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Rédaction Guingamp

Publié le

22 déc. 2025 à 17h11

Un message posté en quelques secondes, sous un faux nom, a déclenché une affaire judiciaire aux répercussions lourdes. Ce jeudi 18 décembre 2025, à Rennes, les juges ont dû trancher une affaire où réseaux sociaux, justice et violences conjugales se croisent.

Le tribunal correctionnel de Rennes a relaxé ce jeudi 18 décembre 2025 un habitant de Mordelles (Ille-et-Vilaine) qui était poursuivi pour « diffamation » à l’encontre d’un ingénieur du son des Côtes-d’Armor qui travaillait pour un groupe de musique bretonne.

Le 30 avril 2025, Anthony XXX avait en fait publié un « commentaire » sur la « page Facebook » du groupe créé en 1997, qui annonçait sa « tournée » du printemps 2025.

« Votre sonorisateur ne fera aucunement partie de cette belle programmation […] Il serait dommage d’associer une programmation culturelle à ce type de comportement indécent, la justice étant passée, la condamnation actée. À vous de vous désolidariser », avait notamment écrit cet habitant de Mordelles sous une « fausse identité ».

« Violences psychologiques » et « menaces de mort »

Ce père de famille de 47 ans faisait précisément référence à la récente condamnation de L. XXX – qui travaillait alors comme « sonorisateur » pour ce groupe breton depuis 2019 – pour des « violences psychologiques » et des « menaces de mort » sur son ex-compagne.
Celui-ci avait finalement été « évincé » du groupe le 26 mai 2025, près d’un mois après la publication de ce commentaire.

À la barre du tribunal correctionnel de Rennes, Anthony XXX a reconnu être l’auteur de la publication mais a contesté son caractère « diffamatoire ».

Cet architecte de métier a expliqué avoir agi « sous le choc » car sa femme était la « meilleure amie » de l’ex-compagne de L. XXX.

Cette dernière était d’ailleurs « complètement déboussolée » par la « réaction » de son ex-conjoint, qui avait qualifié les faits de « petite bêtise ».

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Anthony XXX avait finalement « retiré » son commentaire après avoir été « supplié » par la victime : elle-même avait été « menacée » par la sœur de L.XXX.

L’ingénieur du son a perdu son « travail » et ses « amis »

« À cette époque, j’étais le seul sonorisateur du groupe », a expliqué l’ingénieur du son, qui a vu Anthony XXX « cinq ou six fois » dans sa vie.

Le groupe – qui avait convenu qu’il était plus « sage » que L. XXX se « mette en retrait pendant un certain temps » – a finalement décidé de mettre fin à sa collaboration avec lui car « les musiciens ont eu très très peur que ça prenne des proportions insensées ». La page Facebook de ce groupe de musique compte en effet « 19 000 abonnés ».

Les « conséquences » sur la vie de L. XXX ont donc été « gravissimes » et « immédiates », a insisté son avocate.

Anthony XXX s’est précisément « attaqué à la seule chose qui lui restait : son travail », a fustigé Me Lucie Marchix.

Depuis la « fin de l’été » 2025, « plus personne ne veut travailler avec lui » et il a aussi perdu « des amis et une vie sociale ».

L’avocate avait donc réclamé 37 000 € de dommages et intérêts pour son client.

Reste que le commentaire « ne permet pas d’identifier de manière certaine et incontestable » L. XXX, qui n’est pas « directement identifié », avait fait observer l’avocat d’Anthony XXX.

Me Arnaud Bois avait donc plaidé la relaxe de son client : d’ailleurs, l’ingénieur du son « ne prouve pas qu’il est le seul sonorisateur du groupe à partir de 2022 » et « ses pièces tendent même à prouver le contraire ».

Son client Anthony XXX a simplement poussé « une espèce de cri du cœur alors que son amie vivait un calvaire ».

Et, en tout état de cause, L. XXX est « lui-même à l’origine de ses propres préjudices » car « s’il n’avait pas été condamné, il n’en serait pas là », a conclu l’avocat.

La procureure de la République s’était elle « rapportée » à l’appréciation des juges car elle n’est « pas à l’origine des poursuites ». Le tribunal correctionnel de Rennes a finalement relaxé Anthony XXX, estimant que son commentaire n’avait « pas expressément nommé » L. XXX. Ce dernier devra même lui verser 1 000 € pour ses frais d’avocat.

RB et GF (PressPepper)

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