Le sort de l’Ukraine, dit-on, se joue à Berlin. Donald Trump menace de représailles si nous appliquons nos lois numériques. Les quatre milliards de colis et la ruée des automobiles de Chine submergent le Vieux Continent. L’Europe peut-elle à la fois résister à l’offensive des routes de la soie, la déstabilisation du maître de Washington et les coups de boutoir de Poutine qui partage, avec la Maison Blanche, une même volonté de désunir l’Union européenne ? À en croire Thierry Breton et Arnaud de Montebourg, qui confrontent leur vision dans le Fig Mag, nous sommes, en France et en Europe, les vassaux industriels de la Chine, les vassaux numériques des États-Unis. Et plus que jamais en butte à la guerre hybride du Kremlin. Au cœur du continent, la France n’a pas de budget. Ses agriculteurs grondent contre le Mercosur. La croissance résiste mieux que prévu. Mais, quand Berlin crée un fonds souverain pour appâter les investisseurs, l’industrie reflue dans l’Hexagone. Et notre pouvoir d’achat, en (léger) recul, est désormais inférieur à celui de l’Italie. Fin 2025, nous n’avons ni cap ni autre résolution que spéculer sur l’indéchiffrable issue de la présidentielle 2027. C’est d’autant plus regrettable que la propagande de Trump contre notre modèle de civilisation cherche à affaiblir nos démocraties, nous assujettir à une vision mercantile du monde et promouvoir les nationalistes dans les États membres. Après un an de « trumpisme », les 27 sont rackettés via les droits de douane. Ecartés des tractations sur la guerre d’Ukraine. Subordonnés aux livraisons d’armes US achetées au prix fort pour Kiev. L’organisation et l’éparpillement de l’Europe, ce n’est pas nouveau, nous rendent économiquement et stratégiquement plus fragiles que jamais. Et à Bruxelles, la France de Macron ne joue plus qu’un rôle de comparse.