Un climat d’insécurité autour du magasin
La préfecture a retiré cette autorisation de vente d’alcool au supermarché U Express du centre de Strasbourg le 25 novembre. Elle accuse le gérant de contribuer au climat d’insécurité autour du magasin. L’arrêté ne mentionne pas de durée, lui permettant de déposer une nouvelle demande satisfaisant aux exigences des services de l’État.
Le responsable du magasin, David Allard, a choisi une autre voie en saisissant le tribunal administratif via un référé-liberté, avec l’appui de son avocat, Me Raphaël Nisand. Lors de l’audience, mardi 2 décembre, le gérant a regretté le « côté totalement disproportionné » de la sentence, un mois avant Noël, estimant avoir perdu « 10 à 15 % de chiffre d’affaires » depuis l’interdiction.
L’établissement Supermarché U express n’a pas démontré que la baisse de son chiffre d’affaires, liée à l’interdiction de vente d’alcool […], compromettrait sa viabilité financière.
Le tribunal administratif
La procédure de référé-liberté « permet de demander au juge de prendre en urgence des mesures pour préserver l’exercice d’une liberté fondamentale lorsqu’une atteinte grave et manifestement illégale y est portée par l’administration », rappelle la juridiction administrative. « Dans une telle procédure, l’urgence est appréciée strictement. Elle est notamment caractérisée lorsque l’équilibre financier d’une entreprise est menacé à brève échéance. »
Les juges des référés ont ainsi rejeté la requête du gérant du supermarché U Express, estimant que cette condition d’urgence n’était pas remplie. « L’établissement Supermarché U express, exploité depuis une dizaine d’années mais qui n’avait l’autorisation de vendre de l’alcool que depuis le 16 août 2022, n’a pas démontré que la baisse de son chiffre d’affaires, liée à l’interdiction de vente d’alcool […], compromettrait sa viabilité financière ».
« En l’absence d’urgence, le tribunal n’a donc pas statué sur le fond de l’affaire et pris position sur la légalité de l’arrêté préfectoral », précisent ses services. Le responsable du magasin dispose d’un délai de quinze jours pour former un appel devant le Conseil d’État.
Un « comportement agressif à l’encontre des passants »
L’arrêté reste donc en vigueur. « Les commerçants de la Ville de Strasbourg ont alerté la maire de la présence récurrente de personnes manifestement ivres et sous l’emprise de stupéfiants dans la zone Grand’Rue – rue du 22-Novembre, et de leur comportement agressif à l’encontre des passants, des clients installés en terrasse et du personnel des commerces », argumente la sous-préfète, Cécile Rackette, dans ce document. Quelque « 750 plaintes » auraient ainsi été comptabilisées « depuis 2024 ».
Un SMS malveillant à la police
Un événement a envenimé la situation : « Le 26 février 2025 vers 12 h 20, les agents de la police nationale, en sécurisation dans le secteur […] constataient la vente […] d’une canette de bière de 50 cl à une femme manifestement en état d’ivresse », décrit Cécile Rackette dans l’arrêté. Le procès-verbal fait notamment état d’un « titubement » et de « propos incohérents », note la représentante de l’État. « Cette cliente a dû rester en cellule de dégrisement pendant plus de six heures. »
Dès le lendemain, le gérant du supermarché U Express avait envoyé un SMS malveillant à la police. Dans ce message, adressé à un commandant, l’homme de 56 ans promettait de mettre « un poing dans la gueule » de ses « sbires » s’ils revenaient en sa présence – des propos repris dans l’arrêté. Ces menaces envers une personne dépositaire de l’autorité publique lui ont valu d’être condamné à 200 euros d’amende par ordonnance pénale du tribunal judiciaire le 12 juin 2025.
David Allard, était, par ailleurs, convoqué devant le tribunal de police de Strasbourg, jeudi 4 décembre, pour le volet judiciaire de l’affaire. Il comparaissait pour l’infraction de vente de boissons par un débitant à une personne manifestement ivre. Le tribunal a annoncé son délibéré pour le jeudi 18 décembre.