Plus ça va, plus je m’amuse ! J’aime sentir la terre sous mes doigts. C’est quelque chose qui peut paraître très enfantin, mais peu importe, c’est tout moi. C’est de plus en plus moi ! »

Il y a eu chez Leïla la phase hobby, simple passe-temps. Puis une phase d’intérêt croissant. « Et maintenant, ce matériau m’absorbe tellement que c’en est devenu une passion dévorante ! » Leïla Helmstetter voue une véritable dévotion à la terre. Matière dont elle use comme de son homonyme, la planète : à des fins exploratoires.

Sur les socles de la galerie Lillebonne, la sculptrice céramiste a repoussé les limites de son art. Par la taille de ses pièces, rarement atteintes, par l’audace créative.

Gorgés d’inspirations fantastiques, l’imaginaire de Leïla et ses doigts aventuriers ont donné naissance à des formes profondément organiques. Dont on soupçonne qu’elles sont le fruit de cellules manipulées par un savant fou qui n’aurait plus su comment en arrêter la prolifération. À moins qu’elles ne témoignent d’une vie insoupçonnée dans les profondeurs des océans.

« En même temps, 90 % de la planète vient de l’eau », rappelle-t-elle. « On a un peu oublié ce qu’on lui doit, en tant que bipèdes. » Elle en est d’autant plus consciente, qu’enfant, elle a résidé en Afrique, dans des pays où l’eau était rare et la moindre goutte précieuse.

Champignons, insectes et mollusques

Alors aujourd’hui, Leïla charge son argile de beaucoup d’eau, qui rend la texture malléable à loisir. Jusqu’à lui donner des formes dignes des planches d’un Moebius, grand maître de la bande dessinée SF.

L’œil qui se laisserait aller à la rêverie reconnaîtrait ici un micro-organisme grossi au télescope, là un champignon improbable, ailleurs un végétal invasif, un insecte issu de croisements multiples, un mollusque indéterminé, ou encore le mariage improbable des uns et des autres à des fins chamaniques.

« C’est vrai que ça me plaît d’emmener les gens dans un autre monde. Qui finalement est le nôtre. Parce qu’on n’invente rien au fond ! »

On n’invente peut-être rien, mais elle innove quand même. Donner forme à de grandes pièces a même requis certaines connaissances… en architecture. « Je procède par emboîtements. Une forme de jeu de constructions, morceau par morceau. Quitte parfois à me tromper, mais dans ce cas je tente autre chose. Ça aussi d’ailleurs ça renvoie à l’enfance. »

Vibrations de l’émail

C’est l’adulte en revanche qui, parfois, assume « ce besoin physique de se coltiner à la terre, d’en prendre quinze kilos et d’y aller ! Ça n’engage pas que les doigts de la main, c’est tout le corps qui entre en jeu dans ces moments-là ! »

Et à la surface de ces structures organiques impressionnantes de présence, s’agite encore un autre monde : celui des éclats de l’émail. Qui tantôt adoucit les aspérités de la forme, tantôt en renforce l’étrangeté au contraire. Ces reflets et jeux sensibles des couleurs et lumières, dans leurs vibrations, semblent insuffler à chacune de ces pièces cette âme, cette « Anima », qui donne son nom à l’expo.

Anima, par Leila Helmstetter, du mardi au samedi de 14 h à 19 h, jusqu’au 20 décembre, Galerie Lillebonne ; entrée libre.