Un groupe audiovisuel en forme. Avec 27,2% de part de marché sur l’ensemble du public en 2025, son meilleur niveau depuis 2021, le groupe TF1 confirme son statut de leader du marché. Portée par la dynamique de sa plateforme de streaming, TF1+, le groupe a connu ses meilleurs scores sur cibles depuis 18 ans. Sport, programmes, plateforme… le groupe TF1 veut amplifier sa domination en 2026, année qui marquera l’arrivée de TF1, TMC, TFX et les autres… sur Netflix. Une révolution dans le monde de la télévision. À l’aube de 2026, Xavier Gandon, directeur des antennes TV et digitales du groupe, fait pour Puremédias le bilan de l’année 2025 de TF1.
Propos recueillis par Benjamin Rabier
Puremédias : Quelle analyse faites-vous de l’année 2025 du groupe TF1 ?
Xavier Gandon : Nous sommes très satisfaits. C’est une bonne année pour le média télé qui affiche de bons chiffres, autant le temps d’écoute que le reach. Nous atteignons un reach record : 62 millions de Français regardent la télévision chaque mois. C’est vrai aussi pour les cibles jeunes, qui ne désertent pas du tout le média, loin de là, puisque 99% des 15-34 ans regardent la télé chaque mois.
Pour le groupe TF1, nous sommes en nette progression avec des niveaux records. Nous atteignons 27,2% de part de marché, notre meilleur niveau depuis 2021. Sur les cibles prioritaires, nous enregistrons 34,5% sur les femmes responsables des achats de moins de 50 ans (record depuis 18 ans) et un quasi-record historique sur les 15-35 ans depuis 2006. Ces excellents chiffres témoignent d’un succès sur toutes les chaînes du groupe et d’une très forte dynamique de notre plateforme TF1+.
C’est le résultat de la stratégie du groupe : proposer une offre de programmes premium variés, avec une richesse de nos incarnations, qui s’adressent à toutes les cibles. Nous sommes le seul groupe à proposer à la fois des grands rendez-vous de sport et d’information, de la fiction patrimoniale, de grands divertissements comme la « Star Academy » et des télé-réalités plus jeunes comme « La Villa » ou « La Bataille ».
« Comme nous sommes en pleine transformation avec TF1+, le reach est devenu notre indicateur de référence »
Xavier Gandon
On parle de plus en plus du critère du « reach ». Pourquoi cet indicateur prend-il autant d’importance ?
Le « reach » a toujours été un indicateur majeur dans nos métiers. Il est crucial pour les annonceurs de toucher le plus grand nombre de d’avoir accès aux téléspectateurs et de savoir que des publics différents consomment le média. Dans le monde du digital, cet indicateur est encore plus central. Comme nous sommes en pleine transformation avec TF1+, le reach est devenu notre indicateur de référence.
Est-ce que les 25-49 ans sont en train de détrôner les FRDA (femmes responsables des achats) comme cible référente ?
De plus en plus, même si certains annonceurs, sur certaines catégories de produits, cherchent encore spécifiquement les cibles féminines. Nous regardons désormais les deux cibles de manière équivalente.
Quel bilan faites-vous de TF1+ en 2025 ?
Xavier Gandon : Nous allons finir l’année avec des performances records : près de 1,2 milliard d’heures de contenus visionnées sur TF1+. Cela s’explique par le travail des équipes qui a permis une expérience plus fluide sur la plateforme et un enrichissement constant de notre catalogue grâce à la puissance de nos programmes, de nos séries et de nos émissions.
Vous avez lancé le micro-paiement il y a quelques semaines. Quel est le premier bilan ?
Xavier Gandon : Nous sommes encore en phase de lancement, mais les performances sont au-dessus de nos attentes.
« Nous espérons beaucoup du prolongement de « Bonjour ! » car l’audience est croissante tout au long de l’émission »
Xavier Gandon
Quels succès retenez-vous en 2025 ?
Xavier Gandon : Commençons par l’information. L’écart avec notre concurrent le plus proche n’a jamais été aussi élevé. C’est une grande réussite de la rédaction qu’il faut saluer. Nous atteignons des niveaux stratosphériques : plus de 4 millions pour le « 13 heures », plus de 5 millions pour le « 20 heures », avec des pointes à 6,5 millions de téléspectateurs pour la page spéciale d’Anne-Claire Coudray en Russie.
