« Moins 50 % », annonce une pastille noire. « Black Week », affiche une autre. Pas de doute, dans certaines vitrines du centre-ville de Rennes, ce vendredi 28 novembre, le Black Friday, journée de consommation mondiale, est bien ancrée. Mais pas pour Clarisse Lecointe, gérante du magasin de vêtements et chaussures Stories. La commerçante a décidé d’organiser un Pink Friday, « un vendredi rose ». « On a eu l’idée hier soir, ce n’était pas prémédité », assure la commerçante.
L’idée de cette action éphémère se résume en quelques mots sur une affichette rose : « Pas de remises, juste l’amour de vos commerçants indépendants. » Derrière cette opération, la volonté de sortir de l’aspect promotionnel de ce « vendredi noir ». « L’intérêt est d’ouvrir le regard sur les indépendants du centre-ville. C’est un message de soutien. » Elle pointe aussi la surenchère de ce mouvement : « Normalement, le Black Friday, c’est une journée. Là, c’est depuis plusieurs semaines, et, hier il y avait déjà des promos partout »
Le centre-ville impacté ?
Pour Clarisse Lecointe, ces offres au rabais, notamment pratiquées par les grandes enseignes désintéressent « les clients du centre-ville ». Anne-Claire Echelard, gérante du magasin de jouets pour enfants La Maison de Zazou, abonde dans ce sens : « Les gens restent dans leur canapé pendant cette période. C’est plus facile sur Internet. »
Les deux femmes ne veulent pas pour autant jouer la carte de la culpabilité envers les consommateurs. « Si on a décidé d’acheter quelque chose à 150 € et qu’on le voit à 100 €, on ne peut pas juger la personne si elle achète », estime Anne Claire Echelard. « Nous ne sommes pas là pour être contre les grandes enseignes, mais pour proposer autre chose comme le conseil », nuance Clarisse Lecointe.
La question des marges
Quelques rues plus loin, Anne-Lise Surget, gérante de la boutique éco-responsable Élémentaire, s’est très vite alignée sur l’opération ce matin. « Quand on est commerçant indépendant, on ne peut pas faire des promotions tous les deux mois. Puis, j’ai des marques que je vends qui ne font pas le Black Friday, donc je ne me vois pas le faire non plus. Et aussi, aucun client me demande si je le fais. »
“On ne peut pas se permettre dans notre situation de le faire en raison de nos petites marges, explique Mathilde Lelièvre qui tient la boutique de design végétal Succulente, située rue Bertrand. On ne va pas se mettre en difficulté.”
La valeur de l’objet
« Toute l’année, on essaie de vendre à un prix juste les produits et on sensibilise la clientèle dessus », relève Mathilde Lelièvre. Un point de vue partagé par Anne-Lise Surget. « Ces promotions enlèvent de la valeur à l’objet et aux personnes qui les fabriquent. Et il y a un grand écart qui se creuse alors entre les petites enseignes et les grandes marques. »
Anne-Lise Surget a rejoint cette journée du Pink Friday. (Le Télégramme/Jean-François Chesnay)
Ce dimanche, pour jouer les prolongations de ce vendredi noir, plusieurs commerces ouvriront leurs portes dans la capitale bretonne. Le groupe de commerçantes indépendantes ne se joindra pas à cette opération : « On sait qu’on rentre déjà dans une période de surconsommation à l’approche de Noel et qu’on achète des produits dont on n’a pas forcément besoin », raisonne Anne-Lise Surget. Pour Anne-Claire Echelard : « Le Père Noel travaille à temps plein et lui, il ne fait pas de remises. »