Les multiples campagnes de recrutement lancées ces dernières années n’y ont rien fait : le Royaume-Uni manque cruellement d’examinateurs pour faire passer l’épreuve pratique du permis de conduire. Au point que pour les candidats le délai d’attente moyen atteint actuellement vingt-deux semaines, rapporte The Guardian.
“La Driver and Vehicle Standards Agency (DVSA), qui programme les tests et délivre les permis de conduire, estime qu’environ 680 000 personnes ayant réussi leur examen théorique de conduite n’ont pas encore été en mesure de réserver un créneau pour leur examen pratique”, précise le quotidien britannique.
Selon le National Audit Office (NAO), l’organisme de contrôle des administrations publiques britanniques, 83 examinateurs seulement ont été recrutés depuis 2021, très loin de l’objectif des 400 examinateurs supplémentaires qui permettraient d’en finir avec le goulot d’étranglement formé notamment à la suite de la pandémie de Covid, indique le Financial Times.
En cause, des salaires jugés peu attractifs, mais aussi des préoccupations en matière de sécurité. En 2024-2025 le NAO a ainsi recensé 426 agressions – verbales pour la plupart – contre des examinateurs. Au cours de la même année, ils ont été 230 à quitter la DVSA sur un effectif total de 1 544 examinateurs, soit un taux de départ très supérieur à celui constaté dans le reste de la fonction publique.
Des créneaux d’examen au marché noir
Mais la pénurie d’examinateurs n’est pas le seul phénomène en cause. Une enquête de la BBC a révélé que des moniteurs d’auto-école se voient proposer des pots-de-vin allant jusqu’à 250 livres sterling par mois pour vendre les identifiants de connexion qui leur permettent de réserver un créneau pour leurs candidats.
Des revendeurs utilisent ces identifiants pour “effectuer des réservations massives grâce à des robots et les revendre à des candidats” via WhatsApp et Facebook, facturant jusqu’à 500 livres pour un examen qui ne devrait pas coûter plus de 75 livres.
“Nous avons identifié des intermédiaires opérant à Londres, Birmingham, Manchester et dans les comtés limitrophes”, rapporte la BBC. En se faisant passer pour des moniteurs d’auto-école, les journalistes les ont contactés via WhatsApp et se sont vu proposer des pots-de-vin en échange d’identifiants de connexion au site de la DVSA.
Le NAO a pu confirmer que le système de réservation des tests de la DVSA, vieux de près de deux décennies, a compromis sa capacité à répondre aux “abus commis par des robots utilisés par des entreprises tierces qui achètent des créneaux d’examen pour les revendre avec profit”.
La DVSA prévoit de déployer un nouveau système de réservation, plus efficace pour lutter contre les robots à partir de 2026. En attendant, le gouvernement britannique a appelé l’armée à la rescousse : tout au long de l’année prochaine, 36 examinateurs venus de la Defence School of Transport (l’école de conduite du ministère de la Défense) seront chargés de faire passer le permis à des civils, expliquait The Telegraph le mois dernier.
La DVSA a promis de réduire à sept semaines maximum le délai d’attente des apprentis conducteurs. L’objectif n’a pas été atteint en 2025 et ne le sera pas avant 2027. Or “les retards peuvent avoir un impact sérieux sur les revenus des conducteurs en apprentissage et sur l’économie, 30 % des personnes interrogées déclarant qu’elles ont besoin du permis de conduire pour leur travail”, souligne le rapport du NAO.