Par

Léa Pippinato

Publié le

16 déc. 2025 à 18h30

Dans une rue rénovée de Montpellier, une affiche officielle cloue un rideau métallique. « Ça va faire très, très drôle », prévient le préfet de l’Hérault. 

Ce mardi 16 décembre 2025, rue du Cheval Vert, dans le secteur Observatoire-Saint-Denis à Montpellier, la police nationale procède à la notification d’un arrêté de fermeture administrative. Le commerce visé s’appelle D&M Barber. Le salon de coiffure écope de deux mois de fermeture, jusqu’au 16 février 2026. Le motif repose sur du travail dissimulé par dissimulation d’emploi salarié, l’absence de réponse aux demandes de l’inspection du travail et des faits similaires constatés dans un autre établissement du même gérant. Sur la vitrine, une grande affiche officielle apparaît et ne passe pas inaperçue. Elle annonce la sanction et son motif. Cette méthode va devenir la règle dans le département.

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« Je fais exprès de stigmatiser »

François-Xavier Lauch, préfet de l’Hérault, se tient aux côtés des forces de l’ordre et assume la démarche. « Je fais exprès de stigmatiser, ne serait-ce que pour montrer que l’État agit. » Selon lui, ces commerces ne relèvent pas de simples manquements. « Je considère que ces commerces sont des instruments du blanchiment. Du blanchiment de l’argent des stupéfiants et du tabac illégal. » Désormais, chaque fermeture administrative s’accompagne d’une affiche grand format, autocollante, difficile à arracher. Trois versions existent : l’une concerne le non-respect de la réglementation, la seconde vise le tabac illicite et la troisième cible les stupéfiants.

Le préfet revient sur une scène fondatrice. « Je suis juste à côté d’ici avec Michaël Delafosse. La première chose qu’il m’a dite sur la sécurité, c’est : “Aidez-nous à nous libérer de ces commerces.” » Le maire de Montpellier dépense des sommes astronomiques pour racheter des fonds de commerce afin d’éviter certaines installations. « Je me suis juré ce soir-là d’être à ses côtés. » La coopération inclut les polices municipales, qui transmettent des procès-verbaux administratifs. Ces éléments permettent les fermetures. 

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Un commerce peut fermer pour six motifs administratifs. Les horaires restent le premier motif. Le tabac arrive juste derrière. « Le tabac illégal est une plaie absolue », tranche le préfet. Il évoque les cigarettes venues d’Espagne, vendues moins cher, parfois à l’unité, ou celles arrivant par la Méditerranée. La loi narcotrafic renforce l’arsenal et autorise des fermetures sur suspicion de blanchiment. « On peut maintenant fermer sans illégalité constatée sur place. » La durée atteint six mois, voire douze mois avec accord ministériel. Le préfet annonce une méthode durable. « En posant l’affiche, je dis : on va continuer à vous harceler. » Certains commerces ont déjà fait l’objet de plusieurs arrêtés. « J’ai signé un, deux ou trois arrêtés pour les mêmes établissements. Nous n’arrêterons pas. » La lutte repose aussi sur les finances. « Avec la direction des finances publiques, on s’est fait une liste des commerces. Ce sont toujours les mêmes qui rouvrent. » L’absence de ventes réelles alerte les services. « On fait croire qu’on vend quelque chose et on met l’argent liquide dans la caisse. C’est ça le blanchiment. »

Un commerce du centre de Montpellier fermé pour une durée de deux mois par décision préfectorale.
Un commerce du centre de Montpellier fermé pour une durée de deux mois par décision préfectorale. (©Métropolitain / LP)

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Le bilan impressionne : 172 fermetures administratives. Le chiffre arrêté au 30 novembre dépasse déjà celui de l’an dernier de 40 %. À Montpellier, 83 commerces ont fermé. « L’an dernier, on avait dépassé les 100. J’en étais très fier. » Pour le préfet, l’affiche joue un rôle central. « Donner un chiffre, les gens l’oublient. Quand vous voyez quatre commerces fermés dans la même rue, vous comprenez qu’il y a un problème. » L’objectif vise aussi les élus et les habitants des villes moyennes. Bédarieux, Clermont-l’Hérault ou Montarnaud reviennent dans ses exemples. « Les maires ne me parlent que de ça », confie-t-il.

Des trafics liés et évolutifs

Le préfet décrit une économie globale. « Le trafiquant va vers ce qui rapporte le plus ou ce qui est le moins risqué. Aujourd’hui, les stupéfiants dominent. Le tabac suit. Demain, les médicaments ou la prostitution peuvent prendre le relais. » Le protoxyde d’azote inquiète aussi. « C’est la première marche. » Il rappelle l’interdiction préfectorale dans l’Hérault et évoque les risques sanitaires et routiers. François-Xavier Lauch ne promet pas de victoire rapide. « Ça prendra peut-être dix ou quinze ans, mais on va y arriver. » Il compare la méthode à la lutte antiterroriste : les services ciblent désormais des noms, croisent l’administratif et le judiciaire. Sur le rideau fermé du barbier, l’affiche colle fort. Le message aussi. 

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