Par
Briac Trébert
Publié le
12 déc. 2025 à 12h09
On la voit tenter de se détourner, tandis qu’une partie du public rit. Un invité lâche même : « Oh non mais non, non ». Dans une story publiée sur instagram ce jeudi 11 décembre 2025, Laury Thilleman, Miss France 2011, confie : « Je redécouvre ces images. J’avais 20 ans, j’en ai aujourd’hui 34, mais le traumatisme est intact. » « À l’époque, j’avais honte, je me sentais humiliée, objectivée, impuissante. Alors comme pour faire bonne figure comme tout le monde, je tente d’en rire. Mais je ne consens pas », écrit-elle. La justice pourrait-elle poursuivre l’acteur et humoriste, 12 ans après ?
Car cette archive date d’avril 2013, c’était une séquence des Enfants de la télé, l’émission présentée par Arthur, sur TF1, où Ary Abittan l’embrassait de force :
Laury Thilleman affirme ne « souhaiter à personne ce qui est arrivé » et va au-delà de sa propre expérience. « Au nom de toutes celles qui n’ont pas pu faire entendre leurs voix, je souhaite faire entendre la mienne », conclut-elle dans son message. Mais pourra-t-elle essayer de faire condamner Ary Abittan ? La réponse est non.
Il y a un délai pour porter plainte
Car oui, cette vidéo semble caractériser une agression sexuelle, d’après l’article 222-22 du Code pénal. Un contact physique, à caractère sexuel, sans pénétration. Une agression commise sans le consentement de Laury Thilleman.
Ce caractère sexuel peut être retenu en fonction de la partie du corps touchée (cuisses, fesses, sexe, bouche, poitrine). Toutefois, les juges examinent aussi la manière et le contexte dans lesquels les faits se sont déroulés.
Constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur ou, dans les cas prévus par la loi, commis sur un mineur par un majeur.
(…) Le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Il est apprécié au regard des circonstances. Il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime.
Il n’y a pas de consentement si l’acte à caractère sexuel est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature.Article 222-22 du Code pénal
Mais dans cette affaire, malgré cette vidéo, cela n’ira pas plus loin, il n’y aura pas de procès, car le temps a passé. Or, une victime d’agression sexuelle peut porter plainte contre l’auteur de cette infraction dans un délai de six ans à compter de la commission des faits, dit l’article 8 du Code de la procédure pénale.
L’action publique des délits se prescrit par six années révolues à compter du jour où l’infraction a été commise.
L’article 8 du Code de procédure pénale
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C’est la prescription pénale, et elle délimite le temps pendant lequel des poursuites peuvent être engagées après la commission d’une infraction. Autrement dit, au-delà d’un certain délai, il n’est plus possible de poursuivre l’auteur d’une infraction, même si les faits sont avérés.
Jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende
Pour rappel, l’auteur d’une agression sexuelle encourt une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. La victime peut aussi également faire une demande d’indemnisation au fonds de garantie des victimes (FGTI), par le biais de la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi).
La réapparition de cette vidéo intervient alors que la tension est déjà vive autour d’Ary Abittan.
Le dimanche 7 décembre, une autre séquence filmée dans les coulisses des Folies Bergère à Paris est devenue virale : on y voit Brigitte Macron, venue saluer l’humoriste après son spectacle Authentique. Dans la vidéo, on entend la Première dame traiter des féministes de « sales connes », en présence de sa fille, Tiphaine Auzière. La vidéo, diffusée par Public, a ravivé la critique autour de la complaisance à l’égard des hommes célèbres accusés de violences sexuelles.
En 2021, Ary Abittan avait été accusé de viol par une jeune femme de 23 ans, ce qu’il a toujours contesté. Après une mise en examen abandonnée en 2023 au profit du statut de témoin assisté, un non-lieu a finalement été prononcé en avril 2024, puis confirmé en appel en janvier 2025.
Le non-lieu ne proclame jamais l’innocence
Comme tout justiciable en France, Ary Abittan reste présumé innocent dans cette affaire, y compris pour le baiser de force à Laury Thilleman. La loi considère qu’une personne qui n’a pas été condamnée est innocente.
Cependant, une décision de classement sans suite ou de non-lieu ne signifie pas que les faits dénoncés n’ont pas existé. C’est ce que pointe le collectif féministe Nous Toutes, « un non-lieu n’est pas un acquittement, c’est juste la fin des poursuites », répètent les militantes qui refusent « de voir se dérouler la réintégration médiatique et professionnelle d’un homme qui est accusé de viol ».
Dans l’affaire de 2021, la justice a estimé que l’infraction n’était justement pas suffisamment caractérisée. Le non-lieu ne proclame pas l’innocence, il signifie seulement qu’il n’y a pas assez d’éléments pour juger et condamner, rappelle sur son site Maître Valentin Simmonet, avocat au barreau de Paris.
En réalité, le non-lieu revient à constater qu’un procès n’aurait aucune chance sérieuse d’aboutir à une condamnation, poursuit-il. Si un procès s’était tout de même tenu, le mis en cause aurait très probablement été relaxé ou acquitté. Mais si le non-lieu ne « reconnaît » pas l’innocence, ce n’est pas non plus parce que la personne serait un peu coupable. Est innocent celui qui n’a pas été condamné par une décision pénale définitive.
C’est pourquoi ceux qui répètent qu’« un non-lieu, ce n’est pas une relaxe ou un acquittement » ont à la fois raison et tort, pointe l’avocat.
- Ils ont raison, parce que la relaxe (devant un tribunal correctionnel) et l’acquittement (devant une cour d’assises) supposent qu’un procès se tienne, ce qui n’est pas le cas en matière de non-lieu.
- Ils ont tort s’ils en déduisent qu’une relaxe ou un acquittement proclame l’innocence : eux non plus ne le font jamais, ils se bornent à dire que l’accusé n’est pas reconnu coupable des faits reprochés.
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