L’hiver s’entête à rentrer, à grand renfort d’averses et de brumes rampantes, mais rien n’y fait : il restera sur le pas de la porte. Comme un rempart face au mal-logement, un nouvel immeuble d’habitation à loyer modéré se dresse désormais au 163 route de Laghet, à la Trinité. Lovée dans ce vallon humide, la résidence « Villa Victor », gérée par le bailleur social Erilia, abrite trente-trois appartements à haute valeurs énergétiques, dont dix sont en accession sociale à la propriété.

« Dans notre département, il est de plus en plus cher de se loger et le parc locatif social est souvent vieillissant. Ce projet immobilier, qui est en réflexion depuis quatre ans [et à coûté 7,5 millions d’euros(1)], doit donc être un soulagement pour ses nouveaux habitants », a déclaré le maire, Ladislas Polski, lors de l’inauguration, vendredi 19 décembre 2025.

Avec la sous-préfète et la directrice régionale d’Erilia, le voilà qui s’engouffre dans le T2 flambant neuf de Mary Lombardo. Il y a une semaine encore, la retraitée de 64 ans s’abîmait dans un HLM vétuste, « désespérée et impuissante » face à la moisissure omniprésente et l’air humide, vicié. « Même avec le chauffage à fond, il fait 14 degrés l’hiver. Et l’été, je n’arrivais pas à dormir à cause de la chaleur accumulée », glisse-t-elle, sans « vraiment réaliser que c’est enfin fini après trois ans de galère » et d’attente de relogement.

«Jusqu’à présent, un crédit était hors de portée»

En voyant Lilya, deux ans, s’amuser dans le salon, la grand mère se réjouit d’enfin pouvoir « inviter [sa] famille dans des conditions décentes ». Attendrie, elle laisse éclater sa joie, lucide : « Dans un logement digne je recommence à vivre. Pour 480 euros, j’ai 47m² plus une terrasse ! »

L’enthousiasme est partagé par Nathan Fodor et Iloce Cavalier, couple de vingtenaires s’espérant bientôt propriétaires. Grâce au prêt social location-accession (PSLA), ils pourront acheter leur bien avant cinq ans. Une perspective inenvisageable dans le secteur privé pour ces jeunes travailleurs : « Nous étions à Riquier, à Nice, dans un 25 m² pour 900 euros. Jusqu’à présent, un crédit était hors de portée ! Mais après deux ans d’attente, nous voilà avec un 60 m² pour la même somme.»

Ladislas Polski.

Sur la commune, 444 demandes de logements sociaux émanent de Trinitaires, quand 1897 personnes extérieures sont aussi en attente d’une attribution. La part de HLM atteignant les 16,7% et non 25%, comme l’impose la loi Solidarité et Renouvellement Urbain, la Trinité doit payer 120.000 euros de pénalités annuelles(2).

«Il faut désenclaver le quartier»

Dénuée de trottoirs, de places de parking ou d’aires de retournement, la sinueuse route de Laghet peine à desservir durablement les nouvelles habitations. « Il faut désenclaver le quartier. Mes prédécesseurs ont autorisé de nombreux permis de construire mais sans anticiper le manque d’infrastructures», regrette Ladislas Polski. Souhaitant sortir du tout voiture et faciliter la vie des piéton, le maire-candidat annonce qu’en cas de réélection, un trottoir sera réalisé sous la prochaine mandature.

Pour ce qui est de la dessert en bus, l’élu encourage à utiliser « le C11, navette à la demande Lignes d’Azur ». Quid, ensuite, de la mixité sociale ? Ne fait elle pas défaut avec ce projet immobilier à 100% HLM ? « Dans le quartier, les 2/3 d’habitations sont dans le parc privé. Nous veillons à cet équilibre», assure l’élu.

(1)Dont 69.000 euros de la commune, 236.000 euros de la Métropole et 68.000 euros de la Métropole Nice Côte d’Azur.

(2)Sa carence s’élevant à 125.000 euros a été levée par la préfecture en 2024.