Par

Lily Dedeye

Publié le

7 déc. 2025 à 17h54

Florent Devauchel, 39 ans, vit à Bonsecours et pratique la photographie urbex depuis 2010. Il se rend dans les lieux abandonnés, parfois très difficiles d’accès pour obtenir ses plus beaux clichés. Cette passion lui a fait vivre des aventures, des rencontres, des difficultés aussi parfois. Pour raconter à tous ses histoires, il a décidé d’écrire des livres. Actuellement exposé aux Ateliers Shifumi, il revient sur l’histoire de cette passion née en 2010.

Ce n’est pas la pratique de l’urbex qui m’a fait venir à la photographie comme beaucoup de confrères. C’est la photographie qui m’a fait venir à l’urbex. Je souhaitais capturer des lieux abandonnés, j’étais intéressé par ce patrimoine là. On dit souvent que je ne suis pas un vrai explorateur. C’est vrai, ce n’est pas pour l’adrénaline que je pratique cette activité mais par passion pour la photographie.

Florent Devauchel
Photographe urbex

De nombreuses photographies de Florent Devauchel sont actuellement exposées aux Ateliers Shifumi, rue Beauvoisine.
De nombreuses photographies de Florent Devauchel sont actuellement exposées aux Ateliers Shifumi, rue Beauvoisine. (©Florent Devauchel)Les débuts d’une passion

Quand Florent démarre la photographie, il a 25 ans. Muni d’un petit reflex, il commence par faire des photographies de rue, des paysages, des portraits. Mais il n’y trouve pas tout de suite son compte. « Ce genre de photographies ne me donnait pas l’envie de continuer. Puis un jour, je suis tombé par hasard sur des photographies de lieux abandonnés. Je me suis dit que c’était cela que je voulais faire. »

Florent se demande alors comment faire pour accéder à ce type de lieux. Comment les trouver ? Qu’est-ce qu’il risque en y entrant ? Comment réaliser techniquement les photographies ? « Les lieux sont parfois très sombres et je n’avais pas de formation », explique le photographe.  

Il décide alors de se lancer, mais accompagné. « Je me suis dit que tout seul ce serait probablement plus risqué, dans ce genre de lieu, tu ne sais pas sur qui tu peux tomber. J’ai fait une rencontre photo à Rouen. Là, il y avait un gars, Matthieu, qui voulait aussi explorer des lieux abandonnés. Je me suis dit banco et on a commencé l’aventure. »

L'intérieur d'un château, photographié par Florent Devauchel.
L’intérieur d’un château, photographié par Florent Devauchel. (©Florent Devauchel)

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Une règle : s’infiltrer sans rien casser

Les deux passionnés se complètent bien. Florent cherche les lieux, et Matthieu lui apprend les bases de la photographie. « J’ai commencé par demander aux autres photographes urbex comment accéder à certains sites. Mais personne ne voulait me répondre. Alors on s’est dit qu’on allait regarder ce qu’il y avait comme lieux abandonnés à Rouen et demander les autorisations pour y entrer. » 

N’ayant jamais de réponses, les amis tentent de rentrer dans les lieux trouvés, mais avec toujours une règle : ne rien casser. « Ce n’était pas dans nos valeurs de détériorer les lieux. On s’est toujours dit que si l’on ne trouvait pas de moyen d’entrer sans casser on n’entrerait pas. En plus, la loi française dit bien qu’on n’a pas le droit de s’infiltrer sur un lieu privé; mais on risque moins si on ne casse rien. »

Souvent on me dit que je ne suis pas un vrai explorateur. Parce que je ne vais pas sur les lieux pour l’adrénaline. J’y vais pour la photo. Si demain on me donne toutes les autorisations et toutes les clés pour entrer par la porte d’entrée, je signe direct !

Florent Devauchel
Photographe Urbex

La création d’une communauté

Ainsi, les deux photographes réussissent à entrer dans quelques lieux et commencent à faire quelques photos. Florent est formé sur le tas grâce à Matthieu.

Au fil du temps, cette activité ponctuelle devient une vraie passion et tous les lundis, les deux amis partent en expédition. « On a commencé par explorer Rouen, puis on a rayonné à 10 km autour, puis à 30. On a commencé à faire des lieux plus intéressants, des châteaux. »

Les deux passionnés partagent leurs photographies sur les réseaux sociaux et commencent à capter toute une communauté. « Des gens à l’autre bout de la France nous ont contacté. Un photographe à Strasbourg nous a proposé de venir un week-end chez lui pour explorer les environs. On est vraiment entré dans un nouveau monde. »


