Mikhaïl Loshchinin, 48 ans, pourrait bien passer les 12 prochaines années de sa vie en prison. Ce Belgo-russe doit comparaître le 15 janvier prochain devant un tribunal de Pskov, dans le nord-ouest de la Russie, où il est inculpé pour « trahison et atteinte à la sécurité nationale ».

L’homme, né à Moscou et naturalisé belge depuis une vingtaine d’années, avait quitté Trèves, en Allemagne, où il résidait depuis 2018 en juin dernier. « Il a simplement pris sa moto pour rendre visite à notre père, qui vit à Saint-Pétersbourg et est grièvement malade », explique la sœur du réfugié politique au quotidien belge Le Soir. Le père de famille venait de subir deux opérations cardiaques.

Le Belgo-russe avait déjà fait l’aller-retour sans encombre en 2020, avant la guerre en Ukraine. « Il en gardait de bons souvenirs et a donc décidé de réitérer l’expérience », ajoute sa mère Olga auprès de The Russian Reader.

« Sans soins médicaux qualifiés, il perdra la vue »

Mais après avoir parcouru plus de 2000 km sur sa Yamaha, Mikhaïl Loshchinin est arrêté au poste frontière russe d’Unbylinka dans la nuit du 30 juin au 1er juillet. Selon sa sœur installée en Pologne, tous ses effets personnels lui sont confisqués, dont son téléphone. L’homme est d’abord assigné à résidence dans un hôtel, officiellement pour des problèmes administratifs, et les autorités appellent les proches pour les rassurer.

La sœur de Mikhaïl Loshchinin dénonce un stratagème visant à « gagner du temps, calmer les proches et éviter qu’ils appellent un avocat. » Son frère est transféré le 2 août. Sa famille apprendra plus tard la destination : le centre de détention de Stary Oskol, près de la frontière ukrainienne.

Selon ses proches, Mikhaïl Loshchinin a été « torturé et maltraité, tant mentalement que physiquement ». Ils alertent sur son état de santé et évoquent de graves troubles de la vue, un risque de décollement de la rétine et des problèmes cardiaques. « Sans soins médicaux qualifiés, il perdra la vue », estime sa sœur. Le ministère belge des Affaires étrangères confirme au Soir « être au courant de la situation », sans souhaiter en dire davantage.

Publier un message sur les réseaux sociaux dénonçant les actions du gouvernement russe ou donner de l’argent à une association sont devenus des motifs de poursuites pour « trahison » en Russie. Leur nombre s’est d’ailleurs intensifié ces derniers mois.

Selon les statistiques de la Cour suprême de la Fédération de Russie, 115 dossiers de ce type ont été traités au premier semestre 2024. C’est deux fois plus que l’année précédente.