Quelle saison, décidément ! Sur le pré comme hors terrain, l’OGC Nice n’en finit plus de faire l’actu. Cette fois, elle est positive au vu du ressenti des supporters du Gym. C’est officiel depuis hier après-midi, Jean-Pierre Rivère et Maurice Cohen sont de retour au club. Le premier était parti en août dernier, le second en 2009, mais les deux ont présidé l’OGC Nice pendant 22 ans en cumulé.

Respectivement nommés président et vice-président délégué, les deux hommes reprennent les rênes confisquées à Fabrice Bocquet, limogé de son poste de président-directeur général dans le même temps, après cinq mois chaotiques à la tête d’un club qui « joue son maintien » dixit Jean-Pierre Rivère.

« Le mal est assez profond »

« On est là tous les deux parce que le club est en difficulté en ce moment, le mal est assez profond on le sait tous. Nous n’avons pas de baguette magique, mais une énorme volonté d’aider ce club. On lui doit beaucoup et on veut lui rendre », a expliqué un homme pourtant engagé sur le terrain politique et la liste d’Éric Ciotti. « Une mission commando » de cinq mois, image Maurice Cohen, qui gérera le club au quotidien et les prises de parole médiatiques.

Pourquoi cette association ? « J’ai vu Jim (Ratcliffe) il y a trois jours, il m’a demandé si je pouvais faire une mission. Je lui ai répondu ‘‘Oui, mais pas seul. Il faudrait que je trouve quelqu’un de confiance, qui connaît le club et avec qui je suis en phase’’. En sortant de chez Jim, j’ai appelé Maurice. On s’est dit oui tout de suite », résume Jean-Pierre Rivère.

Maurice Cohen avait engagé des démarches

En réalité, Maurice Cohen n’avait pas attendu le coup de fil de Jean-Pierre Rivère pour proposer son aide à l’OGC Nice. Dès le début du mois de décembre, le nouveau vice-président délégué a entamé des discussions avec Fabrice Bocquet, désormais ex-président du Gym, et Jean-Claude Blanc, le PDG d’INEOS Sport. « Et même Jim Ratcliffe, a ajouté l’intéressé pour appuyer l’idée que les rendez-vous se sont multipliés ces derniers jours. Je les ai contactés parce que ça me faisait de la peine de voir l’OGC Nice en difficulté. J’avais envie d’aider, de créer quelque chose à côté du président en place, d’être conseiller pour essayer d’apporter quelque chose et d’aider le club à se remettre. »

« Retrouver une convivialité au sein du club »

Une idée qui avait ses partisans au sein du club et des sympathisants à l’extérieur. Ancien joueur mais aussi ex-dirigeant du club, Roger Ricort fait partie de ceux qui ont promis leur soutien à Maurice Cohen en cas de besoin pour sa mission. « J’exagère parfois quand j’évoque l’âme niçoise, mais je crois que c’est important. C’est important de retrouver autour de nous des anciens joueurs ou dirigeants qui pourraient participer et venir nous aider si c’était nécessaire, » a confirmé Maurice Cohen hier lors de sa présentation. « Pour l’instant, rien n’est arrêté mais c’est dans mon esprit. On verra par la suite comment on peut s’organiser. Mais l’idée, c’est de retrouver une convivialité au sein du club. » Avec des personnes qui connaissent parfaitement la maison. Mieux que Fabrice Bocquet, un Franco-Colombien diplômé de HEC, brillant dans le domaine financier mais trop peu imprégné du Territoire après un premier mandat de dirigeant à Lorient. Lui associer Maurice Cohen semblait idéal aux yeux de Jean-Claude Blanc, qui avait lui-même nommé Bocquet pour succéder à Jean-Pierre Rivère. Exactement ce que lui avait dit de ne pas faire JPR.

Jean-Pierre Rivère a renversé la table

C’était un secret de polichinelle en interne, moins à l’égard du grand public, Jean-Pierre Rivère et Fabrice Bocquet n’ont jamais joué dans le même camp. L’inimitié a encouragé le départ du président arrivé en 2011 comme il a favorisé son retour en force en début de semaine.

S’il fallait « un électrochoc », pour reprendre les propos de Franck Haise, c’était à la tête du club selon Jean-Pierre Rivère. C’est ce que le président a directement expliqué à Jim Ratcliffe mardi dernier, selon nos informations, en militant pour qu’une traductrice soit préférée à Jean-Claude Blanc afin d’être sûr que rien ne soit déformé dans sa lecture du bilan de mandat de trois ans et demi de Fabrice Bocquet au sein du club (il était directeur général avant de devenir PDG cet été). Après deux heures de réunion, Jim Ratcliffe communiquait sa décision par mail le lendemain matin vers 7 heures : carte blanche pour le plan exposé par Jean-Pierre Rivère.

