Publié le
19 déc. 2025 à 15h22
Le tribunal administratif de Rennes a annulé quatre arrêtés qui avaient été pris par les préfets du Finistère et des Côtes-d’Armor en 2022 et 2023 pour autoriser les agriculteurs de leurs départements à procéder à la « destruction » de plusieurs milliers de choucas des tours.
Cette espèce d’oiseaux protégée est en fait accusée d’être l’origine de nombreux « dégâts » sur les cultures en Bretagne.
Depuis 2007, plusieurs arrêtés autorisant leur « abattage » et leur « effarouchement » par les agriculteurs à titre de « dérogation » ont donc été pris par les préfets.
À la demande de la Fédération nationale des syndicats des exploitants agricoles (FNSEA), les préfets des Côtes-d’Armor et du Finistère avaient donc pris quatre arrêtés en août 2022 et mars 2023, autorisant l’abattage de 18 500 oiseaux au total dans les deux départements.
Ces arrêtés avaient été attaqués par les associations de protection animale One Voice, Bretagne Vivante, Vivarmor, Geoca et la Ligue de protection des oiseaux (LPO), parmi lesquelles certaines étaient déjà parvenues à faire annuler de précédents arrêtés similaires.
En fait, une « dérogation » à l’interdiction de détruire des espèces protégées ne peut être accordée que si trois conditions sont remplies, rappelle le tribunal administratif de Rennes dans quatre jugements en date du 27 novembre 2025 qui viennent d’être rendus publics.
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Cette « destruction » d’espèce « protégée » ne doit précisément « pas nuire au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle ».
Des « dommages importants » causes aux cultures
La « destruction » en question doit aussi être « justifiée » par certains « motifs » spécifiques, comme « la prévention des dommages importants notamment aux cultures et à d’autres formes de propriété, et aucune « solution alternative satisfaisante » ne doit exister.
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« Les choucas des tours […] sont de nature à occasionner des dommages importants sur les cultures en région Bretagne, notamment à l’occasion des semis », commence donc par convenir le tribunal administratif de Rennes, en raison de leur « nombre croissant » et du fait qu’ils « vivent dans des cavités, fréquemment des conduits de cheminées en milieu rural ».
Ces oiseaux « se déplacent dans un rayon limité autour de leur habitat », ajoutent les juges, et ils « s’alimentent en partie de végétaux, essentiellement de plantes cultivées dont principalement le blé mais aussi le maïs et le chou ».
Les dégâts provoqués aux cultures par les choucas des tours étaient par exemple chiffrés à « 680 000 €» dans les Côtes-d’Armor en 2022 et « 526 000 € » dans le Finistère en 2021. Ces dégâts peuvent donc « être regardés comme importants » et la « destruction » de ces oiseaux « peut être considérée comme étant de nature à prévenir ces dommages significatifs ».
Des « solutions alternatives » auraient du etre envisagees
D’ailleurs, une telle mesure ne nuit pas à la « conservation » de l’espèce « dans son aire de répartition naturelle ». « La population européenne de choucas des tours est considérée comme stable », font en effet savoir les juges, et « l’espèce a également connu […] une augmentation de 86 % entre 2001 et 2019 en France ». Le nombre de « couples reproducteurs » est précisément estimé à 23 000 dans les Côtes-d’Armor et 45 000 dans le Finistère, alors que les arrêtés préfectoraux autorisent l’abattage d’au maximum 8 000 individus.
Reste que la « pertinence » de l’abattage et de l’effarouchement de ces oiseaux « doit être remise en cause » : une étude régionale sur « l’écologie du choucas des tours » menée par l’université de Rennes et publiée en 2022 avait en effet déjà préconisé « des alternatives, efficaces et pérennes, à la destruction de ces oiseaux ».
L’utilisation de « répulsifs », la « limitation des accès aux tas d’ensilages », un « assolement éloigné des sites urbanisés où ces oiseaux nidifient » et des « pratiques de diversion, par agrainage ciblé, éloignées des semis » avaient été suggérés par les chercheurs.
Les « techniques d’effarouchement sonores ou visuels ou des solutions agronomiques » mises en place par certains agriculteurs se sont d’ailleurs révélées globalement « inefficaces », relèvent les magistrats rennais.
Et si « un plan régional d’actions sur le choucas des tours a été créé », cela « ne suffit pas à démontrer que […] des solutions alternatives avaient été sérieusement recherchées » par les préfets des deux départements concernés, concluent-ils. Les quatre arrêtés préfectoraux ont donc été annulés.
RB et GF (PressPepper)
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