Par

Zoe Hondt

Publié le

3 déc. 2025 à 13h36

« Bienvenue à vous tous ! » Élisa Savaete est journaliste à Radio France et Alban Leduc, pigiste en presse écrite. Samedi 29 novembre, à l’École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille (Nord), ils animent un atelier d’éducation aux médias « un peu différent ». Le principe : sensibiliser aux pratiques journalistiques, grâce à leur escape game « Cartes sur table ». Trois participantes se prêtent au jeu : « Vous êtes stagiaires dans notre jeune média local et nous devons constituer la Une du journal. Nous avons besoin de vous, une information de dernière minute vient de tomber. » Elles ont trente minutes pour « démêler le vrai du faux ». Top chrono !

« Ça m’intéressait de voir ce que vous deviez faire pour publier une info »

Inspiré d’un réel fait divers, le but du jeu est simple : « se mettre dans la peau de journalistes pour enquêter sur une mystérieuse histoire d’intoxication alimentaire à la cantine de l’école du village ». L’information provient d’une publication Facebook factice, créée par les organisateurs. Reste à découvrir s’il ne s’agit pas d’une rumeur, où se déroulent les faits et quels enfants sont concernés. Les trois participantes disposent de tout l’attirail du journaliste : un bloc-notes, un carnet d’adresses et même un téléphone pour contacter les sources. Pour les aider et rendre la partie plus ludique, Alban Leduc et Élisa Savaete ont préparé des outils : de fausses analyses médicales, des communiqués de presse à déchiffrer et même un jeu de société Qui est-ce ? transformé en trombinoscope.

« Attention, il reste un peu moins de cinq minutes ! » Derniers instants pour mener l’enquête et créer la Une. Les journalistes guident les participantes : « N’oubliez pas, il faut toujours répondre aux cinq questions essentielles : qui ? quoi ? quand ? où ? et pourquoi ? » La fin du chrono retentit. Vient le moment de débattre. « Alors qu’en avez-vous pensé ? » demandent Alban et Élisa. Les avis sont unanimes : « C’est vachement intéressant et bien pensé. »

Au-delà du jeu, les journalistes cherchent à comprendre le rapport que les participantes entretiennent avec les médias. Isabelle s’est inscrite la veille, à la dernière minute : « Ça m’intéressait de voir ce que vous deviez faire pour publier une info. » Finalement Élisa Savaete conclut l’atelier : « Il faut rester prudent. Ça arrive souvent que les informations ne soient pas vérifiées. C’est très dangereux. »

« Il y avait peut-être quelque chose à faire avec les adultes, dans les espaces ruraux »

« Cartes sur table » prend vie au cours d’un « voyage en vélo de dix jours, en Normandie ». Les deux journalistes, amis avant tout, faisaient régulièrement des « pauses dans des bistrots », où ils entendaient des discours négatifs et pessimistes sur la profession : « Des gens disaient que les médias ne servent à rien. » Le projet est donc venu de ce constat « un peu flippant », avec l’objectif de diminuer la « défiance » que beaucoup ont envers les journalistes. « On s’est toujours intéressés à l’éducation aux médias, et pendant ce voyage, on s’est dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire avec les adultes, dans les espaces ruraux. Beaucoup pensent que ce n’est que pour les jeunes, mais pas du tout », expliquent Alban et Élisa.

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Étudiants à l’ESJ Lille à ce moment, ils passent d’abord plusieurs mois à imaginer le jeu pour participer à un concours Ouest France. Lauréats, Élisa Savaete et Alban Leduc décident de s’investir plus largement dans le projet. En 2025, ils ont déjà présenté « cinq ou six fois » leur escape game. « C’est encore la phase de développement, où on améliore notre jeu après chaque partie. La deuxième phase est en cours : on essaye de trouver des partenaires pour financer le projet », expliquent-ils.

À terme, Alban et Élisa aimeraient créer le média Cartes sur table. Objectif : réaliser des reportages et podcasts après les parties de jeu, dans des bistrots ou bibliothèques en milieux ruraux. « Il y a des échanges, des débats. Ça permet aux gens d’exprimer leur avis sur les médias. Aujourd’hui, c’est difficile de dialoguer. On voudrait laisser une trace de nos passages. »

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