Par
Thomas Martin
Publié le
14 déc. 2025 à 6h34
Accrochée à un camion poubelle ou partant à la rencontre de personnes sans-abri : dans la course à la mairie de Paris, Rachida Dati mise sur des vidéos coup de poing et la proximité avec les Parisiens. Une stratégie qui lui vaut autant de clics que de procès en démagogie.
« Avec moi, la ville sera propre », promet la maire du VIIe arrondissement, veste jaune fluo et poubelle en main, venue collecter les déchets aux aurores avec les éboueurs de Paris.
Tournée fin novembre, la vidéo d’1 minute 48 a dépassé cinq millions de vues sur le réseau social X, et « dix millions » tous réseaux sociaux confondus, selon son équipe de campagne. De quoi faire pâlir ses adversaires.
« C’est hyper efficace, puisque partout où l’on va, on nous en parle. Ça permet de porter un message politique en déclinant son projet d’alternance sur tous les angles morts de la gauche, et de toucher des gens qui ne lisent plus trop la presse », se félicite la sénatrice LR de Paris, Agnès Evren.
Depuis deux mois, Rachida Dati multiplie les clips vidéos dans lesquels elle se met en scène en affichant son apparente proximité avec les habitants.
Elle courtise notamment les quartiers populaires, selon elle « totalement abandonnés » sous les deux mandatures socialistes, alors que le changement de mode de scrutin offre désormais le même poids à chaque électeur, quel que soit son arrondissement, pour élire les conseillers de Paris.
Vétusté, voire insalubrité d’un logement social propriété de la Ville, gangrène du crack dans le quartier Rosa Parks (XIXe), toxicomanes dans le tunnel des Halles, campements de migrants à Bastille… « Il n’y a plus aucune règle, on s’approprie l’espace public », constate la candidate, qui promet de « lutter contre ce laisser-aller ».
« Rachida Dati a mis le turbo, avec la multiplication de petites vidéos calibrées pour les réseaux sociaux et ciblées sur la proximité », analyse le politologue Bruno Cautrès.
« Saturation médiatique »
« Elle entend renouer avec son image de casseuse de codes, qui va de l’avant, alors que ses concurrents à gauche sont encore dans une bataille d’appareils », poursuit-il. Des vidéos « plutôt bien mises en scène », confirme Pascal Lardellier, professeur à l’Université de Bourgogne, et qui rappellent, selon lui, celles de Donald Trump, « qui lui aussi va au McDo, lui aussi ramasse des poubelles ».
« Dans un Paris multiculturel, elle est comme un poisson dans l’eau. C’est aussi une manière de gommer son goût pour les bijoux et le luxe », poursuit ce spécialiste de la communication politique. Au risque de se prendre les pieds dans le tapis, la ministre de la Culture ayant été épinglée mardi par Mediapart pour avoir filmé trois personnes sans-abri sans leur accord.
Votre région, votre actu !
Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.
« Forcément il y aura des petits couacs », relativise Agnès Evren, tout en se félicitant d’une candidate qui « écrase le match » du fait d’une « saturation médiatique qui invisibilise les autres candidats ».
« Les Parisiens ont besoin d’une maire et pas d’une tiktokeuse »
A gauche, la stratégie irrite. « Les Parisiens ont besoin d’une maire et pas d’une tiktokeuse », taclait mercredi Ian Brossat, candidat PCF à la mairie de Paris, lui reprochant « d’exploiter la misère humaine à des fins électorales ».
« Voir Madame Dati enfiler un gilet fluorescent dix minutes pour les besoins d’un clip (…) c’est de la démagogie à l’état brut », a également réagi le candidat socialiste Emmanuel Grégoire.
Des polémiques qui ne desservent pas forcément l’intéressée, selon le constitutionnaliste Benjamin Morel. « Ça fait polémique, donc ça conduit à faire parler dans la presse. Mme Dati sait se servir de la polémique comme levier politique », analyse-t-il, jugeant également que « l’autodérision » de certaines vidéos la « font passer pour sympathique, au-delà des polémiques ».
Interrogés, ses proches revendiquent une campagne « en direct » avec les Parisiens, qui « enjambe les intermédiaires », dont les médias. Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences-Po, évoque, lui, une campagne « populiste ».
Rachida Dati « peut incarner tout et son contraire, se caricature elle-même (…) et devient invulnérable, c’est-à-dire que les affaires judiciaires glissent sur elle », observe-t-il.
Rachida Dati doit être jugée pour corruption et trafic d’influence en septembre 2026. Elle conteste les faits reprochés.
AFP
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.