Vice-présidente de la Métropole de Montpellier en charge des transports, Julie Frêche défend le bilan du mandat à l’approche de l’inauguration de la ligne 5 du tramway. Entre apaisement de la circulation, gratuité des transports et la ville en chantier, elle assume des choix « parfois difficiles » mais revendique une transformation « nécessaire » du territoire.
Montpellier est-elle devenue anti-voiture ?
Non, il n’y a aucune guerre avec la voiture. Nous avons simplement cherché à rééquilibrer l’espace public en faveur des piétons, des cyclistes et des transports en commun. En 2020, 90 % de l’espace était dévolu à la voiture, entre la circulation et le stationnement. En donnant de la place aux autres, on a réduit la place de la voiture de 27 %. Dans le même temps, l’usage des transports en commun et du vélo a augmenté de 50 %, et le mode de déplacement qui a le plus augmenté, c’est la marche : + 67 %.
C’est pourtant le sentiment de nombreux automobilistes…
Nous luttons contre la voiture individuelle utilisée par une seule personne, pas contre les automobilistes. La voiture doit rester accessible à ceux qui n’ont pas le choix : habitants hors Métropole, personnes en situation de handicap, horaires décalés, taxis… Et plus on réduit la circulation, plus ces gens pourront bien circuler.
Les artisans et les livreurs disent souffrir…
Nous sommes l’une des seules métropoles à leur proposer un tarif annuel de 200 € pour stationner pendant leurs interventions. C’est un dispositif méconnu. Nous sanctuarisons aussi des places pour eux. À Montpellier, tous les commerces doivent être livrés avant 10 h. Ensuite, de nouveaux espaces deviennent piétons : il faut que les usages se stabilisent.
La ligne 5 de tramway sera inaugurée samedi. Quel est votre état d’esprit ?
Respecter ses engagements fait honneur à la politique. Certains pensent qu’on est allé trop vite, trop fort : je ne partage pas cet avis. Nous sommes la seule métropole de France à livrer une ligne de tramway durant ce mandat. Aucun technicien ne pensait qu’on y parviendrait avant 2027 ou 2028. C’est une fierté et je remercie tous ceux qui y ont participé.
La ville n’a-t-elle pas trop souffert des travaux ?
Nous n’avons jamais menti. Oui, il y a eu des ratés, mais nous avons toujours été transparents. Nous avons rencontré 6 000 personnes, organisé 19 réunions publiques, plusieurs dizaines de réunions de quartier… On pense qu’on a avancé comme un bulldozer, mais en réalité, c’était un travail de dentellière.
Êtes-vous satisfaite de votre bilan ?
On peut toujours faire mieux, mais les faits sont là : 45 km de trottoirs, 54 km de pistes cyclables, 26,5 km de rails, 4,5 km de bus à haut niveau de service créés. Le covoiturage atteint 5 000 trajets par jour, le parc d’autopartage a triplé. Et tout cela a un effet positif sur la pollution. Les 4 boulevards ? Les difficultés existent, mais nous luttons depuis le début contre les flux de transit. Nous avons obtenu des résultats sur Gambetta, Clemenceau, Dubout. On baisse de 59 % les bus sur Berthelot et le travail continue.
Votre image est celle d’une élue pugnace…
J’aime l’action et je n’aime pas les commentaires. Je me mets toujours à la place des gens. Ce chantier a été difficile pour les riverains et les commerçants, personne ne le nie, mais j’ai fait mon possible pour me battre à leurs côtés.
« Si Michaël Delafosse m’appelle à ses côtés, j’en serai honorée »
Quel bilan global tirez-vous du mandat ?
Beaucoup de mesures fortes pour le pouvoir d’achat et l’écologie : gratuité des transports, mutuelle communale, lutte contre les marchands de sommeil, rénovation de la Mosson, permis de louer, encadrement des loyers… Le territoire avait accumulé beaucoup de retard. Oui, il y a une dette, mais c’est une dette saine qui permet d’investir.
Pourquoi tant d’inaugurations en fin de mandat ?
Il fallait le temps de faire les travaux. Si nous avions inauguré plus tôt, on nous aurait reproché un manque de concertation.
Si Michaël Delafosse est candidat, poursuivrez-vous l’aventure ?
S’il m’appelle à ses côtés, j’en serai honorée. La décision lui revient. Je n’ignore pas la violence dont il a été victime. Mais je sais que pour lui seul compte le cap : améliorer la vie des gens dans un débat apaisé.
La gratuité des transports est-elle tenable ?
Bien sûr, c’est notre mesure cardinale. Je note que beaucoup d’opposants veulent revenir dessus. Cette mesure coûte 35 M€, mais le versement mobilité est passé de 90 M€ à 124 M€. Cette dynamique compense la gratuité. Et ce n’est pas qu’une mesure de pouvoir d’achat : elle transforme les habitudes de déplacement et renforce l’attractivité du territoire. Nous sommes passés de 84 à 110 millions de déplacements par an. On réalise 450 000 déplacements par jour et on compte 425 000 pass gratuité, soit 85 % de la population de la Métropole.
Sur les Bustram, une seule ligne sur quatre a été réalisée…
C’est vrai, mais il n’était pas possible de lancer plus de travaux. Je crois qu’on peut dire que nous sommes allés au maximum ! Les autres lignes seront déployées progressivement selon le calendrier du SERM. En matière de mobilité, c’est le sujet majeur des dix prochaines années.
Bio express
Julie Frêche a 45 ans, elle est juriste, docteure en droit public spécialiste des intercommunalités et cadre à la Région Occitanie, chargée de mission en aménagement du territoire. Adhérente au PS depuis l’âge de 17 ans, elle est secrétaire de la 1re section de Montpellier depuis 2012, à la suite d’Henri Talvat. Après avoir refusé d’être sur une liste en 2008 (du fait de la présence de son père Georges Frêche), elle a été élue dans l’opposition en 2014 aux côtés de Michaël Delafosse. Elue en 2020, elle est conseillère municipale et vice présidente de la Métropole en charge des transports et aux mobilités actives.