Un collectif de défense pour le droit des animaux déplore la mise en place de filets anti-pigeons, dans un immeuble du 14e arrondissement de Paris. Selon Pinpon Pigeon, ces protections placées par RATP Habitat constituent une menace pour ces oiseaux.
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Jessy Picard habite à Paris et est membre du collectif Pinpon Pigeon. D’après cette journaliste pigiste, tout commence par une alerte sur un groupe WhatsApp dont elle est membre.
« Vendredi 12 décembre, il y a eu un signalement pour une vingtaine de pigeons coincés dans des filets que place justement la RATP, pour empêcher les oiseaux d’aller nicher. On a vu 10 adultes, puis lorsqu’on a grimpé pour aller voir, il y avait aussi sept à huit petits. Si personne ne faisait quoi que ce soit, ils ne pouvaient pas sortir. Ils peuvent être morts de faim et morts de soif », relate cette militante des droits des animaux.
Elle contacte alors la permanence d’urgence de RATP Habitat : « La personne me dit : ‘Non, nous ne ferons rien. Les pigeons ne sont pas dans notre classification des urgences. Ce à quoi je lui réponds : ‘Mais pour les fuites d’eau, par contre, vous vous déplacez ?’. Elle m’indique alors que c’est le cas. Je commence à m’énerver, et on me demande donc d’appeler l’agence le lundi qui suit. »
Le collectif prend donc une décision. « Le samedi 13 décembre, on a fait un petit trou dans le filet, pour laisser sortir les adultes », complète Jessy Picard.
Avant de réaliser cette action, le collectif clame avoir d’abord avisé le bailleur. Pinpon Pigeon affirme avoir envoyé une lettre, dont nous avons pu consulter le contenu : « On a évidemment prévenu RATP Habitat, puisqu’on n’est pas des vandales. On va reboucher le trou, mais laissez-nous 15 jours pour que les bébés soient autonomes et qu’ils s’en aillent. Remettez ensuite votre filet. »
Pour les militants, ce dispositif n’est pas adapté. Argument avancé : certains pigeons ne sont pas répertoriés en tant qu’espèces nuisibles, au sens de la loi. À la différence des pigeons ramiers, les bisets ne sont pas considérés comme tels, au sens de la liste de la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports. Selon le collectif, ce sont justement des bisets qui se trouvent actuellement sur place. « Dans les oiseaux nuisibles, il y a notamment la corneille noire, le corbeau freux, la bernache du Canada et le corbeau. Si ce ne sont pas des nuisibles, cela implique alors qu’il y a une maltraitance, un acte de cruauté », objecte Jessy Picard.
Les membres de Pinpon Pigeon affirment aussi avoir contacté le service de presse de RATP Habitat. Des relations avec les médias qui sont encadrées par la maison-mère, en charge du transport à Paris et dans sa région. « Le service de presse de la RATP ne répond pas à mes multiples relances. Je les ai relancés trois à quatre fois. On a finalement appris par le gardien de l’immeuble qu’une intervention est prévue mardi 23 décembre au matin. Sans que l’on sache ce qu’ils vont faire : veulent-ils faire partir les oiseaux, ou reboucher le filet ? Si ces pigeons embêtent les gens, ce n’est surement pas en les tuant que cela va changer grand-chose », ajoute cette journaliste.
Interrogé, le gardien de l’immeuble tient à corriger ces affirmations. « Même en voulant ‘sauver les pigeons’ comme ils le disent, il ne fallait pas intervenir comme ça et ‘dégrader’ le dispositif. Une personne a enlevé les dalles du toit, une autre a coupé le filet. Je suis alors intervenu. Le premier contact a pu être un peu virulent envers eux, d’accord, mais ils auraient dû demander au gardien. C’est lui qui agit, et non comme cela a été fait. Je pouvais porter plainte, mais malgré cela, nous nous sommes arrangés et excusés des deux côtés », réagit Smaïl Kajjouy.
Ce filet de protection a été installé « le 29 novembre dernier », selon le gardien. Une mesure justifiée, d’après l’employé du bailleur : « Il a été demandé de mettre le filet, parce que dehors, les gens nourrissent les pigeons. Ce qui fait qu’ils entrent dans les locaux de la RATP, et que c’était un vrai désastre, argumente Smaïl Kajjouy. Je suis conscient que les pigeons posent des problèmes pour la RATP, RATP Habitat et pour les locataires. C’est bien d’être avec les pigeons, pour les animaux : on n’est pas sans cœur, mais comme je vous le dis, c’est nuisible. » Photos à l’appui, il montre la gêne alléguée. « Malgré le fait qu’il y ait un filet, il y a des centaines de pigeons devant moi », décrit-il.

Les pigeons sont nourris dans la rue et finissent par créer une gêne, estime le gardien de cet immeuble du 14e arrondissement de Paris.
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© Document remis par Smaïl Kajjouy
Quant au caractère de l’intervention prévue ce mardi 23 décembre, il apporte quelques précisions supplémentaires. « L’entreprise qui a installé le filet va passer demain. Une demande d’intervention ne se fait pas comme ça et nécessite une logistique. Ce sont des traitements de dossiers, la prise de rendez-vous, l’établissement des bons de commande. Un monte-charge doit être ramené, et il ne suffit pas juste d’enlever et de couper », avance le gardien de l’immeuble.
Il ajoute que les membres de ce collectif peuvent être présents, au cours de l’opération. Néanmoins, hors de question de laisser la situation telle quelle, selon cet homme. « On va sortir les pigeons, enlever les nids, puis on referme le filet », oppose le gardien.
De son côté, la RATP a la charge de la communication de sa filiale immobilière. Notre rédaction a donc contacté l’entreprise, ce lundi 22 décembre dans la matinée. À l’heure de la mise en ligne de cet article, le service communication de la RATP n’était pas encore en mesure de répondre à nos questions sur ce sujet.