Les professionnels et les parents dénoncent « une panne persistante de la chaufferie depuis trois ans, l’absence de chauffage dans les dortoirs et le lavage des enfants à l’eau froide ». L’entreprise répond que cette fermeture, due à « une panne de chaufferie », a été décidée « pour le bien-être des enfants ».

Le jeudi 27 novembre, à 17 h 49, les parents d’enfants accueillis à la crèche Joséphine Baker ont été informés par mail que l’établissement « subit actuellement une panne de chaufferie. La température ne permet plus d’accueillir les enfants, aussi la crèche sera fermée à compter du vendredi 28 novembre ».

« Nous avons été mis devant le fait accompli, sans possibilité de prise en charge pour le vendredi », témoigne le père d’un enfant de dix-huit mois. « Il y a eu des propositions d’accueil dans d’autres crèches à partir du lundi, mais dans d’autres quartiers de Montpellier et même à Mauguio ! ».

Une maman d’un petit enfant a accepté une solution dans une crèche d’un quartier éloigné. « Je travaille à côté, donc c’est un moindre mal. Mais d’autres parents n’ont toujours pas de solution… »

Déjà plusieurs fermetures à cause de la chaufferie

Selon la Ville, informée par People and Baby, « la dizaine de familles nécessitant un accueil prioritaire disposaient de solutions d’accueil le lundi ».

À la crèche Joséphine Baker, les parents que nous avons croisés témoignent de problèmes récurrents de chaufferie. « La crèche avait dû fermer en décembre 2023, puis à nouveau en janvier 2024 », témoigne un père de famille.

« Des personnels nous ont dit que le problème remontait à trois ans. Plusieurs réparations ont été faites, mais sans succès. Du coup, ils surchauffaient volontairement certaines pièces dotées d’un chauffage indépendant, en laissant les portes ouvertes afin de maintenir une température acceptable. »

La Ville, « jamais informée », cherche des solutions

« Nous n’avions jamais été informés de difficultés avant cette semaine et aucun problème de défaillance de l’eau chaude ou de chauffage n’était remonté aux services de la Ville de la part des professionnelles ni de la direction de la crèche, y compris lors de la visite inopinée de la crèche qui a été organisée le 6 octobre dernier », écrit Jean-François Rioufol, directeur du Pôle Petite Enfance de la Ville, aux parents.

« Jeudi soir de la décision prise par le délégataire de fermer l’établissement (la Protection maternelle infantile est également avisée de la situation). Bien que ce problème technique relève directement du gestionnaire (People and Baby), nous travaillons activement à ses côtés pour rétablir la situation le plus rapidement possible. »

« Deux démarches sont en cours : le lancement immédiat, par People and Baby des mesures de réparation (ou de changement) de la chaudière, et la recherche de solutions techniques fiables dans l’attente ; la mobilisation de la Ville aux côtés de People and Baby pour aider ce dernier à trouver des solutions d’accueil transitoires en attendant la réouverture de la crèche ».

« Mon fils va mieux quand il ne va pas à la crèche »

Mais ce système D semble avoir atteint ses limites. « Des professionnels font état d’une température descendue à 8 °C dans un des dortoirs. Pendant les pannes de chaudière, le lavage des bébés était réalisé à l’eau froide. Un matin, je suis arrivée et le personnel m’a dit qu’ils ne prenaient pas les enfants parce qu’il n’y avait pas d’eau chaude. Je trouve ça hallucinant, on parle quand même de bébés ! »

« J’ai eu mes deux enfants dans la crèche, témoigne une maman. Ça fait donc plus de quatre ans que je la fréquente. Dans la pièce où se trouve mon fils, il y a des problèmes de chauffage l’hiver et la clim tombe en panne l’été. Là, il tousse depuis trois semaines. J’ai rendez-vous chez le médecin demain. Il va mieux quand il ne va pas à la crèche. »

Les parents dénoncent aussi des problèmes de climatisation l’été.

Les parents dénoncent aussi des problèmes de climatisation l’été.
Midi Libre – RICHARD DE HULLESSEN

People and Baby : « notre priorité, un accueil de qualité »

« Sur demande de la ville de Montpellier », People and Baby a invité les parents à un temps d’échange, ce mardi 2 décembre, dans les locaux de la crèche, en présence de l’élue petite enfance, des services de la ville, du directeur d’exploitation du groupe People and Baby et de l’équipe de direction de la crèche.

