En 2014, Nice-Matin vit l’une des périodes les plus chahutées de son histoire. Entraînée dans sa chute par l’ex-empire Hersant, l’entreprise est convoitée par des repreneurs qui prétendent la « revitaliser » en licenciant la moitié du personnel. Ainsi naît le projet de reprise porté par les salariés… et, incidemment, l’association des lecteurs.

« En préparant le dossier visant à transformer le journal en Société coopérative d’intérêt collectif (Scic), Jean-François Roubaud s’est aperçu que ce statut impliquait une représentation des salariés au conseil de surveillance, explique François Rosso, ancien chef du service Reportage. Il m’a contacté pour savoir si j’accepterais, de toute urgence, de créer cette association.  »

Entre les deux hommes, le contact est facile. Ils se connaissent depuis leurs premiers papiers dans les années quatre-vingt. Surtout, en sollicitant Rosso, Roubaud sait qu’il touche l’une des figures les plus respectées du journal.

1945-2025 : Nice-Matin célèbre ses 80 ans Le 15 septembre 1945, le premier numéro de Nice-Matin voyait le jour. 80 ans et plus de 28 000 numéros plus tard, le quotidien souffle cette année sa 80e bougie. Pour marquer cet anniversaire historique, Nice-Matin vous a préparé une année pleine de souvenirs, d’événements et de surprises.pascal primi et francois rosso

1945-2025 : Nice-Matin célèbre ses 80 ans Le 15 septembre 1945, le premier numéro de Nice-Matin voyait le jour. 80 ans et plus de 28 000 numéros plus tard, le quotidien souffle cette année sa 80e bougie. Pour marquer cet anniversaire historique, Nice-Matin vous a préparé une année pleine de souvenirs, d’événements et de surprises.pascal primi et francois rosso
Patrice Lapoirie / Nice Matin

« Je n’ai pas vraiment hésité, sourit l’intéressé. Même si, à l’époque, j’avais quitté le journal depuis huit ans.  » En quelques coups de fil, il structure le bureau de la future association dont il prend la présidence. À ce titre, il voit affluer les chèques des lecteurs invités à soutenir le projet Scic. « C’était impressionnant, siffle l’ancien journaliste. J’ai pu mesurer, à ce moment-là, la force du lien qui unit Nice-Matin aux Azuréens. Sans cela, notre pari était mort-né.  »

La suite appartient à l’histoire : le 7 novembre 2014, le tribunal de commerce de Nice attribue le quotidien aux salariés. L’association, dès lors, va pouvoir prendre toute sa place (1).

« Je me suis attaché à porter la voix de ceux qui nous lisent, nous critiquent et, en même temps, nous adorent, sourit François Rosso. Dire cela est une évidence, mais leurs remarques sont souvent frappées au coin du bon sens.  »

« Des personnes passionnées »

En 2021, il cède sa place à Dominique Pedinielli. « Mon parcours est radicalement différent, lâche-t-elle en riant. J’ai commencé ma vie professionnelle en enseignant le droit à la faculté de Toulon. En 1981, j’ai été happée par l’aventure des radios libres. J’en ai créé une avec des copains, Mistral FM, qui existe toujours aujourd’hui.  »

En 1986, elle obtient sa carte de presse et s’impose, crânement, dans le paysage médiatique face aux deux poids lourds de l’époque : Le Var- Nice-Matin et Var-matin République.

« Avec Nice-Matin, ça s’est toujours bien passé, se souvient-elle. C’était plus compliqué avec les journalistes de Gaston Defferre (2) qui défendaient bec et ongles leur pré carré.  »

En 2014, elle avait été l’une des premières à « mettre au pot » pour assurer la pérennité du journal. Sept ans plus tard, elle donne de sa personne et de son temps pour faire vivre la communauté des lecteurs. « Des personnes réellement passionnées, résume-t-elle. C’est ce qui rend cette tâche intéressante.  »

« Ma routine n’a jamais changé, conclut-elle en clignant de l’œil. Tous les matins, où que je sois, je commence ma journée en lisant Var-matin, Nice-Matin et Corse-Matin. C’est pour cela que j’ai accepté de succéder à François ; parce que je sais ce que représente ce journal pour tellement de gens !  »

1. Contact : ALNMVM BP 54215, 06131 Grasse Cedex. Mail : assolecteursnmvm@gmail.com
2. Maire de Marseille de 1953 à sa mort en 1986, propriétaire des quotidiens Le Provençal, Le Méridional et Var-matin République rachetés par Hachette en 1987.

Rosso, charismatique et bienveillant

Le parcours de François Rosso à Nice-Matin commence par un refus d’obstacle. « Je suis arrivé au journalisme assez tard après une maîtrise de Droit, par hasard et par la petite porte, résume-t-il. En 1982, je travaillais à la mairie de La Colle. Le correspondant local est décédé ; j’ai pris sa place.  »

Le jeune homme « chope le virus ». En mai 1983, il obtient un stage de pré-embauche à la locale de Nice. On lui offre d’être titularisé… à Draguignan. Il refuse. « En décembre, le directeur de la rédaction, Georges Mars, m’a fait une seconde proposition – en me précisant fermement qu’il n’y en aurait pas de troisième. C’est comme ça que j’ai obtenu mon premier poste à Cagnes-sur-Mer. »

Le rédacteur entame alors un tour des services qui le conduit de Vence à Cannes en passant par Grasse, Antibes, les « infos géné » et… Draguignan.

François Rosso et sa compagne, Pascale Primi, également ancienne journaliste à « Nice-Matin ».

François Rosso et sa compagne, Pascale Primi, également ancienne journaliste à « Nice-Matin ».
Patrice Lapoirie / Nice Matin

Huit ans après ses premiers articles, il est nommé chef d’agence, réputé autant pour sa rigueur et son talent de plume que pour ses coups de sang – aussi brefs que redoutables.

L’auteur de ces lignes, qui a travaillé sous ses ordres à la fin des années quatre-vingt-dix, peut en témoigner : François Rosso, dès cette époque, fait l’unanimité. Excellent pédagogue, leader bienveillant et charismatique, il sait à la fois trouver les infos, jauger de leur intérêt et les rédiger brillamment, trois qualités rarement réunies chez un seul journaliste.

Il est également l’un des seuls, sous l’ère Bavastro, qui n’hésite pas à rembarrer les élus trop intrusifs – quelle que soit leur étiquette politique. Un ancien maire azuréen, traité de « roitelet » parce qu’il prétendait dicter le choix d’un correspondant dans sa commune, s’en souvient encore.

« Je n’ai jamais vraiment eu le sens de la hiérarchie, confesse-t-il en rigolant. Même avec le ‘‘Vieux’’ [Michel Bavastro, le patron du journal, Ndlr], je m’efforçais d’avoir des rapports normaux, alors que cet homme terrorisait tout le monde.  »

Rosso termine sa carrière à Nice-Matin à la tête du service Reportage. « Je suis parti en 2008, bien avant l’âge de la retraite, pour de nouvelles aventures, conclut-il. Je n’aurais jamais cru que j’y reviendrai, six ans plus tard, dans des conditions aussi improbables. »