L’autre belle histoire concerne la dynamique de « Bonjour !« . Nous avons démarré à 7-8 % de PDA au lancement. À la rentrée 2024, nous avons commencé à atteindre les 10 %, et depuis la dernière rentrée, nous sommes aux environs de 13 %. C’est désormais la deuxième matinale de France, devant toutes celles de la TNT et des chaînes info. En janvier, l’émission gagnera une heure supplémentaire avec l’arrivée de Christophe Beaugrand. Nous en espérons beaucoup, car l’audience de « Bonjour ! » est croissante tout au long de l’émission.
Y a-t-il des cases à l’abandon qui mériteraient d’être investies ?
La dernière case qui était un peu sous-investie était celle du « Télé-shopping », car nous étions sur un modèle économique différent. Aujourd’hui, nous avons des offres de programmes installées sur l’ensemble des cases.
La « Star Academy » reste un phénomène. Comment expliquez-vous cette longévité ?
Je crois que c’est le talent des équipes de TF1 et des producteurs (Endemol et DMLSTV). Sur nos grandes franchises de flux, que ce soit « Star Academy », « Danse avec les Stars » ou « The Voice », ils parviennent à renouveler la recette chaque année pour créer de la nouveauté et surprendre le public.
Pour la « Star Academy », les équipes de Jean-Louis Blot et Mathieu Vergne ont réussi à dénicher un casting qui nous passionne chaque jour. Dans quelques semaines, « Danse avec les stars » reviendra avec un casting multi-générationnel de Stéphane Bern à Maghla, la streameuse la plus suivie sur Twitch. Enfin, la prochaine saison de « The Voice », Florent Pagny sera entouré de Tayc, d’Amel Bent et de Lara Fabian, un nouveau jury qui va faire des étincelles.
La télévision, quand elle est bien exécutée, est un formidable prescripteur culturel. On le voit avec la « Star Academy » qui a renouvelé l’offre musicale de variété pour un public jeune, qui rencontre un grand succès sur les plateformes de streaming, dans les salles de concert et qui est un booster pour les artistes : on l’a vu avec le succès de Charlotte Cardin l’année dernière ou avec Miky, dont les streams ont explosé après son duo avec Mélissa.
« Il n’y aura pas d’after ‘Koh-Lanta’ en deuxième partie de soirée cette saison »
Xavier Gandon
Un bémol : les réseaux sociaux…
Nous produisons des émissions bienveillantes et positives qui sont très populaires et créent de la conversation sur les réseaux sociaux. Face aux discours haineux, nous faisons preuve d’une extrême vigilance et mettons en place tous les dispositifs à notre disposition pour protéger les candidats. Je tiens à rappeler que le harcèlement sous toutes ses formes et puni par la loi.
« Koh-Lanta » reviendra bientôt sur TF1. Son « After » aussi ?
Après un an, « Koh Lanta » revient pour une nouvelle saison très attendue avec des changements qui surprendront à la fois les joueurs et les téléspectateurs. Il n’y aura pas d’after en deuxième partie de soirée cette saison.
« Tout pour la lumière » s’arrête après une saison. Pourquoi ?
Les scores étaient satisfaisants, notamment en streaming sur TF1+, mais sans doute pas assez, du point de vue de Netflix et du nôtre, pour repartir sur une saison 2. Cependant, nous entamons un nouvel accord industriel avec Netflix qui change de dimension. C’était une première collaboration qui va sans doute amener d’autres projets par la suite.
Y a-t-il trop de feuilletons quotidiens en France ?
Je ne pense pas, preuve en est le succès de nos 3 feuilletons actuellement à l’antenne. Pour moi, le public ne fait plus la distinction entre séries et feuilletons quotidiens et les consomment de la même manière.
Un quatrième feuilleton est-il à l’étude ?
Pas en fiction pure. Mais quand on produit la « Star Academy » ou « La Villa des Cœurs Brisés », ce sont aussi des feuilletons, car il y a cinq épisodes par semaine avec des intrigues qui se suivent. Si nous développons cette offre, ce sera plutôt sous forme de « séries réalité » sur TF1, TFX et TF1+.
« Si nous le refaisons ‘Secret Story », nous reproduirons sans doute un schéma de diffusion similaire à celui de cette année »
Xavier Gandon
Quel bilan pour « Secret Story » sur TFX ?
Nous avons eu un grand succès l’été dernier avec des performances records pour la chaîne (jusqu’à 14 % sur les cibles jeunes et féminines) et un énorme carton sur TF1+. Nous sommes très heureux de la bascule de la quotidienne sur TFX. C’est l’une de nos réussites de l’année. Nous avons envie de refaire « Secret Story ». Si nous le refaisons, nous reproduirons sans doute un schéma de diffusion similaire. Nous sommes en discussion avec Endemol.
L’intensification de la télé-réalité est-elle une vraie stratégie ?
