Lundi, le grimpeur varois revient pour Var-matin sur une saison 2025 dense, des succès marquants et l’épisode du bidon collé sur le Tour de France, qu’il assume avec lucidité. « Je fais parfois des erreurs mais j’apprends vite », glisse-t-il, calmement.
Parmi toutes vos victoires en 2025, laquelle vous a laissé le sentiment le plus fort ?
Celle du Dauphiné. J’étais malade la veille, je ne l’avais pas spécialement cochée, et j’ai senti ce jour-là une différence énorme dans mon état de forme. En plus, la dernière étape était folle, donc ça rend cette victoire encore plus marquante.
Quand vous regardez votre saison 2025 à froid, sans le bruit extérieur, qu’est-ce que vous jugez vraiment réussi et qu’est-ce qui reste perfectible ?
J’ai accompli beaucoup plus de choses que je ne l’imaginais au départ, notamment avec des victoires sur des courses par étapes d’une semaine, comme Paris-Nice, en Romandie ou sur le Dauphiné. Ça peut toujours être mieux, bien sûr, mais je suis hyper satisfait de ma saison.
L’épisode du bidon collé a marqué votre saison médiatiquement. Avec le recul, est-ce que cette polémique vous a appris quelque chose, sportivement ou humainement ?
Oui, ça a été une grosse erreur. Honnêtement, je n’ai jamais voulu tricher, même si certains le pensent. Ce n’est vraiment pas le cas. Pour être totalement franc, j’ai revu les images et c’est seulement il y a deux semaines que j’ai réalisé que le bidon que j’avais voulu récupérer était celui que j’avais déjà donné auparavant. À ce moment-là, je me suis dit : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? » Je n’étais vraiment pas lucide. Je pensais qu’on me donnait un bidon neuf et j’ai fait n’importe quoi.
Il faut faire attention : je sais qu’on a le droit de prendre des bidons comme ça, mais le passage ne doit pas durer trop longtemps et il faut certaines conditions. Je ne cherche aucune excuse. Je n’étais pas lucide, j’avais du mal à suivre à ce moment-là la conversation en anglais avec mes directeurs sportifs. Comme tout était filmé, ça s’est retourné contre moi. Je dois faire plus attention.
Vous avez reconnu l’erreur et vous vous êtes excusé, mais certains continuent d’y voir une tache. Comment vit-on cela à 22 ans, quand on sent que tout peut être surinterprété ?
Avec du recul. Beaucoup de personnes ont dit après coup qu’il était interdit de prendre un bidon directement à la voiture, ce qui n’est pas vrai. En revanche, je n’aurais pas dû le tenir aussi longtemps, c’était beaucoup trop et je le sais maintenant. Pendant la course, je ne pensais même pas qu’il y avait un problème. C’est seulement en rentrant à l’hôtel, en ouvrant les réseaux sociaux, que j’ai compris l’ampleur que ça avait pris.
Est-ce que cette affaire vous a rendu plus méfiant dans votre communication ou au contraire plus solide intérieurement ?
Je sais que le Tour engendre ce genre de situations. On l’a vu avec Bryan Coquard, accusé d’être responsable de la chute de Jasper Philipsen dans un sprint. Il y a toujours des incidents de course et, sur le Tour, tout est amplifié, tout devient hyper médiatique.
Chez Bahrain Victorious, quel est votre rôle à court terme : chasseur d’étapes, leader ponctuel ou encore en construction ?
Je suis encore en construction. Ma priorité reste de chasser des étapes et, si tout se passe bien, je pourrai ensuite viser un classement général. Je suis encore en apprentissage.
Depuis la fin de la saison, on vous a peu entendu médiatiquement. Est-ce un choix personnel ou une volonté de votre entourage de vous laisser travailler dans la discrétion ?
Ce n’est pas un choix purement personnel. Je laisse surtout mon équipe gérer tout ça pour que je puisse me concentrer sur le sportif. J’aime bien les interviews, mais pas trop non plus, alors peut-être qu’ils ont voulu me laisser tranquille avec ça.
Sans vous projeter trop loin, qu’aimeriez-vous qu’on dise de vous dans deux ou trois ans, au-delà des résultats bruts ?
Que je sois l’un des meilleurs grimpeurs du monde, capable d’apporter des émotions et de faire partie des coureurs importants du peloton.
Reprise sur la Classic Var
Au prix d’une saison tortueuse, Martinez s’est construit des repères. Et, à l’heure d’effectuer sa rentrée, il a calé son rythme sur celui de l’an passé, puisque « rien n’a vraiment changé (dans sa préparation), si ce n’est que c’est peut-être encore plus intense. On fait exactement les mêmes exercices, avec le même entraîneur. C’est la même routine », sourit-il.
Gagner, gagner et encore gagner des étapes sera encore le totem du Varois, dont le programme à venir sera à peu de choses près identique à ce qu’il a connu l’an passé, avec une reprise plus tardive. « Je vais débuter par la Classic Var (21 février) et le Tour des Alpes-Maritimes (22 février) puis Paris-Nice (8-15 mars), le Tour de Romandie (29 avril – 4 mai), la Flèche Wallonne (le 23 avril) et le Tour de France (4-26 juillet), qui est le point clé de la saison », détaille-t-il.
Seul changement, les belles routes du Tour de Suisse (17 au 21 juin) au menu à la place du Dauphiné.