« On travaille parce qu’on aime notre métier. Pas pour être traités comme des chiens ! ». Trois éleveurs de la Vallée de la Seine étaient en colère ce jeudi 18 décembre. Ils figuraient parmi les agriculteurs de la Seine-Maritime et de l’Eure qui se sont rendus à Rouen. Ils ont d’abord rejoint la cité administrative, puis la préfecture, afin de manifester leur mécontentement. Mercosur, taxes, dermatose, ils sont à bout et cherchent des réponses.

« Il faut vraiment être solidaires entre nous »

A 20 h 30, les porte-paroles de la Coordination rurale sont sortis de la préfecture afin de dresser le bilan. Ils ont échangé plusieurs heures durant, avec le Préfet et une représentante de la Direction départementale de la Protection des populations (DDPP), au sujet du Mercosur, des normes, des charges, des prix et de la dermatose nodulaire. « Pour eux, la maladie ne montera pas en Normandie, rapportait Dorian Havé, représentant des jeunes à la Coordination et installé à Sainte-Croix-sur-Buchy. Le préfet a donné des consignes. Nous devons les appliquer, procéder à la désinfection quand cela est possible et éviter les mouvements dans les fermes. Si un cas est détecté en Normandie, ce sera l’abattage total, ce sera la seule solution ».

Des agriculteurs inquiets

Face à ces premières paroles, la colère s’est faite ressentir dans l’auditoire. « Et pourquoi ne pas isoler la bête malade ? ». « Ils ont pensé aux deux collègues qui se sont suicidés ? ». Les agriculteurs sont inquiets. Pour le moment, la prévention est de rigueur. Des contrôles ont d’ailleurs été menés sur les routes mercredi 17 décembre. « Il faut vraiment être solidaires entre nous, ils ne nous feront pas de cadeaux », insistait Dorian Havé. « On s’est sentis écoutés, compris et entendus. Nous devons continuer de parler avec les pouvoirs publics, nous sommes des agriculteurs responsables et nous ferons tout pour protéger nos troupeaux », ajoutait Sylvain de Bosschere, président de la Coordination rurale de Seine-Maritime.

La signature de l’accord repoussée

Ce jeudi 18 décembre, les agriculteurs étaient également mobilisés à Bruxelles où s’étaient réunis les dirigeants des 27 pays de l’Union européenne.

Dans la soirée, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, a informé les dirigeants que la signature de l’accord commercial entre l’UE et les pays du Mercosur était reportée à janvier. Ce traité aurait pu être paraphé samedi lors du sommet du Mercosur à Foz do Iguaçu au Brésil, si tous les dirigeants s’étaient mis d’accord aujourd’hui. La France et l’Italie se sont opposées à cet accord.

Pour rappel, ce traité négocié depuis plus de 25 ans, a pour objectifs de permettre à l’Union européenne d’exporter davantage de véhicules et machines agricoles, vins et spiritueux en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay. A l’inverse, les entrées de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains seraient facilitées par l’Europe. « On nous ment depuis 30 ans. On va faire venir des bêtes du Brésil qui ne sont pas contrôlées et nous, on nous abat nos bêtes au lieu de nous aider à vacciner. On va droit dans le mur. Il y a un an on est venus manifester ici et rien n’a changé ! », concluaient, dépités, les trois éleveurs de la Vallée de la Seine.