Le vrai du faux
« Le vrai du faux », l’enquête improbable du réalisateur Armel Hostiou au Congo pour retrouver son « double » (Photo : Capture « Le vrai du faux » Armel Hostiou à gauche, Cromix Onana Genda Cristo à droite)
Le titre annonce la couleur : vous allez vraiment avoir du mal à démêler Le vrai du faux en regardant ce film d’Armel Hostiou. Sorti en 2023, ce long-métrage, retrace la quête rocambolesque et improbable du cinéaste pour retrouver jusqu’en République démocratique du Congo l’homme qui se fait passer pour lui sur Facebook…
Dès les premières secondes, le ton est donné par la voix off d’Armel Hostiou. Tout part d’une mésaventure comme on en vit malheureusement souvent sur les réseaux sociaux : une usurpation d’identité. « Un jour, je découvre que j’ai un deuxième profil Facebook : un faux Armel Hostiou avec de vraies photos de moi et plein d’amies vivant toutes à Kinshasa. Il les invite aux castings de mon prochain film censé se dérouler en République démocratique du Congo. »
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Une situation qui aurait pu être très vite réglée avec l’assistance de la plateforme en signalant le compte. Sauf que Facebook n’est pas de cet avis : selon l’algorithme, le faux compte est un vrai et ne sera donc pas supprimé. L’histoire prend alors une dimension kafkaïenne : « Si l’autre moi n’était pas le faux, eh bien le faux c’était moi ! », réalise Armel Hostiou. Face à l’impossibilité de régler la situation depuis son ordinateur, il part en quête de son « double » directement à Kinshasa.
Dans son entreprise, le cinéaste est heureusement aidé par Peter Shotsha Olela, manager d’une résidence d’artistes à « Kin » où il est hébergé, et son amie Sarah Ndele. Tous deux sont déterminés à aider Armel Hostiou et l’introduisent dans les réseaux de la capitale congolaise.
« Le faux est en toi. Deviens le faux »
Mais sa quête ne va pas être exempte d’embûches. « C’est comme essayer de chercher une fourmi dans la forêt » dit Sarah, dont les interventions oscillent entre déclarations sibyllines et pensées nébuleuses sur la colonisation. Et c’est peu dire. Dans cette « forêt » qu’est Kinshasa, le réalisateur va à la rencontre de spécimens étonnants. Comme l’un « des avocats les plus célèbres » de la ville pour qui « la situation est extrêmement grave » et dont l’intervention ajoute étonnamment une dimension comique. Ou encore un marabout escroc qui menace Armel Hostiou car celui-ci refuse de lui fournir plusieurs dizaines de têtes de moutons et de corbeaux pour « apaiser les esprits ».
Impossible de ne pas rire devant certaines situations surréalistes et absurdes, comme le tête à tête au bord d’une rivière avec un pêcheur dont les pensées semblent émerger d’une profonde réflexion sous psychotropes. « Il ne faut pas séparer le vrai du faux. Le faux est en toi. Il existe. Cherche-le. Deviens le faux… »
D’ailleurs, l’ensemble du film nous laisse avec cette impression de flou et de décalage. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux ? Cette œuvre est-elle une fiction ou un réel documentaire ? Les protagonistes sont-ils vraiment ceux qu’ils prétendent être ou sont-ils des comédiens ? Ces situations ont-elles vraiment eu lieu ?
Quand le faux devient le vrai
Armel Hostiou nous laisse volontairement dans ces questionnements existentiels, même après avoir finalement retrouvé son usurpateur (enfin, peut-être ?). Ceci n’est pas vraiment un spoiler tant l’important reste le voyage et les rencontres qu’offre cette quête drôle et improbable à la fois.
Dans sa recherche de son faux double, le réalisateur n’essaie pas de juger ou de le coincer pour obtenir justice, il tente simplement de comprendre. Et par ce jeu, de nous montrer la réalité de ce « brouteur » parmi par des milliers : pro de la débrouille dans une ville immense et tentaculaire, essayant de se frayer un chemin pour s’en sortir.
Et plus le faux Armel se révèle, plus le vrai semble se perdre. « Mais qu’est-ce que je fais ici ? », se demande-t-il et nous aussi, à plusieurs reprises. Lors de ses rares apparitions face à la caméra, le cinéaste semble bien dépassé par la situation, son regard passant principalement de la perplexité à la circonspection.
Jusqu’à devenir lui-même le faux : son propre documentaire finit par être raconté par son double, lâchant enfin la quête du compte Facebook pour devenir un témoignage sociologique. Celui de la vie sur des terres où l’empreinte de l’héritage colonial est toujours présente. « Vous étiez un, vous serez deux », entend-on lors d’un rituel mystique pour séparer le vrai Armel du faux. Une cérémonie nécessitant deux bouteilles de soda, quelques gouttes de pastis et la présence de deux poules. On ne sait pas trop où l’on va, mais le voyage vaut le détour.