Dans sa nouvelle doctrine géopolitique, publiée vendredi, Donald Trump tance vertement les Européens, toujours écartés des négociations pour mettre un terme à la guerre en Ukraine.

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Publié le 07/12/2025 15:26

Temps de lecture : 7min

Le président américain, Donald Trump, lors du tirage au sort de la Coupe du monde, à Washington DC, le 6 décembre 2025. (PATRICK SMITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Le président américain, Donald Trump, lors du tirage au sort de la Coupe du monde, à Washington DC, le 6 décembre 2025. (PATRICK SMITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

L’administration de Donald Trump ne retient pas ses coups contre l’Europe. Dans sa nouvelle « stratégie de sécurité nationale », publiée vendredi 5 décembre, le président américain malmène le continent européen, qu’il décrit comme « menacé d’un effacement civilisationnel ».

L’Europe est dans le collimateur du républicain depuis son retour à la Maison Blanche en janvier. Mais les signes d’hostilité de son administration semblent s’amplifier ces derniers jours. A l’image des vives réactions suscitées chez les ultraconservateurs par l’amende infligée par la Commission européenne au réseau social X. Franceinfo résume ces récentes prises de position qui marquent l’engagement des Etats-Unis vers une stratégie anti-européenne.

L’Europe prise pour cible dans la nouvelle doctrine géopolitique américaine

C’est à travers un document de 33 pages que Donald Trump creuse le fossé avec ses alliés européens. Dans sa « stratégie de sécurité nationale », texte publié à chaque nouveau mandat par l’administration américaine pour préciser sa ligne géopolitique, le président américain cible les politiques migratoires des pays du Vieux Continent. « Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent sera méconnaissable d’ici vingt ans, voire moins », peut-on lire dans ce document, qui fait allusion à la théorie complotiste d’extrême droite du « grand remplacement ».

Il tacle aussi les instances européennes, qu’il accuse de « saper la liberté politique et la souveraineté » et fustige, au passage, « la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi » en Europe.

Cette nouvelle stratégie rappelle un discours prononcé en février par le vice-président américain à Munich. J.D. Vance avait consterné les Européens en affirmant que la liberté d’expression « reculait » sur le continent et en épousant les vues des partis d’extrême droite européens. Le document ne désigne pas nommément de partis politiques, mais fait part de la volonté de Donald Trump de voir ses politiques mises en œuvre en Europe, notamment en matière d’immigration. Depuis sa réélection en novembre 2024, les liens se sont resserrés entre son administration, la sphère « Make America Great Again » (« Maga ») et les extrêmes droites européennes, comme l’a révélé une enquête de franceinfo.

« Ce que l’administration Trump laisse entendre à travers cette stratégie de sécurité nationale, c’est qu’elle souhaite voir une Europe complètement différente », analyse Kristine Berzina, membre du cercle de réflexion transatlantique German Marshall Fund, auprès de l’AFP.

Les réactions européennes ne se sont pas fait attendre. Le chef de la diplomatie allemande, Johann Wadephul, a souligné que son pays n’avait pas besoin de « conseils venant de l’extérieur ». Ce texte est « inacceptable et dangereux », a jugé l’eurodéputée française Valérie Hayer, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen. Les Etats-Unis restent « le plus grand allié » de l’UE, a tempéré samedi la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, estimant que certaines critiques émises par Washington étaient « fondées ». La Russie a pour sa part accueilli favorablement cette doctrine qu’elle juge « globalement conforme » à sa vision.

L’amende de l’UE contre X taxée d' »attaque contre le peuple américain »

L’amende de 120 millions d’euros infligée par l’Union européenne vendredi à X a largement alimenté la colère dans les rangs trumpistes. Le réseau social d’Elon Musk a été condamné pour manquement aux obligations de transparence qui lui incombent au titre du règlement européen sur les services numériques (DSA). La Commission européenne accuse X de manquer de transparence autour des publicités ou encore de tromper les utilisateurs avec ses coches bleues. Ces macarons, auparavant attribués à des utilisateurs au terme d’un processus de vérification d’identité et faisant office de gage de crédibilité, sont désormais réservés aux abonnés payants.

Cette décision est « une attaque contre toutes les plateformes technologiques américaines et le peuple américain par des gouvernements étrangers », a fustigé le chef de la diplomatie, Marco Rubio. Avant l’officialisation de cette décision, le vice-président américain avait accusé la Commission de vouloir sanctionner le réseau social « pour n’avoir pas pratiqué la censure ». « L’UE devrait défendre la liberté d’expression au lieu de s’en prendre à des entreprises américaines pour des foutaises », a taclé J.D. Vance. Cela « n’a rien à voir avec de la censure », a défendu la vice-présidente de la Commission chargée du numérique, Henna Virkkunen, qui a mis en avant la stricte application des règles européennes.

Outre cette sanction, l’UE continue d’enquêter sur des soupçons de non-respect des obligations de X en matière de contenus illégaux et de désinformation. Ce dossier a pris une connotation très politique en raison de la proximité entre Elon Musk et Donald Trump, jusqu’à leur rupture en juin. Mais, ces dernières semaines, les relations entre les deux milliardaires se sont réchauffées. En outre, Washington n’a cessé ces derniers mois de critiquer les lois européennes contre les abus des géants de la tech, les accusant de cibler les champions américains.

Les Européens mis à l’écart des efforts diplomatiques américains pour mettre fin à la guerre en Ukraine

Sur le front de la guerre en Ukraine, les Etats-Unis ont renforcé leurs efforts diplomatiques, sans intégrer les Européens aux discussions, pour faire adopter leur plan pour mettre fin au conflit déclenché par la Russie en février 2022. Plusieurs séries de discussions entre délégations américaine et ukrainienne se sont tenues ces deux dernières semaines. L’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, s’est rendu à Moscou mardi pour rencontrer le président russe, Vladimir Poutine.

Depuis la présentation du plan américain fin novembre, dont peu de détails ont filtré, l’Union européenne tente de peser sur ce texte dont la première version avait été perçue comme très favorable aux intérêts russes. « Les Européens seront nécessairement un pilier important de la solution juste et durable que nous sommes en train de bâtir tous ensemble », a  réaffirmé sur X Emmanuel Macron à l’adresse de l’administration de Donald Trump, après un échange avec le chef de l’Etat ukrainien.

Pour tenter de reprendre la main, le président de la République a annoncé qu’il allait rencontrer lundi à Londres Volodymyr Zelensky, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, et le chancelier allemand, Friedrich Merz, pour faire le point sur « les négociations en cours dans le cadre de la médiation américaine ».