Romain Maillot, désormais ancien sélectionneur du XIII de France féminin, a répondu à nos questions en toute franchise.
Quel est le sentiment qui vous domine ?
Plusieurs sentiments m’ont traversé ces derniers temps, principalement l’incompréhension, la frustration et la déception. Ces émotions sont évidemment étroitement liées aux événements récents. À l’issue de la dernière Coupe du monde, il m’a été confié la reprise d’un groupe profondément renouvelé, dans un contexte délicat, marqué notamment par un changement de staff intervenu juste avant cette échéance.
Quel a été le cheminement et les résultats obtenus jusqu’à présent avec cette sélection ?
Tout d’abord, il fallut réinstaurer un climat de confiance, redonner un cadre, du sens et une dynamique collective. Depuis trois années, j’ai consacré toute mon énergie à la construction d’un staff solide, à l’instauration de valeurs fortes, d’héritage, de culture de la performance et de considération, ainsi qu’au développement de principes de jeu clairs, toujours dans l’intérêt de cette équipe de France.
Ce travail s’est traduit par des résultats concrets. L’équipe s’est qualifiée pour la Coupe du monde, a remporté des victoires importantes face à des concurrents directs comme le Pays de Galles, et plus récemment contre l’Irlande. Bien sûr, il reste une marche significative à franchir pour rivaliser avec des nations comme l’Angleterre. Néanmoins, nous avons su réduire l’écart entre nos deux confrontations (-22 points), en nous procurant de réelles occasions de marquer. Il est également essentiel de rappeler que les contextes du rugby féminin anglais et français sont profondément différents. Nos performances s’inscrivent d’ailleurs dans une dynamique comparable à celle observée chez les garçons.
La FFR XIII vous avait proposé de rester dans le staff mais vous avez refusé. Pourriez-vous nous en dire plus ?
À dix mois seulement de la Coupe du monde, les instances fédérales ont fait le choix d’intégrer au staff de l’équipe de France féminine une nouvelle personne, présentée comme apportant des « compétences techniques », à qui seront confiées les fonctions de head coach ainsi que la responsabilité décisionnelle. Il m’a été proposé de rester au sein du staff dans un autre rôle afin de l’accompagner. Cette réorganisation ne relève pas de mon choix. Cette décision me questionne profondément, tant sur le fond que sur la forme et le timing. Un séminaire des staffs des équipes de France s’est tenu à Albi en janvier dernier, puis une réunion a eu lieu à l’issue du match contre l’Irlande en juillet. Lors de cet échange, nous avons débriefé la rencontre et nous nous sommes projetés vers la Coupe du monde.
Un plan d’action annuel a alors été construit avec mon staff, sans que je n’aie jamais eu le moindre retour ou signal remettant en cause cette trajectoire. L’ensemble de ces éléments ne peut que me conduire à être en total désaccord avec la décision de nommer une personne en position de numéro un sans concertation préalable. Je n’en perçois ni la légitimité ni la cohérence au regard du travail engagé, d’autant qu’il existait de nombreuses autres manières d’intégrer une compétence supplémentaire au sein du staff. Dans ces conditions, il m’est impossible de poursuivre au sein du staff dans un rôle différent. Et ce qui me désole, c’est qu’une fois encore, ce sont malheureusement les joueuses qui devront en subir les conséquences.
Que retiendrez-vous de ces années en tant que sélectionneur ?
Je pense avoir répondu avec engagement et sincérité aux missions qui m’étaient confiées, même si l’on peut toujours faire mieux. Ce que je retiendrai, malgré tout, de ces trois dernières années est avant tout le positif. Cette qualification pour la Coupe du monde, bien sûr, mais surtout l’accompagnement de joueuses qui méritent considération et respect. Elles sont 100 % amatrices, tout en faisant preuve d’un investissement digne du plus haut niveau professionnel. Je suis également fier de l’évolution affichée par le groupe France, tant dans son jeu que dans sa capacité à séduire le public français.
Le rugby à XIII féminin mérite de se développer et d’être pleinement mis en lumière. Je suis extrêmement fier de l’image que ces joueuses ont su renvoyer, sur le terrain comme en dehors. C’est un groupe profondément attachant, qui sait vous le rendre dès lors que l’on fait preuve d’honnêteté et de justesse à son égard. Je leur souhaite sincèrement le meilleur pour la suite et je les soutiendrai avec un attachement tout particulier.