Lorsque Johanne Lindskog est arrivée pour prendre la direction du musée Chéret à Nice, en 2019, elle a découvert La Prière, un tableau de Maurice Denis acquis par son institution. Après avoir consulté les archives, cela lui a donné une idée : remettre la lumière sur ce peintre honoré en 1925 par la Société des Beaux-Arts de Nice.

Lors de son 31e salon, organisé au Palais Baudran, au numéro 24 du boulevard Victor-Hugo, la Société des Beaux-Arts avait présenté 43 de ses œuvres. Une forme de rétrospective pour celui qui allait avoir 55 ans, au sommet de sa gloire et soutenu par plusieurs mécènes depuis la fin de la Première Guerre mondiale.

Un autre regard sur sa carrière

Un siècle plus tard, la moitié de ces tableaux, dispersés un peu partout et parfois impossibles à localiser, est présentée au musée Chéret, jusqu’au 8 mars 2026. L’exposition, intitulée L’Éclat du Midi, est agrémentée d’autres réalisations de celui qui a vu le jour à Granville, dans la Manche, avant de passer l’essentiel de sa vie dans les Yvelines, à Saint-Germain-en-Laye.

« En général, on dit de Maurice Denis qu’il est le fondateur du mouvement Nabi*, qu’il est un peintre du religieux, ayant signé de nombreuses scènes d’annonciation. Ou bien on le rattache à la Bretagne, à Perros-Guirec. Des axes toujours assez répétitifs. Nous, on a voulu l’aborder sous d’autres angles, à travers une décennie, les années 1920 et une région, le Sud », détaille Johanne Lindskog, co-commissaire avec Jeanne Pilon, responsable des expos aux Beaux-Arts de Nice.

*Le mouvement Nabi : formé en 1888 à l’Académie Julian à Paris, le groupe se compose de Paul Sérusier, Maurice Denis, Pierre Bonnard, Ker-Xavier Roussel et Paul-Élie Ranson. Ces disciples de Gauguin, symbolistes et portés sur l’ésotérisme, prônaient un retour à l’imaginaire et à la subjectivité. « Nabi » signifie « prophète » en hébreu.

Dans le Sud, il rencontre Cézanne, Signac ou Renoir

En tout et pour tout, Maurice Denis aura effectué trois séjours dans le Midi. Le premier a lieu en 1906. À Aix-en-Provence, il attend à la sortie d’une église en espérant rencontrer Cézanne. Bingo : le maître l’invite chez lui. Puis il entame un périple à bicyclette, de Marseille à Bordighera, en Italie.

Sanary, Bandol, Toulon, Cavalaire, Agay, Antibes, Nice… Les haltes sont nombreuses et souvent propices aux moments de partage avec des « confrères », comme Paul Signac à Saint-Tropez ou Renoir à Cagnes-sur-Mer.

Les rangées ordonnées de cyprès, la splendeur du mimosa, la délicatesse des pins parasols l’inspirent, tout comme la beauté sauvage du cap d’Antibes ou du baou de Saint-Jeannet lors de ses voyages suivants, en 1913 et en 1922. À chaque fois, il griffonne ses croquis dans un carnet, avant de retourner à son atelier.

Avec Nausicaa : Le Jeu de balle, il donne une dimension mythologique, en évoquant un épisode de L’Odyssée d’Homère, à travers une partie de tennis entre deux femmes élégantes, avec un aperçu sur le Haut-de-Cagnes en arrière-plan.

Le charme d’Antibes… et d’Elisabeth

En 1919, Maurice Denis perd Marthe, la mère de ses six enfants. Dans sa demeure, il commence la construction d’une chapelle où sa défunte épouse est présentée en sainte.

Trois ans après, le peintre est de retour sur la Côte d’Azur, en voyage de noces avec sa seconde femme, Elisabeth, qui enseignait la musique à Bernadette, l’une des filles de Maurice Denis. Plusieurs sites le séduisent une nouvelle fois. Sur sa toile, la chapelle Saint-Cassien de Cannes apparaît, baignée dans une délicate lumière de tombée du jour, en hiver.

Le « jeune » couple loge durant trois semaines dans une annexe de l’Hôtel de l’Ilette, à Antibes. Denis se focalise autant sur l’oratoire du sanctuaire de la Garoupe que sur les formes généreuses d’Elisabet, posée devant une fenêtre donnant sur la vieille ville, dans une robe rose glissant sur l’une de ses épaules.

« Il est absolument conquis par sa nouvelle épouse et il ne cesse d’en montrer ses charmes et la volupté de son corps, jusqu’à la représenter en trois aspects, en faisant peut-être référence aux Trois Grâces. Cette période a marqué un renouveau dans sa vie, personnelle et artistique », indique Jeanne Pilon.

Pratique : Musée des Beaux-Arts de Nice. 33, avenue des Baumettes. Du mardi au dimanche, de 11 h à 18 h. Entrée 10 euros, gratuit pour les moins de 18 ans et habitants de la Métrople. Plus d’informations sur le site du Musée.