C’était l’un des enjeux de cette campagne des municipales 2026 à Rennes. Le candidat du centre-droit Charles Compagnon, élu d’opposition depuis cinq ans, parviendrait-il à s’unir au LR Thomas Rousseau, lui aussi lancé dans la course à l’Hôtel de Ville ? L’insoutenable suspense a pris fin mercredi 17 décembre, via un communiqué de ce dernier. Non, il n’y aura pas d’accord électoral au premier tour. La faute, accuse Thomas Rousseau, à son ex-futur allié qui lui aurait opposé, le 5 décembre, « une fin de non-recevoir ».

La désunion, c’est la faute de l’autre : un refrain régulièrement entendu en politique, les deux camps préférant en général se rejeter la responsabilité. Cette fois, l’une des deux parties assume. Charles Compagnon a bien dit non à un « deal » avec Thomas Rousseau, d’après les explications données aux militants de Vivre Rennes, le nom de son mouvement qui espère renverser le Parti socialiste, au pouvoir depuis 50 ans dans la capitale bretonne.

« Risques juridiques » sur les comptes de campagne

Deux raisons principales sont avancées par l’entourage du candidat du centre-droit. La première est politique : son concurrent entretiendrait trop d’ambiguïtés avec l’extrême-droite. Ce dernier assume avoir discuté avec des personnalités du RN ou de Reconquête, tout en rejetant l’hypothèse d’un pacte avec ces deux partis. Or, Vivre Rennes refuse d’élargir l’arc jusqu’aux franges de la droite, de peur qu’elle leur coûte des points précieux au centre-gauche.

L’autre raison est plus détonante : lors des échanges avec Thomas Rousseau, des « divergences de lecture » du code électoral sont apparues. De potentielles irrégularités lui ont même été reprochées, selon nos informations. Or, en cas d’union, les comptes de campagne des deux candidats auraient été fusionnés. Les éventuels risques juridiques se seraient donc reportés sur le seul en lice, Charles Compagnon. Contacté, l’homme des Républicains confirme que ces raisons lui ont bien été signifiées pour justifier la fin des pourparlers. Il y voit « une fausse excuse » et des affirmations « diffamatoires », tout en réfutant toute irrégularité.

La droite LR se déchire

Pour l’heure, le coût politique du divorce est lourd pour le candidat LR. Celui qui a également la casquette de secrétaire départemental du parti doit faire face à des défections dans ses rangs. Mercredi, quelques heures après la publication de son communiqué, 14 militants de la droite locale ont à leur tour pris la plume. Anciens élus à la mairie, ex-candidats aux législatives… Ils ont choisi de soutenir son concurrent : « Fort de son engagement constant depuis six ans, aussi bien au sein du conseil municipal que dans les différents quartiers de Rennes, Charles Compagnon dispose aujourd’hui de la légitimité et de l’expérience nécessaires pour porter cette dynamique collective (…).»

Ce que nous construisons à Rennes est inédit

Un ralliement dont le bénéficiaire s’est félicité ce jeudi. « Quand l’intérêt de Rennes passe avant les étiquettes, on construit une majorité pour gagner », souligne Charles Compagnon. Selon nos informations, certaines de ces personnalités issues de LR pourraient figurer en bonne place sur sa future liste. Un « coup » non-négligeable pour le candidat, qui a déjà réussi à rallier la macroniste Carole Gandon, sa concurrente au scrutin de 2020. « Ce que nous construisons est inédit à Rennes, applaudit cette dernière. Une équipe plurielle, cohérente et exigeante, qui s’engage à répondre concrètement aux attentes des Rennaises et des Rennais. Nous sommes prêts à tourner la page Appéré. »

L’alliance de second tour mal partie aussi

Thomas Rousseau, lui, tient à remettre les pendules à l’heure : les 14 personnalités en rupture de ban ne sont pas des « cadres », contrairement à ce qu’ils affirment. « Dans certains cas, ils ne sont plus adhérents au parti depuis plusieurs années ou, pour d’autres, plus à jour de cotisation et inactifs depuis des mois », balaie-t-il. Tout en répétant qu’il a le soutien de la direction nationale, à commencer par le patron Bruno Retailleau, et des parlementaires.

Et de confier sa « déception » face à cet échec des négociations, « dont Charles Compagnon a la responsabilité ». « J’ai tendu la main pendant des mois pour trouver des solutions et j’étais prêt à faire des concessions sur le projet, avance-t-il. J’avais proposé une primaire, on me l’a refusée. J’avais même accepté de lui laisser la tête de liste. » Depuis le début des tractations, c’était le point principal d’achoppement entre les deux hommes, dont les relations personnelles sont loin d’être cordiales. Interrogé sur ce point, l’entourage de Charles Compagnon élude et répond que « les discussions au sujet de la tête de liste ne sont pas allées au bout ».

L’alliance n’aura donc pas lieu au premier tour. Quid d’un rapprochement au second ? Une liste peut en effet décider de fusionner avec une autre si elle a obtenu plus de 5 % des voix. Thomas Rousseau continue de « tendre la main » et n’écarte pas cette option. La température est plus glaciale en face. « Il est encore beaucoup trop tôt pour se prononcer sur cette question. Nous attendons de voir à quoi ressemblera sa campagne. Pour l’heure, nous nous concentrons sur la nôtre. »