Dans le jargon policier, on parle de « véhicule de guerre ». La Citroën C3 blanche a pénétré avant 4 heures du matin dans le quartier résidentiel où vit Arnaud à La Seyne-sur-Mer. Le conducteur est resté au volant de la voiture stationnée au milieu de la voie.
Les quatre malfaiteurs ont forcé l’entrée de la maison ciblée. Mehdi tenait un pistolet semi-automatique dans la main gauche, Ryan enregistrait avec son smartphone la progression de l’équipe dans la maison.
Le commanditaire et deux complices – dont vraisemblablement le créancier – devaient être tenus au courant en direct et ont donné des instructions quasiment jusqu’à la dernière minute. « Dites-lui de payer ce qu’il doit parce que la prochaine fois on tue tout le monde », « Filmez bien, les frérots »…
Un système de télésurveillance
Le groupe s’est livré à un pillage en règle. Les meubles ont été fouillés, un coffre-fort incrusté dans un mur a été découvert. Les quatre hommes ont été précisément renseignés sur la localisation de la chambre d’Arnaud à l’étage.
En revanche, les intrus n’ont manifestement pas anticipé la présence d’un dispositif d’alerte et de télésurveillance. En déplacement à Paris, le propriétaire de la maison a découvert les images en temps réel sur son smartphone. « Cette visite nocturne hante encore mon client », souligne Me Bertrand Pin, aux intérêts de ce commerçant qui a bien failli assister au passage à tabac de son fils et de sa compagne. « À 800 km, vous ne pouvez rien faire si ce n’est appeler la police… »
Le jeune couple s’est barricadé dans la chambre d’Arnaud tant bien que mal en poussant un meuble de télévision devant la porte. La petite amie du jeune homme a surtout appelé à la rescousse ses parents… qui sont policiers. Ils se sont précipités à leur secours.

« J’ai fait l’erreur de ma vie »
Quand les effectifs de la brigade anticriminalité de La Seyne sont arrivés sur place, le quatuor a déjà été mis en fuite par les parents munis de leurs armes de service. Seul le conducteur de la C3 a pu être interpellé au volant du véhicule.
Les exécutants ont abandonné leur arme et leur butin dans des jardins. Ryan a seulement conservé la manette d’une console de jeux qui sera retrouvée en perquisition.
L’équipe a laissé de nombreux indices derrière elle et les protagonistes seront identifiés assez rapidement par les enquêteurs de la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de Toulon. « Je venais à peine d’avoir 18 ans, j’étais très influençable et je ne voulais pas passer pour un peureux. Aujourd’hui, je ne ferais jamais un truc comme ça, j’ai fait l’erreur de ma vie », déclare Ryan à l’audience du tribunal.
Pieds nickelés
« C’est un dossier “Maman j’ai raté l’avion” », compare l’avocat de Ryan, Me Matthieu Mineo pour souligner l’amateurisme de ce commando. Globalement, les avocats de la défense – Mes Carmelo Vialette, Thierry Ospital, etc. – plaident le rôle « secondaire » de « suiveurs opportunistes » ou d’intermédiaires joués par leurs clients.
« On n’est pas au paroxysme de l’horreur, j’ai conscience que l’atteinte aux personnes a pu être évitée, mais il ne faut pas minimiser », a cependant insisté la procureure. « Il faut que la justice réagisse, cela mérite des sanctions à la hauteur des objectifs poursuivis. Ce n’est pas de leur fait si cela n’a pas été plus grave. »
Ryan a été condamné à une peine de trois ans de prison partiellement assortie d’un sursis probatoire. Mehdi, le gaucher qui tenait l’arme, a écopé de cinq ans de prison. Trois ans d’emprisonnement ont été infligés au détenu qui a participé au recrutement de l’équipe et à la logisticienne qui a fourni la voiture. Tous sont frappés d’une interdiction de paraître dans le Var pour Ryan, voire en région Provence-Alpes-Côte d’Azur pour les autres, pendant cinq ans après avoir purgé leur période de détention. Les mineurs seront quant à eux jugés par le tribunal pour enfants.