Chaque jeudi, Midi Libre donne la parole aux habitants des quartiers. Quel regard portent-ils sur l’action municipale, quelles attentes pour le prochain mandat ? Neuvième étape entre Beaux-Arts et Boutonnet, une image bourgeoise mais de vraies préoccupations.
Beaux-Arts et Boutonnet : deux quartiers parmi les plus prisés de Montpellier. Le premier, avec son marché six jours sur sept et sa place centrale animée, où les soirées semblent toujours se prolonger dans une ambiance festive et qui cultive une atmosphère de petit village où tout le monde semble se connaître. Le second, plutôt bourgeois également, plus résidentiel et pavillonnaire, s’organise autour de la place Krazucki, avec une sociabilité jugée plus discrète. Deux secteurs auxquels les Montpelliérains apposent volontiers l’étiquette de « bobo ». « C’est à cause du prix du mètre carré, plus élevé qu’ailleurs. Mais en réalité, c’est plus mixte qu’on ne le pense », nuance Pierre, habitant des Beaux-Arts depuis 1987. Membre du comité de quartier Beaux-Arts – Pierre-Rouge, il participe comme chaque premier mardi du mois à la réunion dans leur local de l’Esplanade de la Musique.
Autour de la table, une dizaine de membres évoquent leurs attentes. « On veut un quartier agréable à vivre, où les gens continuent de se parler », résume Anne, vice-présidente, installée depuis quinze ans. Elisa, récemment arrivée, insiste sur « une âme très festive ». Marie-Claude, elle, vit ici depuis 1975. Elle se souvient des anciens abattoirs et apprécie l’évolution du quartier tout en espérant que « la convivialité perdure ». Car le coin a beaucoup changé : arrivée du Corum, implantation du tramway… De nouveaux flux et de nouveaux usages.
Des soucis du quotidien très concrets
La qualité de vie n’empêche pas quelques irritations régulièrement relayées par la gazette du quartier : La Bavette. Certains tronçons traversés par le tramway, les voitures, les vélos et les trottinettes deviennent difficiles à franchir. Les rats, attirés par les restes du marché, sont trop nombreux. Les poubelles enterrées dégagent parfois des odeurs tenaces.
Et « les jeunes du quartier ne peuvent plus accéder au stade Abbé-Prévost », déplore Nadia qui regrette qu’il ne soit désormais réservé qu’aux seuls adhérents du club. « Ce sont des soucis du quotidien que la mairie doit régler », estime Martine, présidente d’une chorale.
Sur la sécurité, enjeu des prochaines municipales, le diagnostic reste mesuré. « Le quartier est plutôt calme », juge Anne, même si quelques incivilités ou faits divers rompent parfois la tranquillité. Certains habitants dénoncent toutefois la prolifération des cartouches de protoxyde d’azote dans certains coins, mais chacun reconnaît que le vivre-ensemble, ici, fonctionne plutôt bien.
Lunaret et cité Bergère : deux dossiers en suspens
Au rang des préoccupations pour le prochain mandat, beaucoup d’habitants aimeraient que la municipalité fasse main basse sur les anciens studios Lunaret, grande bâtisse privée squattée et toujours sans repreneur. « Pourquoi ne pas en faire un centre social ? », suggère Pierre. Encore faudrait-il que la Ville puisse racheter le très cher bâtiment, dont le propriétaire ne semble pas disposé à se séparer et où le projet de petites halles n’est pas allé à son terme.
La cité Bergère concentre elle aussi les attentions. Cet espace agricole rare, au foncier aussi vaste que convoité, aiguise l’appétit des promoteurs. Les riverains aimeraient voir la municipalité intervenir, voire préempter, afin de préserver ce poumon encore naturel au cœur du quartier.
Un stade Lieutenant-Normand très attendu
Véritable trait d’union entre les deux quartiers, une attente s’impose largement dans les discussions : la réouverture du stade Lieutenant-Normand, rue Turgot. Fermé depuis 2019 pour vétusté, ce vaste site de 15 000 m² doit devenir, d’ici 2027, un grand espace multisport ouvert à tous. Les travaux tardent mais la Ville assure que les délais seront tenus. Obtenu via une mise à disposition gratuite de l’État pour trente ans renouvelables, le futur équipement ambitionne de redonner un véritable « poumon vert » au quartier. Les riverains y voient déjà « un nouveau stade Philippidès, ouvert au public, à nos jeunes », comme le souligne Djamal, qui parle de « la grande attraction du mandat à venir » pour les riverains des deux quartiers. Le projet prévoit une aire de sports collectifs synthétique et éclairée, un plateau multisport couvert, une piste d’athlétisme de 300 m à trois couloirs, deux terrains de basket 3×3, un parcours de jogging de 450 m, des stations de remise en forme et plusieurs tables de tennis de table… Le coût est estimé à 4,8 M€. Pour les habitants, impatients, la transformation de ce site laissé en friche symbolise surtout une chose : le retour d’un espace de sport, de respiration… et de convivialité au cœur de Boutonnet.
Il peut manquer « des lieux de convivialité »
À la réunion de l’association, un « intrus » : Daniel, du quartier voisin de Boutonnet. Il reconnaît l’énergie plus vive des Beaux-Arts. « Boutonnet, c’est une calamité pour circuler. Et la rue Lakanal est sombre et dangereuse à pied », lance-t-il. Tout près, un autre sujet alimente les discussions : la réhabilitation attendue du stade Lieutenant-Normand (lire ci-contre).
Dans les Hauts de Boutonnet, Djamal préside une association très active autour du Conservatoire, lieu devenu emblématique et central, installé dans l’ancienne maternité Grasset. « Ici, on a surtout des jeunes notamment avec l’école de musique, et des personnes âgées. C’est tranquille, mais il manque des commerces et surtout des lieux de convivialité », résume-t-il. Pour lui, la priorité du prochain mandat est évidente : l’ouverture et l’aménagement du stade.
« Un lieu plutôt privilégié »
Michel, arrivé dans le quartier en 1962 avec les rapatriés d’Algérie, affiche un attachement indéfectible : « Boutonnet, c’est le plus beau quartier du monde. Il faut juste revoir la circulation de transit, particulièrement rue des Garennes et dans la partie basse du faubourg Boutonnet, pleine de trous. » Sylvia et Christine espèrent un peu de végétalisation, un meilleur accès au parc Suzanne Babut et conviennent d’un « quartier sympa, un lieu plutôt privilégié ».
Michel note un bon équilibre entre logements HLM, familles et étudiants, et insiste sur le chantier du futur lycée Françoise Combes. Il résume surtout l’esprit du quartier : « Ici, il y a de tout. Du bobo, du social, du vieux, du jeune… » Et, qu’on vienne de Boutonnet ou des Beaux-Arts, un point rassemble tout le monde : « Les gens se parlent. Que demander de plus ? »