Mardi 9 décembre, la superstar de la pop urbaine Gims donnait le premier de ses deux concerts à la Sud de France Arena, à Montpellier, devant environ 12 000 fans, parfois très jeunes, toujours chauds bouillants ! Un spectacle impressionnant, festif, fédérateur et étonnamment bon enfant !

« Alors, est-ce que ça valait le coup ? De payer sa place, de se déplacer, de trouver où se garer, d’attendre, tout ça, quoi ? » Le concert touche bientôt à sa fin, et c’est Gims, lui-même, qui pose la question. Sans charre. Sans frime. Sans dec’. Comme ça, sincèrement. La réponse a dû lui faire plaisir à entendre : un hurlement chaleureux d’environ 12 000 gorges dont deux heures à s’époumoner n’ont pas entamé la puissance, ni encore moins l’enthousiasme. Au sonomètre (l’applaudimètre, c’est pour les anciens !), Gims fait l’unanimité !

Après Soprano, M.Pokora et Julien Doré, il revenait à la superstar de la pop urbaine Gims de clôturer une semaine de folie pour la Sud de France Arena, de Montpellier, avec non pas un, mais deux concerts complets ! Mardi (et encore ce mercredi soir), la soirée a été ouverte par DJ Bens, figure de la nuit cap-agathoise, marseillanais de naissance, deejay urbain n°1 en France et première partie sur tout le « Last winter tour » de Gims. En attendant de faire lui-même le Zénith de Paris en tête d’affiche en décembre 2026, il a fait le job, et chauffer la salle en alignant les tubes (bangers) repris à fond par le public.

Le public, parlons-en : si l’on a noté ici ou là des spectateurs bien plus vieux (on balance : dont nous) que l’ancien rappeur de Sexion d’assaut (pas encore quadra) mais à jour niveau refrains, et si l’on a vérifié que l’amateur de gros concerts, ici comme ailleurs, oscille entre la vingtaine et la trentaine (et ne boude pas sa jeunesse), beaucoup, beaucoup des fêtards du soir n’avaient pas même 15 ans. Comme ses collègues Soprano et Jul, par exemple, Gims rend en effet dingue les enfants, et vous savez quoi ? c’est chouette à voir !

Une scénographie impressionnante

Quand, après un générique de série blockbuster (voix caverneuse évoquant une personnalité bipolaire sur une magnifique animation 3D d’un dragon noir) projeté sur le gigantesque écran numérique légèrement courbe en fond de scène, Gims apparaît, c’est le début de la fortune des ORL et des fabricants d’appareils auditifs, mais quel plaisir que cette liesse générale ! D’autant que la superstar d’origine congolaise met lui aussi le paquet : outre son écran géant en fond, la scène est surmontée de deux fois trois rampes d’éclairages motorisés, ainsi que d’un autre écran central, et équipée sur son bord de huit lance-flammes articulés ; à cela, s’ajoute une plateforme mobile suspendue aux cintres, ainsi qu’un cube élévateur sur lesquels le chanteur ne va pas manquer de se jucher. Enfin, dans la fosse même, est installée une autre scène rectangulaire, également sur vérins, et c’est sur celle-ci qu’il va passer une bonne partie de son concert. Bref, quand ça envoie, ça en jette, et ça tombe bien, il faut : il ouvre par Sapés comme jamais !

Les vidéos en fond de scène ne font pas toujours dans la dentelle pour mythologiser la star… mais ça passe !

Les vidéos en fond de scène ne font pas toujours dans la dentelle pour mythologiser la star… mais ça passe !
Tom Serrano

Il enchaîne. Brisé. Hola Señorita. On pourrait déplorer l’absence d’un groupe sur scène pour jouer ses morceaux, mais non : déjà parce que, pour ses titres les plus « chanson », qui donc nécessiteraient le plus des musiciens, ses bandes ont été enregistrées live et sonnent carrément, puissamment ; ensuite, parce que le chanteur, lui, prend toute la place avec son chant titanesque de ténor lyrique qui aime à terminer ses interprétations par des vibes ou des notes tenues qui laissent sans voix (c’est une métaphore : pendant tout le set, ça crie grave !).

