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Rédaction Rennes

Publié le

18 déc. 2025 à 19h04

Xavier Morandi, l’ancien chef du service de neurochirurgie du CHU de Rennes a demandé à la chambre disciplinaire de l’ordre régional des médecins des Pays de la Loire, mercredi 17 décembre 2025, à Nantes, de sanctionner l’un de ses anciens collègues qui avait posé en photo en 2024 dans Paris Match pour dénoncer publiquement son « management féodal ».

Le Pr Xavier Morandi s’en est pris ainsi au Dr Eric Seigneuret, qui a travaillé avec lui de 1997 à 2004 et qui exerce à présent en libéral à la clinique Bretéché de Nantes : ce dernier avait accepté de poser, avec d’autres, sur la scène de l’opéra de Rennes, en blouses blanches, pour illustrer une enquête de la journaliste freelance Anne Jouan.

Spécialisée dans les questions de santé après avoir officié vingt ans au Figaro, elle travaillait sur « l’omerta » qui régnait sur les « brimades », « humiliations » et « violences verbales » au sein de ce service. Paris Match et la journaliste ont été condamnés pour atteinte à la présomption d’innoncence. Le magazine a fait appel de cette décision.

Un classement sans suite

Le médecin nantais voulait ainsi « éviter le classement sans suite » de la plainte pénale qui avait été déposée pour « harcèlement moral » contre son ancien collègue par l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI). Ce classement est malgré tout survenu le 22 septembre 2025 après une « longue et sérieuse enquête », a indiqué le procureur de la République de Rennes.

Le neurochirurgien rennais fait donc aujourd’hui de cette plainte ordinale « une question de principe » : son confrère nantais a commis un « manquement aux règles de la confraternité ».

15 000 euros de dédommagements

Il demande en conséquence 10 000 euros de dédommagements pour la « souffrance » que cela lui a causée et 5 000 euros pour ses frais de justice, selon son avocat Me Jérôme Stephan.

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En réplique, le Dr Eric Seigneuret lui demande exactement les mêmes sommes pour « procédure abusive » et pour les honoraires de son avocate du barreau de Paris, Me Margo Boisson.

« Poussé au suicide »

Dans cette « double page », publiée non pas « dans une revue spécialisée dans le domaine de la médecine » mais dans « un magazine people », le neurochirurgien nantais était ainsi revenu sur les « prétendus agissements » de son confrère, a commencé par rappeler Me Jérôme Stephan à la chambre disciplinaire, une instance composée de médecins et présidée par un juge administratif.

Il avait ainsi « insinué » que le Pr Morandi l’avait « poussé au suicide ». Le Dr Eric Seigneuret avait pensé à en finir « avec son avion d’aéroclub » ou « en mer un jour de tempête ».

« Il y avait sans doute d’autres moyens que cette mise en cause publique pour parvenir à ses fins : il aurait pu saisir la chambre disciplinaire, par exemple », estime l’avocat du barreau de Rennes. En attendant, la « diffusion nationale » de cet article à « l’impact médiatique certain » a conduit son client à « ne plus avoir d’activité professionnelle depuis plus de deux ans ».

Des tentatives « d’intimidation »

Me Jérôme Stephan n’a, au passage, pas digéré non plus les écritures de sa consœur, pour qui le maintien de cette plainte ordinale relève d’une « intimidation » et d’un « acharnement » pour « faire taire » ceux qui viendraient à dénoncer de tels faits à l’avenir.

Le Pr Xavier Morandi « n’a honte de rien » et « se croit une fois de plus au-dessus des lois », avait-elle encore écrit.

Le conseil départemental de l’ordre des médecins de la Loire-Atlantique, qui a reçu la plainte du Pr Xavier Morandi, l’avait pour sa part transmise à la chambre disciplinaire de l’ordre régional des médecins des Pays de la Loire « sans s’y associer ». Son représentant à l’audience, ce mercredi 17 décembre 2025, n’a ainsi pas fait de déclarations particulières.

Un dossier monté contre le Pr Morandi

Le Dr Eric Seigneuret a en fait été forcé à « l’exil » après avoir été « traumatisé » par le Pr Xavier Morandi, a assuré son conseil Me Margo Boisson. Il a été « le plus loin possible », « jusqu’à Grenoble », pour oublier « celui qui lui a fait énormément de mal » au CHU de Rennes.

20 ans après son départ, en 2024, le médecin nantais a alors été « contacté par le syndicat des internes » : celui-ci était en train de « préparer un dossier contre le Dr Morandi et un autre » [le Pr Marco Corniola, qui lui a succédé à la tête du service, N.D.L.R], a recontextualisé l’avocate parisienne.

Son « témoignage pur et simple », où il « parle de son histoire », l’avait alors conduit à être « auditionné pendant plus de trois heures par la police » comme « témoin » dans la plainte pénale déposée pour « harcèlement moral » et « sexuel » contre le Pr Xavier Morandi.

Le chirurgien libéral nantais avait néanmoins « refusé » d’être considéré comme une « victime » par les policiers du commissariat de police de Rennes : il était là « juste pour soutenir les jeunes » médecins, a bien insisté son avocate ce mercredi 16 décembre 2025.

La direction du CHU « minimise »

« Le dossier, tellement énorme, a commencé à faire du bruit, au moins à Rennes », a poursuivi Me Margo Boisson. « Mais la direction du CHU a alors publié un communiqué de presse pour minimiser tout cela : il parlait d’un « conflit entre praticiens » dont elle n’était « pas au courant »… Beaucoup ont donc été choqués.

C’est alors à ce moment-là que la journaliste indépendante Anne Jouan les a contactés pour dire qu’elle avait eu accès à leurs auditions. Mon client n’a donc pas répondu à ses questions, elle n’a fait que reprendre sa déposition. »

Le Dr Éric Seigneuret a témoigné « par courage »

Dans ces conditions, le Dr Eric Seigneuret n’est « pas un praticien qui a voulu s’exhiber ou prendre la lumière » dans la presse nationale, a-t-elle résumé : il « ne savait même pas dans quel journal » allait sortir l’enquête de la journaliste freelance.

Il a simplement témoigné « par courage » et solidarité avec les plaignants dans cette « affaire médiatisée et difficile avec un hôpital qui ne les soutient pas ». « La confraternité n’impose pas le silence », a conclu Me Margo Boisson.

Est-ce que les médecins doivent se taire sur des sujets aussi graves ?

Me Margo Boisson
Avocate du Dr Eric Seigneuret

« Je l’ai critiqué en tant qu’être humain et manager, je n’ai pas remis en cause ses compétences techniques », a simplement souligné pour sa part le Dr Eric Seigneuret devant ses pairs. « Même si j’avais su que ça allait sortir dans Paris Match, je pense que je l’aurais fait aussi. »

La chambre disciplinaire de l’ordre régional des médecins des Pays de la Loire, qui a mis sa décision en délibéré, la rendra dans six semaines environ.

GF (PressPepper)

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