Alors que de nombreux acteurs déplorent ces derniers mois le retour de ces explosifs largement décriés, l’administration Trump entend ne plus restreindre leur usage.
Pour se renforcer dans «l’un des environnements sécuritaires les plus dangereux de son histoire», l’armée américaine a estimé nécessaire de revenir sur une règle mise en place par l’administration Biden et qui interdisait l’utilisation de mines terrestres antipersonnel, a révélé ce samedi le Washington Post . De quoi donner aux États-Unis un «multiplicateur de force» contre leurs ennemis, selon un document interne que le média a pu consulter. Il est signé par Pete Hegseth, en date du 2 décembre.
Le secrétaire à la Défense demande dans cette note que l’utilisation de tels explosifs ne soit plus restreinte géographiquement. Ils n’étaient jusqu’à présent autorisés que dans la «péninsule de Corée», en vue de défendre la Corée du Sud. Selon la politique actuelle, la plus grande partie des stocks de mines de l’armée américaine devait également être détruite. Ne seront désormais détruites que les mines «inutilisables ou dangereuses». La nouvelle orientation précise que des mesures seront prises pour limiter les dommages causés aux civils, et que les mines utilisées seront équipées de «mécanismes d’autodestruction et de fonctions d’autodésactivation».
«Le Pentagone réinstaure une politique discréditée, qui incite d’autres nations à faire de même», s’est ému dans un communiqué l’ancien sénateur démocrate du Vermont, Patrick J. Leahy, très engagé dans la lutte anti-mines. «Davantage de soldats américains et de soldats innocents seront tués et mutilés inutilement. […] Quiconque a vu les effets des mines terrestres sur des civils innocents sait que ces armes intrinsèquement aveugles n’ont pas leur place dans l’arsenal des nations civilisées», ajoute-t-il.
«Retour d’une arme bannie depuis trente ans»
Donald Trump a également récemment abrogé un programme américain d’«action humanitaire contre les mines». Les États-Unis ne sont par ailleurs pas signataires de la convention d’Ottawa sur l’interdiction de tels explosifs, adoptée en 1997 par 164 États. Fin 2024, Joe Biden avait fait une entorse à sa propre politique en autorisant la fourniture à l’Ukraine de mines antipersonnel pour l’aider à freiner l’avancée des Russes. En mars dernier, la Pologne, la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie avaient annoncé leur volonté de se retirer de la convention d’Ottawa.
De la Finlande à l’Ukraine, pourquoi les mines antipersonnel font leur retour en Europe
«Ces annonces font planer la menace du retour d’une arme bannie depuis trente ans», dénonçait dans la foulée Le Monde un collectif de plus de 60 personnalités, à l’initiative de Handicap International. «Le recours aux mines antipersonnel ne devrait pas faire partie de la réponse à la menace sécuritaire accrue en Europe, car ces armes ne protègent en réalité ni les populations ni les frontières. Leur coût humain est largement disproportionné par rapport à l’avantage stratégique limité qui peut leur être attribué et pour lequel des alternatives existent», expliquait la tribune.
Le Pentagone a déclaré vendredi soir dans un communiqué que Pete Hegseth était «déterminé à maintenir nos avantages concurrentiels afin de faire face à toute éventualité». Il a «chargé le département (de la défense) d’étudier la meilleure façon de répondre à nos besoins en matière de combat tout en réduisant les risques pour les non-combattants», ajoute le communiqué.