Il est désigné par le Quai d’Orsay comme l’un des principaux « porte-parole de la propagande russe » auprès des Français. Citoyen franco-russe Xavier Moreau, 54 ans, qui relaie la propagande du Kremlin depuis de nombreuses années via ses articles et vidéos en ligne, figure sur la liste des douze personnalités visées par les nouvelles sanctions européennes depuis lundi 15 décembre.

Accusé d’avoir participé à une entreprise de « déstabilisation », le Français installé en Russie depuis plus de vingt ans ne pourra donc plus circuler librement au sein de l’Union européenne et verra tous ses avoirs détenus dans les États membres gelés.

Sur son compte X, le principal intéressé affirme s’en laver les mains : « Ma femme est russe et c’est une battante. Mon fils aîné a 15 ans et s’intéresse à la politique et il vient juste d’avoir un exemple de ce à quoi ressemble une dictature », écrit Xavier Moreau.

Proche des milieux identitaires d’extrême droite, cet ancien militaire était dans le viseur des autorités françaises depuis une dizaine d’années, repéré au moment de l’annexion de la Crimée ou encore lors de la crise des gilets jaunes.

De Saint-Cyr aux thèses prorusses

Xavier Moreau est passé par l’académie de Saint-Cyr d’où il est sorti lieutenant dans l’armée de terre en 1995. Il affirme avoir également obtenu un diplôme (DEA) en relations internationales à la Sorbonne, avec une spécialisation sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Après quelques années dans l’armée, où il sert comme officier parachutiste, il démissionne en 1999.

Il se reconvertit alors dans la sécurité privée. Selon le magazine Challenges, il part s’installer en Russie en 2000 et intègre l’entreprise Risk&Co, chargée de protéger les expatriés français de Renault. Il fonde ensuite avec son frère sa propre entreprise de sécurité privée en Russie, baptisée Sokol, qu’il quitte en 2014, suite à un différend familial.

Xavier Moreau, qui a acquis la nationalité russe en 2013, se réoriente une nouvelle fois et crée le site Stratpol en 2014. Il entend fournir des « analyses politico-stratégiques », « sur toutes les zones, pays et continents », s’adressant « aux étudiants et aux chercheurs, aussi bien qu’aux décideurs politiques et aux acteurs économiques ».

Cette plateforme sert dès le départ de relais de la propagande du Kremlin. Xavier Moreau y présente par exemple la révolution ukrainienne de Maïdan de 2014 comme un « coup d’État » orchestré par Washington. Le crash du Boeing de la Malaysia Airlines, atteint par un missile sol-air au-dessus de l’Ukraine à l’été 2014, devient un crime des « Ukronazis ».

En 2015, il publie Ukraine : pourquoi la France s’est trompée, un ouvrage préfacé par l’eurodéputé RN Thierry Mariani dont il est proche, qui revisite l’histoire ukrainienne selon une vision prorusse. Il y affirme que l’Otan est « au bord d’une défaite magistrale », que Moscou « a déjà gagné la guerre » et régnera bientôt sur la « Nouvelle Russie ».

Dans le viseur des autorités françaises

Ses prises de position lui valent d’être remarqué en Russie. Selon Challenges, les autorités russes l’accréditent un temps comme reporter de guerre dans le Donbass. En février 2022, alors que la Russie lance son offensive sur Kiev il affirme que « l’Ukraine a orchestré sa propre invasion afin d’intégrer l’Otan ». En septembre cette année-là, il est missionné pour être « observateur étranger » lors des référendums d’annexion dans les régions ukrainiennes de Rostov, Donetsk et Taganrog.

En France, il s’est fait remarquer dès 2018 pendant le mouvement des gilets jaunes, en posant lors de la manifestation du 8 décembre sur les Champs-Élysées avec un drapeau de la République populaire de Donetsk, entité séparatiste en Ukraine.

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En octobre 2022, sa chaîne francophone YouTube Stratpol (180 000 abonnés selon le site Conspiracy Watch) est fermée pour violation des règles et incitation à la haine. Xavier Moreau migre alors vers des plateformes alternatives telles Rumble et Odysee, pour continuer de diffuser ses contenus complotistes et prorusses. Il se voit également confier un talk-show « Ici Moscou ! » sur la chaîne Russia Today, interdite en Europe, mais qui produit toujours des programmes en français, depuis Moscou.

Selon le Quai d’Orsay, Xavier Moreau administre une centaine de faux sites Web d’actualité. Maxime Audinet, spécialiste de la Russie et chercheur à l’Irsem le décrivait dès 2024 – dans une commission d’enquête sur la lutte contre les influences étrangères – comme « l’une des figures françaises les plus promotrices des informations pro-Kremlin et peut-être même l’une des personnalités les plus “poutinophiles” du petit écosystème français à Moscou ».