« Je touche 1.400 euros de retraite », commence Ali(1). Un montant avec lequel il fait vivre son épouse, mais aussi son fils. Alors face à un pouvoir d’achat toujours plus restreint et à force de difficultés financières, ce septuagénaire résident de La Seyne a fini par ne plus pouvoir payer son loyer de 650 euros mensuels. Presque la moitié de son revenu. « Je vous assure que je suis très attentif et que nous ne faisons pas de folie », se justifie-t-il dépité : « Au marché, je prends toujours ce qu’il y a de moins cher ! »

Loin du cliché du locataire volontairement mauvais payeur, Ali s’est rapidement retrouvé avec une dette d’environ 2.000 euros.

Comme 5,4 % des bénéficiaires de l’aide personnalisée au logement. À l’occasion d’une étude destinée à « comprendre l’ampleur, les dynamiques et la géographie des impayés de loyer parmi les allocataires varois », c’est ce que révèlent la Caisse d’allocations familiales du Var et l’Agence départementale d’information sur le logement (Adil). Un chiffre qui leur permet d’extrapoler la part globale des Varois ayant connu la même situation : 2,8 %.

Contexte tendu

« Le logement est le premier poste de dépenses des ménages », rappelle d’abord Julien Orlandini, le directeur de la Caf, tandis que Marc Esponda, directeur général de la Maison de l’habitat, souligne la tension sur le marché locatif de l’immobilier. Il précise d’ailleurs qu’au niveau du parc social, « 45.000 demandes sont actuellement en suspens ; dont une sur dix seulement est satisfaite chaque année », alors que « les demandes de droit au logement opposable (Dalo) ont augmenté de 39 % entre 2022 et 2024 ».

Un contexte qui accentue la problématique des impayés de loyer. Au point que les commandements de payer ont fait un bond de 20 % entre 2024 et l’année précédente. Un phénomène d’autant plus prégnant dans les zones où la tension est la plus forte. Ainsi, la part des allocataires de la Caf du Var en défaut de paiement dans la métropole Toulon – Provence – Méditerranée s’établit à 6,1 % (au-dessus de la moyenne départementale), contre 4,1 % dans la communauté d’agglomération de la Provence verte (en dessous).

Dans le même temps, le montant médian des impayés est fortement et sans surprise corrélé avec celui des loyers. Ainsi, il avoisine les 2.200 euros dans le golfe de Saint-Tropez, contre 1 200 euros dans TPM.

Dérapage incontrôlé

« Le croisement de ces données est important, souligne Julien Orlandini, afin de les analyser pour comprendre et de comprendre pour agir. » Objectif, souligne-t-il : éviter que ces situations ne dérapent, grâce à un accompagnement spécifique. C’est ce dont a bénéficié Ali, avec notamment un plan d’apurement de sa dette avec des mensualités de 50 euros, ainsi que la mobilisation du Fonds de solidarité logement de TPM.

Tout au long de la procédure, le versement de l’aide personnelle au logement (APL) dont bénéficiait cette famille a également été maintenu.

Un point essentiel dans la gestion de ces situations car « souvent les propriétaires bailleurs qui perçoivent l’APL directement craignent de la voir suspendue s’ils signalent l’impayé », explique le directeur de la Caf, rappelant que leur versement est conditionné au paiement d’un loyer. « Du coup, pour ne pas tout perdre, ils préfèrent essayer de résoudre le problème de leur côté. »

60 % de médiations positives

Marc Esponda de la Maison de l’habitat observe d’ailleurs « une prévalence de l’impayé chez les petits propriétaires ». Il détaille : « Dans ces cas-là, l’APL couvre souvent la quasi-totalité du loyer. Les bailleurs préfèrent alors avoir 20 euros d’impayé chaque mois, plutôt que risquer de devoir renoncer à une somme plus importante. » Sauf que la conséquence est généralement une détérioration de la situation.

Ainsi, la Caf enjoint-elle les propriétaires de l’informer au plus tôt. « Plus on agit précocement, plus vite la situation peut être résolue », assure Julien Orlandini. Plus de 60 % des médiations menées par l’Adil débouchent en effet sur des plans d’apurement.

1. Le prénom a été modifié.

Le profil des locataires en situation d’impayé

C’est l’un des enseignements les plus marquants de l’étude présentée par la Caf et d’Adil : être en emploi ne garantit pas d’être à l’abri d’une situation d’impayé de loyer. En effet, selon les données collectées auprès des allocataires, 30 % de ceux qui connaissent cette difficulté sont des « actifs occupés ». 49 % sont âgés de 40 à 59 ans.

Reste que les « inactifs », c’est-à-dire non-inscrits à France Travail, représentent tout de même 39 % des personnes en défaut de paiement.

Un autre point essentiel concerne la fragilité des ménages : un tiers des impayés sont le fait de familles monoparentales et la moitié de personnes seules.

À qui la faute ?

Quant aux causes de l’impayé, si elles sont éminemment liées une certaine précarité, elles relèvent aussi souvent de méconnaissance des droits et des devoirs des locataires et de leurs propriétaires. « Le premier arrête de payer parce qu’il estime que le second doit financer des réparations ou des rénovations », remarque Marc Esponda.

L’Adil propose ainsi des ateliers permettant à chacun de mieux appréhender ce qu’il en est, tandis que la Caf prévoit d’informer plus précisément ses allocataires sur ces questions.