Pitoyable jusqu’au bout. Comme si la condamnation de Gaël Perdriau ne suffisait pas, la majorité municipale se déchire désormais pour savoir à qui reviendra le fauteuil du maire. Quelques heures après le délibéré du tribunal, la majorité s’est réunie pour désigner son candidat. Les 32 élus qui soutenaient jusqu’alors d’une même voix Gaël Perdriau sont aujourd’hui divisés, donnant encore aux Stéphanois un spectacle affligeant.
Après cette réunion, un communiqué commun annonçant le candidat désigné devait parvenir à notre rédaction. Il n’est jamais venu, et pour cause. Ce mardi matin, deux sont finalement arrivés et montrent la fracture au sein de la majorité.
Marc Chassaubéné, « une candidature indiscutable » ?
À 17 h 30 ce lundi, Gaël Perdriau, qui sera démis de tous ses mandats car frappé d’une peine d’inéligibilité avec exécution provisoire, était au milieu des siens. Et leur a dicté la marche à suivre. Pour lui, pas de doute, le candidat doit être son septième adjoint, Marc Chassaubéné. Mais cette décision n’a pas été du goût de tous. « Cette réunion a été surréaliste. La candidature de Marc Chassaubéné nous a été proposée comme indiscutable, à notre grande surprise », confie l’adjointe Siham Labich, qui milite pour qu’une autre voie existe, celle de « l’apaisement ». Pour elle, comme pour d’autres élus*, seul le premier adjoint Jean-Pierre Berger peut assurer cet intérim. « C’est un élu respecté et expérimenté, un candidat naturel auprès des habitants. Il permettra de garantir la continuité, la stabilité, et la cohésion de notre équipe dans un climat apaisé, pour rassurer les Stéphanois, les services et l’opposition. »
Un vote à bulletin secret en a pourtant décidé autrement. Quinze voix ont désigné Jean-Pierre Berger et 17 pour Marc Chassaubéné, dont la voix du futur ancien maire. Une participation qui peut paraître bien surprenante mais qui n’est pas illégale, l’arrêté de démission d’office n’ayant pas encore été notifié par la préfète.
Le premier adjoint a des partisans
Jean-Pierre Berger ira-t-il au combat ? D’après nos informations, l’homme serait très marqué de ne pas avoir les faveurs de Gaël Perdriau. Mardi matin, dans un communiqué envoyé par l’attaché de presse du maire, le premier adjoint semble pourtant rendre les armes. Contraint et forcé ? « À la suite d’échanges nourris et constructifs, la majorité municipale a désigné lundi soir, Marc Chassaubéné pour être le candidat de la majorité à la fonction de maire de la Ville de Saint-Etienne. »
Les douze élus soutenant pourtant sa candidature se rangeront-ils à cet avis lors du conseil municipal de lundi 8 décembre, qui élira le nouvel exécutif stéphanois ? Siham Labich a prévu de faire une déclaration qui risque d’être fracassante. « Rien n’est joué », assure la deuxième adjointe, en guerre ouverte contre Marc Chassaubéné, avec les municipales de 2026 en ligne de mire.
Lionel Boucher, désormais dans l’opposition, n’exclut pas de voter pour Jean-Pierre Berger s’il se présentait. « La solution la plus sage serait que le premier adjoint finisse le mandat. Je souhaite que cette période de latence ne soit pas l’occasion pour quelqu’un de la majorité de faire campagne sur les deniers publics. La majorité ne peut plus faire comme si rien ne s’était passé, ils ne pourront pas se cacher derrière leur honte », estime-t-il.
Nicole Peycelon candidate, pas la gauche
Et si une autre voie était possible ? Nicole Peycelon, présidente du groupe Saint-Étienne Avant tout, espère l’incarner. « On savait qu’il y avait une guerre interne au sein de la majorité, mais j’ignorais qu’elle allait être étalée sur la place publique. » Son groupe présentera donc un candidat pour le poste de maire, Nicole Peycelon en personne. « On ne peut pas voter pour un candidat qui a toujours été dans la lignée de Gaël Perdriau et qui l’a soutenu dans son déni. C’est par principe. On peut offrir une autre vision, dans l’intérêt de la ville. »
Les neuf élus du groupe ont toujours demandé le retrait du maire et ont fini par quitter la majorité en mars 2024. « Quand nous avons créé notre groupe, on pensait que d’autres collègues allaient nous suivre mais ça n’a pas été le cas. » Et si ces élus franchissaient le pas lundi prochain ?
Une chose est sûre, la gauche et les écologistes, eux, ne présenteront pas de candidat. « Pour nous, le maire doit être issu de la majorité élue par les habitants. On ne veut pas profiter de cette affaire pour renverser la table et remettre en cause le vote de 2020. Mais on ne votera pas pour le candidat proposé par la majorité parce que nous ne sommes pas d’accord avec ce qui s’est fait ces dernières années. L’héritier du système Perdriau sera forcément quelqu’un qui a gardé un silence complice sur ce qui s’est passé », explique Isabelle Dumestre, élue du groupe Saint-Étienne Demain.
* Les élus appelant à voter pour Jean-Pierre Berger : Nora Berroukeche, Charles Dallara, Gabriel De Almeida, Frédéric Durand, Catherine Grousson, Diarra Kane, Siham Labich, Cyrine Makhlouf, Brigitte Masson, Thierry Nitcheu, Anne-Sophie Riou, Fanny Rivey.