Sept saisons en rouge et noir, 153 matches avec le RCT, trois coupes d’Europe, un Brennus… Sébastien Tillous-Borde a vécu mille vies sur la rade. Particulièrement apprécié par le public, le demi de mêlée, aujourd’hui entraîneur de Montauban, s’apprête à retrouver Mayol. À désormais 40 ans, « Titi » a accepté, pour Var-matin, de se replonger dans son aventure ô combien folle avec Toulon.

S’il fallait résumer Toulon en un mot, quel serait-il ?

(Il marque une pause) Compliqué, ça. Le premier qui me vient, c’est « passion ». Toulon, ça a été une grande partie de ma vie, rugbystique et familiale. C’est l’endroit où je me suis construit en tant que joueur, mais aussi en tant qu’homme. Je m’y suis marié, mes deux enfants sont nés à Toulon… J’ai beaucoup de racines ici. C’est plus qu’une attache. J’ai joué je ne sais combien de finales avec le club… Quand tu me dis Toulon, ça résonne, quoi. Pour moi, et pour ma famille. D’ailleurs, on revient au moins une semaine par an.

Vous allez retrouver Mayol, mais ce coup-ci dans la peau d’un adversaire… Qu’est-ce que ça fait ?

C’est… bizarre (il rigole) ! Quand j’ai arrêté (en 2018), j’ai entraîné deux ans à Toulon, puis je suis parti ailleurs (Bourgoin et Rouen) et je n’ai jamais eu l’occasion de rejouer face au RCT. Surtout, là, je sais que je suis dans le camp adverse. Je connais Mayol, son ambiance. Dans ma carrière, j’y ai joué deux fois, une avec Biarritz et une autre avec Castres. J’ai déjà goûté au vestiaire visiteurs, mais là, ça sera encore différent (sourire).

En battant les Tarn-et-Garonnais à Mayol le 5 avril 2009, les Toulonnais de Tana Umaga et Sonny Bill Williams (ici ballon en main) avaient acquis une précieuse victoire en vue du maintien en Top 14.

Si on rembobine jusqu’à 2011, comment votre arrivée à Toulon s’est-elle faite ?

J’étais à Castres, dans le salon, quand Mourad m’a appelé. On était en janvier ou février 2011. Il me voulait et m’avait dit : “Cette année, on va être champion de France… et l’an prochain, d’Europe”. J’avais répondu qu’on ferait peut-être le doublé en 2012, plutôt. Finalement, on a perdu les deux finales cette année-là (sourire). Heureusement, derrière, il y a eu beaucoup, beaucoup de joie. Des finales, un triplé en coupe d’Europe, un Brennus. Des finales perdues, aussi. Mais c’était incroyable.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre aventure toulonnaise ?

Le caractère des Toulonnais. Ces supporters, cette ambiance, cette ferveur pour le club. J’ai toujours aimé ça. Dans le bon, comme dans le mauvais. Ils peuvent être durs, mais à raison. Quand tu ne mouilles pas le maillot, c’est compliqué. Sinon, au niveau purement rugby, je retiens surtout que nous étions une équipe de frères. On nous a beaucoup qualifiés de « mercenaires ». On était tout sauf ça. Nous étions une équipe multiculturelle et on se battait les uns pour les autres sur le terrain. C’est ce qui nous a permis de réaliser nos rêves et de marquer l’histoire du club, comme les glorieux aînés.

À cette époque, vous rendiez-vous compte de ce que vous étiez en train de réaliser ?

On savait qu’on faisait quelque chose de beau. Le plus dur à réaliser, peut-être, c’était le triplé. D’ailleurs, il y a une anecdote à ce sujet. Quand on gagne la première fois, on fait la fête. La deuxième, c’était incroyable, avec 70 000 personnes dans la ville. Et la troisième, on ne la fête même pas… Je pense qu’on s’était un peu embourgeoisé. C’était devenu une habitude de gagner et personne, autour, ne se rendait compte qu’on avait fait un truc juste impensable. Derrière, les années suivantes, on a un peu perdu notre culture pour continuer à tout gagner.

S’il ne fallait garder qu’un seul match de vos 153 apparitions avec Toulon, quel serait-il ?

Si je dois en donner un seul qui m’a vraiment marqué, je choisis la finale de coupe d’Europe contre les Saracens, en 2014 [Toulon l’avait emporté 23-6 au Millennium, à Cardiff, Ndlr]. Ce soir-là, on était à l’apothéose de notre rugby. Les Saracens avaient une génération ultra-solide et sur ce match, on les défonce quoi. Dans l’engagement physique, c’était une bataille de dingue. Avant la finale, dans leurs déclarations, on sentait qu’ils se voyaient déjà gagner. Sauf qu’on s’offre ce match en pratiquant notre meilleur rugby. Et derrière, on va chercher le doublé avec le Brennus. C’était fou. Tout comme le retour en bateau à Toulon, le port et la ville… Il y avait une euphorie générale.

À Toulon, vous avez également connu Pierre Mignoni en tant qu’entraîneur des arrières [de 2011 à 2015]. Quel rapport avez-vous gardé avec lui ?

Quand il a arrêté sa carrière, j’ai été celui qui devait le remplacer (comme demi de mêlée). C’était particulier, quand même (sourire). Il a été directement notre entraîneur des trois-quarts. Pierre, c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Parce qu’il est droit, qu’il dit les choses et qu’il est carré. Ce sont des valeurs qui me plaisent. Il m’a beaucoup apporté, notamment en termes de rugby. C’était un international, très fort au poste. Je n’avais que 24 ans à mon arrivée. Il m’a conseillé, m’a aidé, m’a fait travailler même si j’aimais déjà énormément ça. Et quand on y pense, Pierre, il s’est aussi construit avec nous en tant que coach. J’en garde de très bons souvenirs.