C’est un genre qu’on n’a jamais abandonné. Son succès sur TF1+ nous a incité à relancer la « Star Academy » en 2022, puis « Secret Story » en 2024, et à accélérer en 2025/2026 avec de nouvelles émissions comme « La Bataille ». En janvier, nous lancerons sur TFX une nouvelle télé-réalité animée par Christophe Beaugrand, intitulée « Tricheurs ».
En 2025, comment TF1 analyse-t-il le succès d’un programme ?
Aujourd’hui, le succès en streaming sur TF1+ est un élément essentiel dans nos prises de décision. Cependant, si la consommation se fait de plus en plus sur le digital, un programme attractif réussit souvent à la fois en linéaire et en digital.
Est-il difficile d’imposer de nouvelles marques de flux ?
Grâce à la pérennité de nos grandes franchises nous pouvons proposer chaque année des nouveautés dont nous espérons qu’elles deviennent les franchises de demain. « Stars à domicile » a bien fonctionné sur les cibles commerciales avec 26% de PDA, ce qui est au-dessus de la moyenne. Et nous allons relancer la production d’un nouveau numéro. Pour « Bataille Navale« , diffusé en fin d’année, il est vrai que nous étions un peu en deçà de nos attentes. Dès le 2 janvier nous proposerons « Qui sera le plus nul ? », un nouveau jeu de culture générale très drôle adapté de la BBC et présenté par Camille Combal.
Quel bilan tirez-vous de la fiction ?
Nous avons eu une belle année avec la réussite de nouveautés comme « Carpe Diem » avec Samuel Le Bihan (6 millions de téléspectateurs), « Erica » avec Julie de Bona et Grégory Fitoussi, ou encore « Flashback » avec Michaël Youn et Constance Gay.
Nous réfléchissons également à donner une suite au succès de « Montmartre » sous forme de collection, à l’image de ce que nous avons fait avec « Le Bazar de la Charité ». Nous continuons notre montée en gamme avec des productions ambitieuses, de grands décors et un rayonnement international.
Ainsi, l’année prochaine, notre line-up sera très riche : « L’Été 36 », une fiction de prestige dans la continuité des « Combattantes » et du « Bazar de la Charité » (avec Julie de Bona, Sofia Essaïdi, Nolwenn Leroy et Constance Gay) ; « La Cible », un thriller d’espionnage avec Tomer Sisley et Fauve Hautot ; la saison 2 de « Cat’s Eyes » (tournée entre autres au Musée d’Orsay, au Centre Pompidou et au Mont-Saint-Michel) ; et enfin le projet évènement de la rentrée 2026 : « La Comtesse de Monte-Cristo » avec Audrey Fleurot.
Est-ce dur d’installer une saison 2 d’une série en 2025 ?
On essaye de proposer les meilleures séries mais le public est le seul juge de leur succès. Le cap de la saison 2 n’est jamais facile. Ça nous permet aussi de renouveler notre offre, parce qu’il y a aussi une attente du public toujours plus forte d’avoir beaucoup de nouveautés.
L’événement télévisuel de 2026 sera la Coupe du Monde de football, diffusée sur M6. Comment le vivez-vous ?
Nous nous concentrons sur nos propres événements, notamment le rugby, dont le succès croissant nous incite à investir davantage. Nous avons acquis la Coupe du Monde de rugby 2027 ainsi que la tournée d’été 2027 et la tournée d’automne 2029. Nous lancerons aussi le Nations Championship, une nouvelle compétition mondiale qui réunit les douze plus grandes nations de rugby au monde. Côté football, nous aurons de très belles affiches de préparation comme France-Brésil et France-Colombie fin mars puis après l’été, la Ligue des Nations 2026/2027. Enfin, nous proposerons la Coupe du Monde féminine de basket en septembre.
« Netflix va nous permettre d’augmenter, on l’espère, l’audience de nos programmes et donc de nous donner une capacité supplémentaire pour mieux les financer »
Xavier Gandon
Tous les programmes de TF1 seront disponibles sur Netflix l’été prochain. Qu’est-ce que cela va vous apporter ?
On pense qu’aujourd’hui une partie des téléspectateurs utilisent Netflix comme unique plateforme de destination. Quand ils vont sur Netflix, ils n’ont pas accès aux programmes de TF1. Demain, avec cet accord, ils pourront regarder le JT de TF1 en direct sur la plateforme ou un épisode de « Koh-Lanta » ou de « Montmartre ». Ça va nous permettre d’augmenter, on l’espère, l’audience de nos programmes et donc de nous donner une capacité supplémentaire pour mieux les financer.