Par
Amandine Vachez
Publié le
12 déc. 2025 à 7h48
Elle est impressionnante de détails et unique en son genre. La « pietà » («Vierge de pitié ») de Bouvines (Nord), a été ajoutée au parcours d’une salle d’exposition du Palais des Beaux-arts de Lille (Nord), après une restauration qui a pris plusieurs années. Sauvée d’une menace de dégradations par un dépôt de la Ville de Bouvines au musée dans les années 1980, cette statue de bois polychrome « d’une beauté stupéfiante », comme la décrit l’adjointe au maire de Lille Marie-Pierre Bresson, a été sublimée et est désormais visible dans le sous-sol du musée. On vous conte l’histoire de cette statue du XVIe siècle qui a, à l’image de son style, une histoire singulière.
« Elle revient comme un ‘diamant de bois’» dans les collections visibles du musée
Temps solennel le lundi 8 décembre 2025 : la « pietà » de Bouvines a été présentée officiellement aux partenaires de son projet de restauration* et à la presse. Elle fait désormais partie du parcours d’exposition dédié au Moyen-Âge et à la Renaissance.
Juliette Singer, directrice du musée, a souligné le « très grand honneur de revoir cette œuvre [qui] revient comme un ‘diamant de bois’ dans un département entièrement refait. » Sophie Dutheillet de Lamothe, à l’époque conservatrice en charge de ces collections au Palais des Beaux-arts, est celle qui a redécouvert la fameuse pietà. « Pour le projet de réaménagement, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de Vierge de pitié, c’était une vraie lacune. Cette œuvre merveilleuse a été retrouvée dans les réserves du musée. »
Une statue au destin extraordinaire
Cette Vierge de pitié, tenant le Christ mort dans ses mains, était à la base installée à l’église Saint-Pierre de Bouvines. Suite à des actes de vandalisme, elle a été déposée au Palais des Beaux-arts par la mairie en 1984, pour y être protégée. Exposée un moment, elle a finalement été placée dans les réserves, en raison de soulèvements de la couche picturale.
Le projet de réaménagement du département du musée l’a sortie de son hibernation en 2020, et elle a pu être étudiée et restaurée par une équipe de trois restauratrices, sous le contrôle scientifique du C2RMF.
Sous les repeints, affreux, se cachait une polychromie exceptionnelle.
Sophie Dutheillet de Lamothe.
Des redécouvertes au fil du chantier
Il a fallu de nombreuses années de travail pour rendre de sa superbe à cette statue, malmenée par les années passées dans la bâtisse de Bouvines. Elle ne comptait pas moins de six repeints, qu’il a fallu identifier et retirer. Un travail de fourmi, dont chaque étape a été importante pour ne pas abîmer cette œuvre très fragile. Un diagnostic scientifique, des prélèvements, une étude de toutes les données sont nécessaires avant même de toucher à l’œuvre, rappelle Alexandra Gérard, conservateur en chef chargée du patrimoine et responsable sculpture au C2RMF.
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La pietà de Bouvines (Nord) redevient visible au Palais des Beaux-arts de Lille, après une restauration. ©Amandine Vachez
Concernant cette statue, l’arrière de la sculpture avait été mangé par des insectes xylophages, un « décapage sauvage » avait abîmé le visage de la Vierge, une partie d’une jambe du Christ avait été refaite de façon grossière… Et surtout, les couleurs initiales avaient disparu en raison des nombreuses couches de peinture. « Grâce à cette restauration, on a redécouvert les traces de sang et la finesse de la sculpture, masquée par les couches de peinture », relate Alexandra Gérard.
« Selon les zones, le travail a été plus ou moins long. Il nous a fallu faire des choix. Par exemple, nous avons choisi de ne pas recouvrir les lacunes du torse du Christ, pour laisser voir le passage du temps. Nous avons consolidé le bois, refait des dorures. Chaque décision est prise en concertation des parties prenantes », relate une des restauratrices mobilisée sur le projet.
Un bouleversement
Cette statue, dont on décèle des détails impressionnants de précision à son approche, est témoin d’une époque. « On a un visage très expressif, du Christ, et de la Vierge, marqué par la souffrance. Cela correspond aux codes de l’époque. Au Moyen-Âge, on utilise des images qui provoquent des émotions », conte Sophie Dutheillet de Lamothe. L’émotion reste entière à la vision de cette Vierge, quelques siècles après sa confection. « Elle représente la peine, la douleur, mais est aussi d’une beauté stupéfiante », témoigne Marie-Pierre Bresson. Et d’ajouter : « C’est assez bouleversant, de la voir ici. »
La maire de Bouvines Philippe Guillon ne cache pas non plus son émotion : « Elle a longtemps veillé sur notre ville, je suis vraiment très impressionné du résultat. »
Ce n’est pas qu’une sculpture, c’est un témoin sensible de notre patrimoine.
Philippe Guillon, maire de Bouvines.
La vie du Christ à travers des œuvres
Sur son socle, dans un coin sous les voûtes de briques du Palais des Beaux-arts, la pietà de Bouvines a toute sa place. Succédant au « mur de la Passion » et précédant la mise au tombeau, elle s’intègre parfaitement à un parcours repensé, pour rendre accessible la compréhension de ces œuvres singulières. Elle-même est singulière par de menus détails, comme la façon dont la Vierge tient son fils, « en tenant le drap, comme si elle le recueillait directement depuis la Croix. » Une scène qui n’est d’ailleurs pas dans les Évangiles, mais a trouvé écho dans des représentations placées dans les églises.
Fins connaisseurs comme novices trouveront de quoi satisfaire leur curiosité dans le parcours d’exposition qui est comme le dit sa créatrice « une initiation à l’iconographie chrétienne, en racontant la vie du Christ à travers des œuvres d’art. » Ou comment mettre en lumière l’Histoire, en racontant une histoire.
*Cette restauration a été financée par la Ville de Lille grâce à un mécénat des Amis des Musées de Lille, avec l’aide financière de l’État (Drac) et l’accompagnement scientifique du C2RMF.
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