Fabrice Bocquet, bouclier de Franck Haise

Donc si le communiqué publié par le club stipule « un commun accord », Fabrice Bocquet a en réalité été licencié par INEOS et aurait perçu une indemnité compensatoire pour les sept mois de salaire restants d’ici à la fin de saison, toujours selon nos informations. C’est Jean-Claude Blanc qui était missionné hier matin pour annoncer une éviction que Bocquet redoutait la veille face à l’annonce de la venue du PDG d’INEOS Sport pour la conférence de presse.

Parce que les annonces ont eu lieu après celle de Frank Haise, l’entraîneur niçois n’a pas pu donner son ressenti sur les événements. Au vu de ses relations devenues glaciales avec Fabrice Bocquet, le coach ne doit pas voir ce changement de hiérarchie d’un mauvais œil. Pourtant, si le technicien a encore l’opportunité de sauver la face de la saison demain, en Coupe de France contre Saint-Etienne (14h45 à huis clos à l’Allianz Riviera), et surtout sur la deuxième partie de saison en 2026, c’est principalement grâce à son ancien président.

« L’amour d’un club, on ne le perd jamais »

é galement évoqué au cours des tractations pour relancer le club après neuf défaites de rang, son licenciement s’est heurté aux difficultés financières d’INEOS. Sans la prolongation de contrat offerte par Fabrice Bocquet en août dernier, les dommages collatéraux de la crise auraient sans doute été encore plus importants.

Mais aujourd’hui le Gym veut regarder devant pour assurer son maintien en Ligue 1, et il ne peut le faire qu’en s’appuyant sur les forces en présence et en stoppant le boycott de ses supporters.

« On vient bénévolement mais on ne pourra pas tout faire tout seul, a amorcé Jean-Pierre Rivère. Je comprends la colère, la frustration autour du club. Mais l’amour d’un club, on ne le perd jamais. On aura besoin de tout le monde. »

« ç a me rappelle 2002, quand on avait été relégué par la DNCG, a embrayé Maurice Cohen. Derrière, on a vu un engouement des supporters, des autorités, des joueurs. C’est ce qu’il faut retrouver. On va voir les supporters, il faut retrouver cette joie de revenir au stade et supporter notre équipe. Le challenge est difficile. On y parviendra seulement avec la volonté de tous d’aider le club. » « Je ne mets pas du tout mes activités politiques de côté »

Que va changer le retour de Jean-Pierre Rivère à l’OGC Nice pour la campagne d’Eric Ciotti ? « Absolument rien », veut-on rassurer dans l’entourage du candidat UDR allié au RN à la mairie de Nice. S’il est élu maire de la 5e ville de France en mars 2026, é ric Ciotti a prévu de faire de Jean-Pierre Rivère son premier adjoint.

Le dirigeant de club l’a confirmé, hier, en conférence de presse : « Dans la vie, on peut avoir deux activités qui sont totalement séparées. Je viens pour le club faire une mission. En ce qui me concerne, c’est une mission le temps du championnat [qui se termine le 16 mai 2026, Ndlr]. Une fois que le championnat est terminé, je m’en retire ». « Je ne mets pas du tout mes activités politiques de côté », a assuré le colistier d’é ric Ciotti.

« Je ne m’exprimerai plus dans les médias »

Jean-Pierre Rivère avait annoncé au député niçois son intention de revenir à l’OGC Nice si le club continuait sa descente aux enfers, tout en lui garantissant qu’il resterait à ses côtés. Mais comment concilier campagne électorale et gestion d’un club en perdition ?

« Je ne m’exprimerai plus dans les médias pendant un certain temps [pour parler du club]. Maurice Cohen (nouveau vice-président délégué de l’OGC Nice) sera là [pour prendre le micro] », a-t-il indiqué.

Certains voient dans le retour de Jean-Pierre Rivère à l’OGC Nice, un (premier ?) pas de retrait dans son engagement politique. Ces derniers temps, il avait manifesté un peu de fébrilité, notamment face à la presse, lorsqu’il était interrogé sur la présence de colistiers RN sur la liste d’é ric Ciotti.

D’autres, au contraire, estiment que ces nouvelles fonctions sont un atout pour la candidature du parlementaire niçois. « S’il arrive à sauver le club, il sera vu comme l’homme de la situation et ça peut être bénéfique pour Eric Ciotti », analyse un observateur.

Sollicités, ni le député niçois, ni le maire sortant n’ont souhaité faire de commentaires.