« Ce lieu était un théâtre abandonné, il avait été complètement muré. Pour pouvoir y entrer on était passé par un parpaing cassé. A l’intérieur on ne voyait rien, on ne savait pas où on allait. Ca puait la mort. On a mis nos lampes torches et on a vu le lieu. On est ressorti et on s’est dit qu’il fallait absolument qu’on l’éclaire à la bougie. On est allé acheter 300 bougies à Ikea, on a positionné les lumières et on a fait la photo. C’était une belle aventure. (©Florent Devauchel)La découverte des pays frontaliers et du patrimoine industriel

Ainsi, entre 2013 et 2015, les deux photographes réalisent plus de 80 sorties, en France et dans les pays frontaliers comme en Belgique. « Nous sommes allés à Charleroi en Belgique, il y avait une vieille usine. On a passé des heures à explorer tellement c’était grand. On a rencontré des gens. Cette exploration nous a ouvert à la pratique industrielle. La France a un patrimoine plus résidentiel, c’est intéressant mais c’était aussi génial de découvrir un autre univers », raconte Florent Devauchel.

Florent Devauchel s'est perdu plusieurs heures dans le grand site industriel de Charleroi en Belgique.
Florent Devauchel s’est perdu plusieurs heures dans le grand site industriel de Charleroi en Belgique. (©Florent Devauchel)

L’urbex ça peut être dangereux. Tu entres dans des endroits délaissés, l’humidité s’est infiltrée, souvent le premier étage manque de s’effondrer. On faisait vraiment en sorte de s’équiper et on se fixait des limites pour ne pas se mettre en danger.

Florent Devauchel
Photographe Urbex

Ils ont ensuite exploré des lieux religieux, Florent avait une vraie appétence pour ce type de patrimoine. Puis en 2015, il découvre la photographie de voitures abandonnées. « À cette période, un photographe m’a contacté, ça l’intéressait de venir visiter des châteaux et en échange il m’a proposé de m’emmener découvrir des carcasses de voitures. Il était épaviste de métier. » Les deux hommes partent donc explorer les casses automobiles. Florent est surpris et heureux. « C’était trop beau cette nature qui reprenait ses droits sur les épaves. Je ne pensais pas que cela existait encore. »

Florent Devauchel a découvert en 2015 la photographie de carcasses de voitures avec un collègue photographe et épaviste.
Florent Devauchel a découvert en 2015 la photographie de carcasses de voitures avec un collègue photographe et épaviste. (©Florent Devauchel)Des sorties plus ponctuelles pour retoucher ses photos

En 2016, le fidèle acolyte de Florent décide de cesser la pratique. Ce dernier s’entoure alors d’un autre ami. Mais au fil du temps il réduit la fréquence de ses sorties. « Devenir père m’a calmé. Et lorsqu’on a tant exploré, on devient plus exigeant sur la sélection des lieux. On ne veut plus se déplacer pour une petite maison de campagne », explique le photographe.

Florent continue donc cette activité mais de façon plus ponctuelle, deux roadtrip par an par exemple, au cours desquels il découvre une quinzaine de lieux. « Maintenant, je me concentre surtout sur le travail de retouche de mes photos. J’ai tellement exploré que je n’ai pas tellement eu le temps de m’occuper de cette partie là. »

On ne se rend pas compte quand on n’est pas du milieu mais quand on entre dans un lieu abandonné, ça pue, parfois tu n’as pas de lumière, tu marches sur des cadavres de rat… Je ne mets pas en scène mais je déplace parfois des objets pour rendre la photo plus belle. Je fais très peu de retouches mais je traite au niveau de la colorimétrie. Je rends la photographie plus lumineuse, j’accentue les rayons de soleil… Mais souvent, les lieux se suffisent à eux-mêmes.

Florent Devauchel
photographe urbex

Dévoiler son travail

Être moins sur le terrain a permis à Florent Devauchel de faire des expositions et sortir un livre. « J’ai mis du temps à vouloir exposer. Au début, je ne me sentais pas légitime. Puis je me suis lancé, et j’ai présenté mes photographies. Là les gens m’ont demandé de leur raconter des anecdotes de sorties, des histoires liées aux photographies. C’est comme cela qu’est venue l’idée d’écrire un livre. »

Cet univers m’a permis de créer des amitiés. Les expositions m’ont permis de rencontrer des gens passionnés comme moi. J’ai pu faire un festival de photographies à Perpignan Visa Off, une exposition à Paris avec le street artist Combo. J’ai découvert des belles personnes et des nouveaux univers.

Florent Devauchel
photographe urbex

Ainsi, si vous souhaitez rencontrer ce photographe et entendre quelques anecdotes d’exploration, Florent Devauchel sera présent à l’Armitière le 14 décembre à 15h pour présenter son nouvel ouvrage. Il s’intitule : Derrière les portes, volume 3. Pensez à réserver via le lien ci-dessous.

Pour s’inscrire pour la rencontre à l’ArmitièreSuivez l’actualité de Rouen sur notre chaîne WhatsApp et sur notre compte TikTok

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