Les habitués de la ligne Manchester-Londres ont appris une bonne et une mauvaise nouvelle par voie de presse, samedi 29 novembre. D’abord, la bonne : la circulation du train de 7 heures du matin, l’un des plus empruntés en semaine, est maintenue dans la nouvelle grille d’horaires. “La mauvaise, c’est qu’aucun passager ne pourra monter à bord”, raille le quotidien The Guardian.
Cette situation “bizarre”, selon le journal de gauche, découle d’une obligation pour l’équipage de bord de la compagnie ferroviaire Avanti, qui exploite la ligne, de se rendre à vide jusqu’à la gare de Londres Euston. Le régulateur du secteur ferroviaire, l’Office of Rail and Road (ORR), “a décidé de faire circuler une rame coupe-feu, sans voyageur, qui permet de réagir plus vite en cas d’incidents sur le réseau”, tente d’expliquer le Manchester Evening News. “Le raisonnement derrière cette décision serait qu’au vu des obligations du personnel de bord et du matériel roulant, qui doivent assurer des trajets ultérieurs depuis Londres, la présence de passagers multiplierait les chances de retard, avec un effet domino sur le reste de la journée”, complète The Times, circonspect. C’est grotesque.”
Courrier international « Regarder partir le train »
Dans les faits, la liaison est donc… supprimée à partir de la mise en place du nouveau calendrier, le 15 décembre. “Les gens pourront regarder le train depuis le quai, le toucher puis le regarder partir”, ironise le spécialiste du ferroviaire Tony Miles auprès de The Guardian. Ce fameux train de 7 heures du matin, qui permet aux habitants de la quatrième plus grande ville du Royaume-Uni d’arriver peu avant 9 heures dans la capitale, est pourtant une vitrine pour la compagnie Avanti.
“C’est la liaison la plus rapide de la journée, réalisée en 1h59, ce qui permet à l’entreprise de communiquer sur le fait qu’elle relie Manchester et Londres en moins de deux heures”, indique le quotidien de gauche. C’est aussi la plus lucrative : un aller simple coûte quelque 193 livres sterling (220 euros) et jusqu’à 290 livres sterling (331 euros) pour un siège en première classe. “On peut parfois y croiser l’un des frères Gallagher [du groupe Oasis, originaire de Manchester], en pleine gueule de bois, d’après certains voyageurs”, s’amuse The Times.
Confronté aux protestations d’Avanti et d’Andy Burnham, maire du Grand Manchester, l’ORR a défendu son choix, “arguant qu’un trop grand nombre de passagers présents sur les lignes aux horaires critiques risquait d’avoir un impact ‘adverse sur les performances globales’”, relaie le journal londonien.
Les modifications d’horaires, prévues en général deux fois par an outre-Manche, constituent un défi complexe, concède la presse britannique. En 2018, la révision en profondeur de la circulation des trains, la plus importante jamais réalisée depuis la privatisation du secteur en 1993 (la renationalisation est en cours sous l’impulsion du gouvernement travailliste), avait par exemple conduit à l’annulation de centaines de trains en plein cœur de l’été.
Mais la presse n’en démord pas : cette décision pénalise injustement l’ancien berceau de la révolution industrielle britannique, déjà privé de la future ligne à grande vitesse (HS2). En l’état, ce “train fantôme”, comme le surnomme le Manchester Evening News, “devrait circuler pendant au moins cinq mois, jusqu’à l’élaboration de la prochaine grille d’horaires”.