« La qualité de l’accueil est notre priorité pour les près de 9 000 enfants que nous recevons chaque jour en France, affirme People and Baby dans un communiqué. Suite à la panne de la chaudière, nous avons pris la décision de fermer temporairement la crèche afin de garantir le confort et la sécurité des enfants. Chaque famille a été contactée dès vendredi, et des solutions d’accueil provisoire dans d’autres établissements leur ont été proposées. »

« Cette décision, longuement réfléchie, est nécessaire pour remettre l’installation en état de manière pérenne et prévenir toute nouvelle défaillance. Nous travaillons en étroite collaboration avec nos équipes sur place ainsi qu’avec la ville. Notre priorité reste d’assurer un accueil de qualité pour les enfants, les familles et les professionnels de la crèche. Nous reviendrons vers eux dans les meilleurs délais pour communiquer une date de réouverture le plus rapidement possible. »

« Le personnel a menacé d’exercer son droit de retrait »

Les parents ne reprochent rien aux professionnels. « Ils font le maximum dans des conditions très difficiles et tombent aussi malades. Il y a un turnover incroyable. J’ai connu au moins quatre directrices. Elles se sont battues mais n’ont pas été soutenues par l’entreprise. Sur les trois années où ma fille était accueillie, seule une professionnelle est restée d’un bout à l’autre ».

C’est justement le personnel qui serait à l’origine de la fermeture de Joséphine-Baker. « Ils ont menacé d’exercer leur droit de retrait en coordination, témoigne un papa. Ce qui a entraîné la décision prise un responsable de l’entreprise. »

Et de poursuivre : « nous sommes à leurs côtés, car depuis plus d’un an que notre fils s’y trouve, ils ont montré de la compétence et de l’attention. Il n’est pas tolérable qu’ils soient placés dans cette situation par leur employeur ».

La DSP, un principe contesté

C’est en septembre 2012 que la crèche Joséphine Baker a été ouverte dans le quartier Ovalie. C’est le principe de la Délégation de Service Public (DSP) qui avait été choisi pour cet établissement d’une capacité de 60 places en accueil collectif et de 9 places en accueil familial. La DSP permet aux communes de déléguer la gestion d’un équipement à un parttenaire privé. En mars 2012, les débats avaient été très chauds en conseil municipal, présidé à l’époque par Hélène Mandroux, à propos de la création de cette DSP. Selon la majorité, cette décision avait été prise pour parer aux problèmes de recrutement, deux crèches ouvrant simultanément à Montpellier. À l’époque, c’est à la Mutualité française de l’Hérault qu’avait été attribuée cette DSP pour trois ans. Avant que People & Baby ne rafle le marché dès 2015. L’argument financier avait alors été avancé par Max Levita, adjoint aux finances de Philippe Saurel. « Le coût de revient est de 4 000 € avec People & Baby, contre 8 600 € en régie municipale ». Depuis, la DSP a toujours été renouvelée, non sans des débats enflammés à chaque fois. Ce système qui fait la part belle au « moins disant » est même de plus en plus critiqué. En 2023, de nombreux témoignages de maltraitance infantile ont visé People ans & Baby au niveau national, ainsi que d’autres entreprises privées de la petite enfance.

« Les faits ont été dissimulés aux familles »

Dans une lettre envoyée à la Ville, les parents expriment leur « profonde indignation » et leur « colère face aux conditions inacceptables dans lesquelles nos enfants sont pris en charge depuis plusieurs années : panne persistante de la chaufferie depuis trois ans, absence de chauffage dans les dortoirs, lavage des enfants à l’eau froide ».

« Ces faits sont d’autant plus choquants qu’ils ont été dissimulés aux familles pendant une longue période. Nous ne permettrons plus que de telles dérives se prolongent dans le silence. »

Et de conclure : « Nous exigeons dès à présent une communication officielle et complète sur la situation réelle de la structure, un calendrier précis des travaux indispensables, des garanties écrites sur la sécurité et le confort des enfants et du personnel de la crèche. Nous attendons une réponse rapide et des actions immédiates. »