Par
Nicolas Zaugra
Publié le
6 déc. 2025 à 9h08
« On est sur un week-end où on a hâte que ça se termine » : Johanna Benedetti, présidente de l’association commerçante My Presqu’île (la plus importante de Lyon avec 500 commerces membres) n’est pas tendre avec la Fête des Lumières actuelle. Selon elle, le format sur quatre jours où 2 millions de personnes se pressent dans le centre-ville de Lyon sur quatre soirées pour assister à des illuminations gratuites est à bout de souffle. L’organisation actuelle pèse trop sur les commerçants et leur chiffre d’affaires vingt jours avant Noël. Elle appelle à complètement réinventer le modèle de la Fête des Lumières…
« Le pire week-end de l’année en période de temps forts »
Pour la présidente de l’association aussi commerçante, le week-end de la Fête des Lumières « est le pire de l’année » en matière de temps forts (soldes, Black Friday, période de Noël). Selon elle, c’est très paradoxal puisque des centaines de milliers de personnes se pressent dans le centre de Lyon.
On a fait une étude sur 2024 pour comparer cette édition sur les cinq précédentes éditions, et elle a été la pire en terme de retombées économiques pour le commerce du centre-ville. Cela fait réfléchir.
Johanna Benedetti, présidente de l’association commerçante My Presqu’île
Selon elle, les contraintes sécuritaires « qui sont légitimes » deviennent trop lourdes pour le commerce. « Dans les pentes où il y a énormément de portes d’entrées et de fouilles, les commerces ne travaillent pas du tout. Devant ma boutique, c’est bouclé dès 16h avec des militaires en arme et des gendarmes partout, personne ne veut entrer dans une telle rue ! », déplore-t-elle.
C’est surtout le secteur du tourisme qui sourit
La présidente de My Presqu’île estime que les flux de la Fête profitent uniquement aux hôteliers, restaurateurs et à quelques activités touristiques. Mais pas aux autres commerces. « Dans la période actuelle, on a besoin de tous les week-ends de décembre pour travailler à plein avant Noël », dit-elle.
On pense que cette année, la fréquentation sera plutôt bonne puisque les premiers chiffres qui nous sont remontés en termes de réservation hôtelière, notamment, sont 22% au-delà de ce que nous avions vu l’année dernière.
Grégory Doucet, maire de Lyon
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« Il faut réinventer la Fête des Lumières »
La représentante des commerçants estime qu’on arrive à la fin d’un modèle. « La FDL est en train de s’essouffler. La Presqu’île se vide de ses salariés, de ses habitants… c’est aussi mauvais pour le commerce », dit-elle. « D’autres secteurs du centre sont aussi les grands oubliés, comme Bellecour sud. »
Johanna Benedetti appelle à « réinventer » complètement cette fête. « Elle a retrouvé son niveau de fréquentation d’avant Covid, mais les retombées pour le commerce ne sont pas bonnes. »

Très commerçante, la rue Puits-Gaillot est privée chaque année du flot de visiteurs et de clients qui découvrent les illuminations de la Fête des Lumières à Lyon. (©Théo Zuili / actu Lyon)
Selon elle, il faut tout remettre à plat et « intégrer une réflexion pour tout le mois de décembre ». La commerçante glisse l’idée d’étaler des illuminations sur l’ensemble du mois. « Pourquoi pas des œuvres visibles pérennes, ouvrir à d’autres arrondissements qui sont oubliés. »
Les idées avancées par la candidate à la mairie Nathalie Perrin-Gilbert sont « à entendre et écouter », affirme Johanna Benedetti. L’ancienne adjointe à la Culture propose une édition de 15 jours, avec des œuvres de la cité internationale à Confluence.
« Un événement froid », « triste »
Johanna Benedetti considère qu’il est aussi urgent de tout revoir car l’événement est devenu « froid », « triste » et a perdu « son caractère traditionnel ».
Elle regrette que la municipalité actuelle ne se soit pas saisie de le transformer en profondeur. « Dès la première réunion il y a six ans lors d’une assemblée générale de My Presqu’île, on a évoqué ce projet. On nous a répondu qu’il n’était pas question de toucher au format. »
« Il faut à nouveau enchanter Lyon tout le mois de décembre », dit-elle. La campagne des municipales est en tout cas l’occasion d’en débattre.
Outre les propositions de Nathalie Perrin-Gilbert, le candidat Jean-Michel Aulas a aussi promis dans une interview accordée à actu Lyon d’augmenter nettement le budget de l’événement et d’en faire « une fête européenne, voire mondiale ». Il n’est pas entré dans les détails. Mais François Gaillard, ancien grand patron du tourisme à Lyon et soutien d’Aulas, a déjà révélé quelques pistes de changements.
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