«Les résultats ne sont pas à la hauteur des moyens engagés», a fait savoir le syndicat FO Justice, en constatant que l’opération était attendue par la population carcérale. Seuls 50 grammes de produits stupéfiants ont été saisis.

L’opération a été commandée en haut lieu. Mardi 16 décembre, une fouille de grande ampleur d’un secteur de la maison d’arrêt de Nantes-Carquefou (Loire-Atlantique) a été réalisée, à la demande du ministère de la Justice. En près de quatre heures, les autorités ont notamment saisi 28 téléphones, 50 grammes de produits stupéfiants et un couteau en céramique. Un bilan assez ténu, qui s’expliquerait par l’envergure réelle de l’opération et, surtout, par l’absence de tout effet de surprise parmi les détenus.

Présentée comme une «fouille XXL», celle-ci n’a en réalité concerné qu’une portion de la maison d’arrêt. La fouille de mardi soir s’est ainsi étendue à 46 cellules, au lieu de la douzaine examinée lors d’une opération classique. Plus du quadruple, certes, mais toujours une fraction des 316 cellules de la prison de Nantes. Seules deux des 14 ailes de l’établissement ont été examinées, compte tenu de la méticulosité des recherches, ce qui correspond à la fouille des effets de 120 détenus sur les 883 comptabilisés en début de semaine.


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Un bilan «dérisoire»

Dans un communiqué diffusé mardi soir, le syndicat local Force ouvrière (FO) Justice s’est réjoui de cette opération réclamée depuis des années. Il a toutefois attiré l’attention sur le caractère «biaisé» des saisies. «Les sorties par vague ont permis aux détenus de faire le ménage avant les fouilles», remarque le syndicat. «Les détenus s’attendent sans doute à quelque chose», évoquait même, en amont des fouilles, le directeur du centre pénitentiaire de Nantes, Dieudonné Mbeleg, à nos confrères de Presse Océan . Et pour cause. Survenue plusieurs jours après des fouilles similaires dans plus de 80 autres établissements pénitentiaires, l’opération était «malheureusement trop attendue également par la population pénale qui, à travers la presse et les réseaux sociaux, pouvait suivre l’exécution de ces fouilles et attendre patiemment son tour», ajoute FO dans son communiqué.

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«Les détenus ne sont pas idiots, ils s’attendaient à être fouillés et se sont préparés en conséquence», précise William Cozic, délégué FO Justice au centre pénitentiaire de Nantes, qui indique que l’opération ne pouvait être menée sur l’ensemble des cellules visées en même temps, par mesure de sécurité. «On perd tout effet de surprise. Cela laisse le temps aux détenus de s’organiser, de passer des produits de cellules en cellules. Sur les 50 grammes de stupéfiants découverts mardi soir, 40 l’ont été dans la première cellule visitée. Le bilan dérisoire des saisies est inférieur à ce qu’on peut parfois trouver sur nos fouilles habituelles, donc autant dire que les résultats ne sont pas à la hauteur des moyens engagés».

Depuis le 26 novembre, le ministère de la Justice a lancé une vague d’opérations de «fouilles XXL» au sein des prisons françaises. La semaine dernière, le ministre Gérald Darmanin indiquait que ces coups de filet réalisés dans plus de 80 établissements pénitentiaires avaient permis la saisie de «1100 portables, 10 kg de drogue et 1500 objets interdits comme des lunettes connectées». En complément à ces contrôles, le garde des sceaux a annoncé vouloir recruter 1000 agents pénitentiaires, afin de renforcer les effectifs en tension, au niveau national, en raison de la surpopulation carcérale.