Après Alès et Moussac en 2020 et 2022, Vendargues a reçu le prix de « La France Moche » 2025, pointée du doigt cette année par l’association Paysages de France pour « sa forêt de panneaux publicitaires ». À l’occasion de son Dossier du dimanche, Midi Libre revient sur cette France dite « moche » en trois épisodes. Premier acte : focus sur cet élan qui s’est engagé pour transformer ces totems de la « France moche ». Mais le travail est complexe, à l’image du projet Ode à la Mer à Pérols.
Cela pourrait répondre à une injonction paradoxale. À l’heure où l’on souffre d’une pénurie de logements, mais que les communes se retrouvent contraintes par la loi Zan de limiter voire stopper toute artificialisation des sols, la première édition du baromètre des entrées de ville commerciales a démontré en juin dernier que 3 830 zones commerciales réparties sur tout le pays représentent un potentiel de 80 000 ha de foncier à transformer, notamment en 1,6 million de logements, dont « plus de 120 000 à court terme », assure l’opérateur immobilier Icade qui a réalisé ce rapport avec la Scet, société de conseil et d’ingénierie de projets.
Ce travail permettrait aussi de dégager 15 000 ha de foncier économique et 10 000 ha de zones renaturées et d’espaces verts. Pour la seule région Occitanie, ce sont 379 sites qui représentent un potentiel de 9 352 ha à revaloriser. Parmi ceux-ci, 141 occupent plus de 15 ha, soit un total de 8 141 ha. S’attaquer à ces zones commerciales qui incarnent « la France moche » ne représenterait donc pas qu’un intérêt esthétique.
Sept projets (sur 74) retenus en Occitanie
Ce rapport rejoint l’élan engagé par le gouvernement Attal en mars 2024, lorsqu’il a lancé un « plan de transformation des zones commerciales », avec l’objectif d’en faire « des lieux de vie à part entière et d’adapter leur modèle aux enjeux actuels », mais aussi d’améliorer « l’attractivité de ces territoires ainsi que leur intégration dans l’architecture et l’urbanisme communal ». L’appel à projets a été un succès. L’exécutif pensait soutenir une vingtaine de projets, ce sont finalement 74 sites qui ont dû se partager une enveloppe de 26M€ pour lancer les études et bénéficieront d’un soutien technique.
Sept secteurs ont été retenus en Occitanie, dont les sites du Pech Mary à Carcassonne, Saint-Germain et Saint-Victor à Narbonne, Porte Sud à Nîmes, Cœur Valsière à Grabels et surtout Le Fenouillet et Solis-Soriech à Pérols et Lattes aux portes de Montpellier, pour le projet Ode à la Mer qui mobilise plus de la moitié des 4,9 M€ de subventions accordés à ces dossiers régionaux. « C’est essentiel, c’est une zone commerciale des années 1970, qui ne répond plus aux attentes des clients et sur laquelle beaucoup de bâtiments sont situées en zone inondable. Depuis dix ans, certaines fonctionnent même sous dérogation, c’est-à-dire sous ma responsabilité pénale, et à partir du 1er janvier prochain, elles sont même censées être fermées, même si nous allons les laisser poursuivre leur activité », décrit le maire de Pérols Jean-Pierre Rico.
Pas si simple
À la Métropole, qui a la compétence sur ce dossier, on évoque l’objectif de dessiner une nouvelle entrée de ville, comme un quartier « respectueux de l’environnement, plus accueillant pour des résidents avec la suppression des “boîtes à chaussures” », nous résume-t-on, pour l’heure sans plus de détails. « Le projet est encore en cours de construction ».
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Sur le papier, c’est séduisant. En pratique, cela s’avère plus complexe, avec de nombreuses questions qui se posent. « Que fait-on des commerçants qui verront leur loyer doubler, en passant d’un local des années 70 à une construction neuve ? Certains risquent de partir, et avec eux, ce sont des emplois et de la fiscalité que l’on perdra », déroule Jean-Pierre Rico. Il n’est pas opposé, non plus à la construction de logements, « mais si on en absorbe 8000, soit 16 000 habitants, il faut aussi penser les services publics, à commencer par des crèches et des écoles, des équipements sportifs, culturels… « . Des dispositifs d’État existent, notamment pour régler le problème du risque inondation, mais tout cela nécessite d’importants investissements… pas faciles à débusquer en ce moment.
Ce projet Ode à la Mer, qui a failli accueillir le nouveau stade de football, est d’ailleurs dans les cartons depuis 2006 et fait toujours l’objet d‘âpres batailles politiques, voire juridiques. L’illustration qu’embellir la France moche va prendre du temps. Beaucoup de temps.