Il cite en exemple les signalements répétés de survols par des drones d’infrastructures critiques européennes, aéroports, sites militaires : plusieurs avérés, d’autres confirmés mais impossibles à attribuer, et certains jamais vérifiés. Par ailleurs, « il y a tout un pan de ces actions qui ne sont pas révélées ou pas comprises comme telles, qu’on ne peut pas attribuer à la Russie », explique Lou Osborn, de l’ONG de surveillance de la Russie INPACT. « Les vols massifs de données explosent en 2025. Impossible de prouver un lien avec Moscou, mais on ne peut pas l’écarter. Tout ce flou entretient la confusion dans l’opinion publique. »
« Guerre hybride »
Derrière ce brouillard, un cap est franchi, avec des actions potentiellement plus dangereuses. « La Russie intensifie sa campagne clandestine contre nos sociétés. La liste des cibles de sabotage de la Russie ne se limite pas aux infrastructures critiques, à l’industrie de la défense et aux installations militaires », a déclaré Mark Rutte, le secrétaire général de l’Otan, jeudi à Berlin. « La guerre hybride menée par la Russie a évolué vers des tactiques qui rappellent davantage celles des groupes terroristes », estime le centre de recherche américain Soufan.
« Le Kremlin assume désormais le risque de graves dommages collatéraux – dont des victimes civiles – au travers de campagnes d’actions violentes et de sabotages qui touchent l’ensemble du territoire européen », estimaient les différents services de renseignement français dans une note commune en mai. « Il y a eu le sabotage de voie ferrée en Pologne en novembre », rappelle Bart Schuurman, « et nous avons eu des arrestations de gens soupçonnés d’avoir voulu retenter d’envoyer des colis piégés », en Allemagne au mois de mai.
Recrutement sur les réseaux sociaux
Les modalités évoluent aussi : « On constate une tendance au recrutement ou à l’activation de personnes déjà installées dans le pays ciblé », et non plus des agents venus d’un autre pays, explique Lou Osborn. Ils peuvent aussi avoir été embauchés juste avant l’opération, « simplement recrutés via les réseaux sociaux pour un coût très faible, et cela est clé : on peut le faire tous les jours pour pratiquement rien, et sans grand risque », estime Irina Borogan, chercheuse russe du centre de recherche américain CEPA qui vient de publier un rapport sur « La guerre de l’ombre de la Russie ».
Dans ce schéma, « Telegram est devenu le principal canal de recrutement russe pour les activités terroristes en Europe. Dans les cas où des filières de recrutement ont pu être établies, le recrutement s’est fait en ligne dans 55 % des cas, Telegram étant impliqué dans 88 % de ceux-ci », soulignent les centres de recherche Globsec et ICCT dans un récent rapport intitulé « Le lien crime-terrorisme de la Russie ».
Temps de réaction longs
Parfois, « les exécutants ne savent pas à qui ils ont affaire », selon Lou Osborn. Face à ces actions sous le seuil de la guerre ouverte, les responsables européens s’indignent, mais les temps de réaction sont lents. L’Allemagne a par exemple attribué vendredi à la Russie une cyberattaque conduite en août 2024.