Vous avez composé des tableaux brodés. Comment la broderie intervient dans vos installations ?
La broderie m’a permis de réintroduire la couleur dans mon travail et de lui donner une physicalité proche de la sculpture. Les tableaux brodés sont réalisés avec des ateliers spécialisés, puis composés par mes soins. Fils, perles et tissus introduisent couleur, relief et densité, en dialogue avec le carton. Pour l’exposition, j’ai travaillé avec deux ateliers : l’atelier Amal et les brodeurs de Chanakya, dont le savoir-faire se transmet depuis plusieurs générations et qui maintiennent une pratique vivante extrêmement qualifiée, comparable à celle de la haute couture. Pour moi, la question n’est pas de tout faire moi-même, mais de diriger et de composer avec des talents exceptionnels, ce qui rend le processus à la fois riche et expansif.
Votre travail évoque la nature et ses fragilités. Peut-on y voir un engagement écologique ?
Une œuvre d’art est toujours un déplacement. Mon travail est traversé par une inquiétude face à notre relation à la nature et au paysage, présente comme un « bruit de fond » plutôt que comme un sujet principal. J’explore des espaces archaïques comme la forêt ou la grotte et leur version maîtrisée qu’est le jardin, ce qui révèle notre rapport ambivalent à la nature et à l’illusion de la maîtrise. Notre illusion de maîtriser la nature est peut-être ce qui est le plus artificiel. Les éléments sont reliés entre eux : l’art, comme la nature, fonctionne par échos et relations, et cette idée traverse tout ce que je fais.
Comment travaillez-vous sur vos grandes installations, est-ce un effort continu ou fait d’allers-retours ?
C’est un peu les deux. Dans l’exposition, Duomo sera la plus grande installation. C’est une œuvre de 7,3 mètres de haut, que j’ai imaginée il y a plusieurs mois, un peu comme une micro-architecture. Au début, il y a des allers-retours pour concevoir l’œuvre, vérifier la structure, les connexions et même le transport des éléments. Une fois cette phase faite, le travail devient continu et très manuel : chaque geste influe sur le suivant, la main court entre la pensée et l’action. C’est cette immersion dans le geste, proche de la sculpture ou de la peinture, que j’aime le plus.