation, celle-ci s’est conclue par une catastrophe, dont les travailleurs et la jeunesse ont été en première ligne. » Il y a donc urgence à s’organiser contre les plans mortifères que nous préparent les classes dominantes, car ce sont la jeunesse et les classes populaires qui payeront pour les plans guerriers de Macron.