Un egotrip dans la coolitude

« Que dire ? Quelle ambiance en ce début de show ! », lance Gims avant de rappeler le concept de son spectacle : balayer toute sa carrière. « Il y a des anciens dans la salle ?…. Et il y a des nouveaux, des gamins ! », ajoute-t-il visant un petit Enzo à lunettes qui lui sourit au pied de la scène. Et de poursuivre avec un medley bouillant de titres de Sexion d’Assaut, son premier groupe, tandis qu’il est rejoint par une huitaine de danseurs athlétiques : Désolé, Ma direction, Wait by night, Disque d’or… C ‘est ensuite sa précédente incarnation solo, Maître Gims, qu’il salue avec Est-ce que tu m’aimes ? au milieu d’un décor de colonnes antiques aux dimensions mythologiques.

L’egotrip est un prérequis dans le rap, Gims s’y conforme d’une manière oxymorique, humblement grandiloquente, sympathiquement frimeuse, difficile à décrire mais le fait est que s’il est content de lui, nous aussi, et c’est cool. Reste (avec mais sans Sting), Changer (avec de beaux accents mélodramatiques à la Brel), Ce soir ne sors pas (avec dix danseurs dans une ambiance chlorophyllienne), Ohma Tokita, Loco, Diana, Seya, Où aller… Les morceaux défilent, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait des autres : le fameux beat d’inspiration soukous que Gandhi Djuna aime à mettre systématiquement dans les bangers de Gims. Zombie, La même, Laissez passer, Je me tire…

Un étonnant « Jeu des pancartes »

Et vient le moment du « Jeu des pancartes » ! Gims vise dans l’assistance les pancartes brandies par ses fans, et invite les propriétaires des messages qui le bottent le plus à le rejoindre sur la scène au milieu de la fosse. Le moment est peu lunaire, en ce sens qu’il met sur pause l’ambiance superlative de la soirée, mais épatant, car il est réalisé avec beaucoup de sincérité et de sympathie. Ainsi, Léonie va-t-elle avoir le plaisir de chanter a capella avec son idole ; Stéphanie, Marie-Lou, Mélissa et Laureen auront, elles, droit à un selfie, un BeReal (« C’est quoi ? » demande Gims, surjouant l’ancien), une dédicace et un câlin ; et une petite troupe d’adorables petits (5 ans, pour certains !) a aussi l’honneur d’un moment chouette avec leur héros, photo de groupe à l’appui… « Merci de votre patience, messieurs, dames », conclut-il avec une gentillesse impossible à feindre !

Faut-il souligner la puissance lyrique de la voix de ténor de Gims ? Mardi, il était en forme et en verve !

Faut-il souligner la puissance lyrique de la voix de ténor de Gims ? Mardi, il était en forme et en verve !
Tom Serrano

Le concert peut reprendre en mode battle entre Maître Gims vs. Gims (avec avis du public, tranché à « pierre, feuille, ciseaux » entre un ancien et une enfant, fallait oser !) mais surtout dans une succession de tubes ronge-crâne et dérouille-reins : Appelle ta copine, Sois pas timide (encore ce kick emblématique !), Spider (avec une fantastique vidéo d’une cyber-araignée sur fond rouge et une choré énergique), Niano, Air Force Blanche (avec mais sans JUL), Parisienne (dans une explosion de confettis). Inutile d’essayer de résister, les morceaux de Gims sont d’implacables déclencheurs de dinguerie ! L’Arena est montée sur ressorts, et clairement pas fatiguée, même ses plus petits éléments ! Alors à la question «  »Alors, est-ce que ça valait le coup ? », inutile de vous répéter la réponse ! Mais le dernier mot de Gims : Ciel. Avec le feu dans la salle, la fosse, les gradins, et sur scène, qui crache de partout. Le public finit cramé… de fatigue ? Même pas, mais brûlant de joie, c’est sûr : ces sourires !