Publié le
29 nov. 2025 à 18h07
Ce n’est pas la première fois que le sujet fait parler de lui : à Bordeaux, un riverain se plaint des nuisances sonores liées aux terrasses de bars à proximité de son habitation. Mais Alban Colomès est monté au créneau en saisissant le tribunal administratif. Il a obtenu la condamnation de la mairie ce mardi 25 novembre 2025. La municipalité a désormais deux mois pour « mettre en œuvre ses pouvoirs de police en vue de limiter les nuisances sonores » liées aux bars du quai Louis XVIII. Une décision qui pourrait « faire jurisprudence pour la tranquillité des centres-villes », espère le riverain.
D’un bar à six en quelques années
« Lorsqu’on a emménagé en 2015, il y avait un seul bar. Autour, c’étaient des restaurants », explique Alban Colomès auprès d’actu Bordeaux quelques jours après la décision. « On l’a fait en toute connaissance de cause. Mais au fil des années, les restaurants ont été transformés en bars et les nuisances sonores n’ont cessé d’augmenter. »
Aujourd’hui, six établissements sont installés sur une soixantaine de mètres. Particulièrement gêné les soirs de fin de semaine, le Bordelais témoigne de difficultés à s’endormir et de fréquents réveils liés au bruit.
Après avoir saisi les municipalités d’Alain Juppé, Nicolas Florian puis Pierre Hurmic, le riverain explique avoir été « contraint de saisir la justice » en ne constatant aucune amélioration.
Plutôt qu’attaquer les bars concernés, Alban Colomès a choisi de mettre en cause la mairie, en sa qualité de gestionnaire de l’espace public. « Le problème ce n’est pas une terrasse, c’est la somme de celles accordées par les municipalités successives ».
Des seuils largement dépassés
Pour étayer sa requête, Alban Colomès s’est appuyé d’une expertise judiciaire réalisée les jeudi 22 septembre et samedi 8 octobre 2022. Selon le rapport daté du 8 février suivant, les mesures acoustiques « mesures ont mis en évidence une non-conformité significative vis-à-vis de la réglementation applicable ».
D’après l’expert, « le bruit perçu dans l’appartement du requérant comme [provient] exclusivement des cris et discussions des clients installés en contrebas sur les terrasses des bars » et « couvre largement tous les autres bruits de l’environnement immédiat. »
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D’après le tribunal, les différentes interventions municipales ne se sont pas avérées suffisantes. « Dans ces conditions, le maire de la commune de Bordeaux ne justifie pas être intervenu efficacement pour faire cesser ou réduire les nuisances constatées. Cette carence dans la mise en œuvre de ses pouvoirs de police générale est de nature à engager sa responsabilité », peut-on lire dans le jugement.
La mairie a été condamnée à verser à Alban Colomès 5 000 euros pour les troubles anormaux de voisinage, 1 500 pour les frais de justice et de prendre en charge l’intégralité des frais d’expertise (5 624,74 euros). « Je n’ai pas fait ça pour l’argent, ça ne rembourse qu’un tiers de ce que j’ai dépensé sans compter le temps et l’énergie investis » affirme le riverain qui avait réclamé la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice subi.
Agir dans les deux mois
Surtout, la municipalité doit mettre fin aux nuisances sonores sur le quai Louis XVIII en usant de ses pouvoirs de police dans un délai de deux mois. « Une décision très importante », remarque Stéphane Pusateri, président de l’association des riverains et résidents de Bordeaux. « Espérons qu’enfin la mairie fera respecter les règles sur les terrasses et ne laissera plus faire les choses. »
La Ville de Bordeaux a deux mois pour contester la décision du tribunal. Elle « se laisse le temps nécessaire pour analyser cette décision et l’opportunité de faire appel », précise Marc Etcheverry, adjoint au maire chargé de la sécurité, quelques jours après le jugement.
Attachée à « assurer la bonne cohabitation entre les activités commerciales festives et en même temps la tranquillité des riverains », la mairie affirme avoir à cœur de « trouver ce point d’équilibre » fragile. « On entend que des riverains puissent subir des nuisances sonores, mais contrairement a ce qui a pu être avancé, la Ville n’est pas inactive sur le sujet », souligne l’élu.
Marc Etcheverry rappelle le travail des agents placiers qui « contrôlent régulièrement le bon respect des dimensions de terrasses » ainsi que l’action de la police municipale contre le tapage nocturne. Plus de 300 établissements sont contrôlés par an : en 2025, il y a déjà eu 119 procédures lancées à l’encontre de ceux qui ne respectaient pas les règles.
Pour apaiser la situation du Quai Louix XVIII à court terme, le passage de la police municipale doit être renforcé. Les agents vont effectuer des « contrôles de la conformité des droits de terrasse et des études acoustiques de tous ces établissements ». La mairie a également convoqué les gérants des établissements concernés pour « trouver des pistes d’amélioration collective », en présence de représentants de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (l’Umih).
Un sujet complexe de cohabitation
Au-delà du sujet du Quai Louis XVIII, Alban Colomès espère que le jugement « marque un tournant et montre aux habitants qu’ils peuvent obtenir gain de cause ». « Il faut diluer les terrasses dans l’espace public et arrêter la mono-activité. Les habitants ont le droit d’habiter en ville sans être condamnés à subir le vacarme nocturne », ajoute celui qui est aussi président de l’Association des riverains des quais de Bordeaux.
« Le bruit de fond lié au brouhaha urbain est plus complexe à traiter que les nuisances pour tapage manifeste. Toutes les villes de France cherchent actuellement à trouver des solutions sur ce sujet », souligne de son côté Marc Etcheverry.
« Il y a 1 090 terrasses à Bordeaux, et on compte au maximum une vingtaine de points qui focalisent des problématiques de cohabitation avec des riverains », relativise l’élu. La mairie affirme être proactive sur le sujet avec « le service des terrasses, la police municipale, les médiateurs de vie nocturne et médiateurs sociaux ainsi que le dispositif Bordeaux la nuit ».
Les riverains ne doivent pas rester seuls dans cet inconfort qui peut-être généré par l’activité nocturne, il faut qu’ils viennent vers la mairie qui est là pour faire la médiation.
Marc Etcheverry
Adjoint au maire chargé de la sécurité, la prévention de la délinquance et la médiation
Pour traiter le sujet en profondeur, les équipes de la mairie travaillent sur le règlement des terrasses. Inchangé depuis 2014, le nouveau doit être mis en œuvre le 12 janvier prochain. Sans vouloir en dévoiler le contenu, Marc Etcheverry rappelle que la mairie a sondé 9 400 Bordelais sur le sujet. 90 % ont indiqué être attachées au développement des terrasses sur la ville de Bordeaux tout en poussant à être vigilant sur la question des nuisances sonores.
Dans le rapport d’expertise du 8 février 2023, utilisé pour le jugement du 25 novembre dernier, des mesures ont été proposées telles que la fermeture des terrasses à minuit ou la réduction du nombre de clients reçus en simultanés. Des pistes retenues par la mairie ? Affaire à suivre en janvier.
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