Le centre naval russe de Novorossiïsk semble actuellement cristalliser les tensions entre l’Ukraine et la Russie: deux semaines après une attaque de l’armée ukrainienne contre un terminal pétrolier (qui a débouché sur une improbable réaction suicide du camp russe), un nouvel événement s’est produit dans cette zone. Comme l’expose le Financial Times, une opération spéciale inédite lancée par Kiev le lundi 15 décembre a en effet permis d’endommager gravement un sous-marin russe.
L’attaque a été revendiquée par les services de sécurité ukrainiens, qui affirment par l’intermédiaire d’un responsable du Service de sécurité d’Ukraine (SBU) que le déploiement de drones sous-marins a permis d’atteindre le 63.6 Varshavyanka, sous-marin russe de classe Kilo. Ce terme désigne les submersibles russes à propulsion diesel-électrique, d’une valeur estimée à environ 400 millions de dollars (340 millions d’euros). La marine ukrainienne avait été associée à ce projet d’envergure.
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Surnommés «Sub Sea Baby» («bébé sous-marin»), en hommage au chef du SBU, le lieutenant-général Vassyl Malyuk, dont le nom signifie «bébé» en ukrainien, ces drones constituent le dernier-né des engins d’attaque navale de l’arsenal de Kiev, en constante expansion. L’attaque survient dans un contexte diplomatique intense, à un moment crucial des négociations de paix menées par les États-Unis à Berlin.
Potentiellement hors service
Selon les informations glanées par le média américain, le sous-marin russe transportait des missiles de croisière Kalibr, utilisés par la Russie lors de frappes dévastatrices contre des infrastructures critiques et des cibles militaires à travers l’Ukraine. D’après le SBU, le sous-marin a été «mis hors service» à la suite de l’explosion, mais pour l’heure, le Financial Times n’a pas pu vérifier cette affirmation.
En raison des sanctions internationales et de l’accès restreint aux composants de haute technologie, le SBU estime que le coût de construction d’un navire de remplacement pourrait désormais atteindre 500 millions de dollars (425 millions d’euros). Mais la fabrication d’un tel engin, en plus du coût non négligeable qu’elle représente, n’est pas immédiate.
Cette opération s’inscrit dans le cadre d’une vaste campagne de frappes ciblant les infrastructures énergétiques russes –principalement les raffineries de pétrole– les bases aériennes et les navires de guerre. Objectif affiché: démontrer que l’Ukraine est toujours capable de tenir tête à son assaillant. De son côté, la Russie n’est pas en reste puisqu’elle a également intensifié ses bombardements aériens et a réalisé des gains territoriaux le long de la ligne de front (mesurant plus d’un millier de kilomètres) en Ukraine.
Le même lundi, le SBU a par ailleurs revendiqué des attaques menées par des drones aériens à longue portée contre des plateformes pétrolières de la société Lukoil en mer Caspienne. Si l’information est confirmée, ce que le Financial Times n’était pas en mesure de faire au moment de la publication de son article, il s’agirait de la troisième attaque de ce type.
Si les autorités russes n’ont pas immédiatement commenté l’attaque, certains blogueurs pro-guerre l’ont évoquée avec une relative prudence. La frappe «révèle une grave défaillance dans l’organisation des défenses du port», écrit Boris Rojine, analyste militaire, sur sa chaîne Telegram. L’expert russe concède que l’adversaire ukrainien «semble également avoir l’avantage dans le port de Novorossiïsk».