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«Ma fille ne supportait pas que j’attire l’attention des gens»
Depuis sa retraite à l’été 2024, l’ancien numéro un mondial se consacre à plein temps à ses quatre enfants. Un quotidien rythmé par des réveils à 5 h 45 et des crises au Monopoly.
Publié aujourd’hui à 10h03
Réfléchi et authentique, Andy Murray se révèle hors du court.
Cameron Spencer/Getty Images
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BotTalk En bref:
- Depuis sa retraite, Andy Murray apprécie son nouveau quotidien auprès de ses quatre enfants, malgré des réveils très matinaux.
- Son coaching de Novak Djokovic, qui a duré six mois, n’a pas eu le succès escompté.
- Le tennis ne lui manque pas et il ne regrette pas une seconde de sa carrière.
Pendant vingt ans, Andy Murray a vécu au rythme des tournois, des voyages et des stades bondés, se battant pour les plus grands titres du tennis mondial. Anobli pour ses performances, il a mis fin en 2013 à septante-sept ans d’attente britannique à Wimbledon, avant d’ajouter deux titres olympiques en simple à son palmarès. Depuis sa retraite à l’été 2024, l’ancien numéro un mondial s’est lancé dans un nouveau défi à plein temps: la vie de famille, aux côtés de ses quatre enfants, Sophia (9 ans), Edie (8 ans), Teddy (6 ans) et Lola (4 ans).
«Être à la maison avec les enfants, c’est génial», a-t-il déclaré dans «The Tennis Podcast», où il évoque sans concession son nouveau quotidien lors d’un entretien de nonante minutes. «J’ai l’immense privilège de pouvoir tout partager avec eux. Lundi matin, à 10 heures, j’ai passé trois heures à regarder le match de hockey sur gazon de ma fille. Il pleuvait à verse, mais c’était merveilleux. Ce sont des moments qui me manquaient quand je jouais encore.»
Réveils à l’aube et Monopoly en famille
En tant que joueur de tennis professionnel, il pouvait parfois se permettre de faire la grasse matinée, car la plupart des matches n’avaient lieu que l’après-midi ou le soir. Cette époque est désormais révolue. «Deux de mes enfants se lèvent à 5 h 45 tous les matins», raconte-t-il. «Hier, à 6 heures, j’ai joué au Monopoly avec mon fils de 6 ans. De quoi être tout de suite bien réveillé. Nos parents ont dû nous interdire le Monopoly, à mon frère et à moi, tant il provoquait de disputes à la maison.»
Le fils semble avoir hérité d’un tempérament tout aussi fougueux. La première partie de Monopoly, édition Londres, s’est soldée par une victoire de Teddy face à son père. Lors de la seconde, le garçon s’est fixé pour objectif de construire des hôtels sur les deux cases les plus onéreuses, Mayfair et Park Lane. Mais comme il ne possédait que Mayfair, il économisait son argent dans l’espoir d’acquérir Park Lane, négligeant de construire ailleurs.
L’enfant de 6 ans n’a pas suivi les conseils paternels bien intentionnés. Lors des deux tours suivants, il a fait faillite en tombant sur des cases où se trouvaient les propriétés de son père. «Là, c’était fini», résume ce dernier. «Nous avons joué pendant deux heures, à la fin mon fils a complètement pété les plombs. Et je me suis demandé pourquoi je m’inflige ça. Quoi qu’il en soit, c’est ma vie maintenant.»
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Andy Murray explique que ses enfants sont heureux qu’il soit désormais plus souvent à la maison. Toutefois, sa fille aînée a eu besoin de temps pour s’adapter à ce changement. «C’était difficile pour elle quand je l’emmenais ou la récupérais à l’école ou quand je l’accompagnais chez ses amies. Elle ne supportait pas que j’attire l’attention des gens.»
Mais récemment, pour la première fois, Sophia a couru directement vers la voiture lorsqu’il est venu la chercher, et lui a souri. «Je me suis dit qu’elle avait peut-être un peu moins honte de moi maintenant.»
Un court coaching auprès de Novak Djokovic
Le rôle de père à plein temps a toutefois connu une parenthèse: de fin novembre 2024 à mai 2025, Andy Murray a accompagné Novak Djokovic en tant qu’entraîneur. Une expérience de six mois qu’il n’a pas acceptée par lassitude de la vie de famille ni par manque du tennis, tient-il à préciser. «Mais c’était une opportunité que je ne pouvais pas laisser passer. Je veux être coach un jour. Et si j’avais refusé Novak, je l’aurais regretté plus tard. J’étais donc content que ma femme me soutienne dans ce choix.»
Andy Murray dans «The Tennis Podcast»
Vidéo de présentation : Youtube
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Cette collaboration très attendue avec Novak Djokovic n’a toutefois pas apporté les résultats espérés. L’Écossais a épaulé le Serbe dans sa préparation pour l’Open d’Australie et a joué un rôle clé lors du succès en quarts de finale contre Carlos Alcaraz, notamment sur le plan tactique. Mais blessé, Novak Djokovic a dû abandonner face à Alexander Zverev au tour suivant et n’a ensuite jamais vraiment retrouvé son niveau. Après une quatrième défaite consécutive au premier tour, les deux hommes ont décidé de se séparer à l’amiable. «Je ne regrette pas de l’avoir fait, mais je suis déçu que nous n’ayons pas atteint nos objectifs», confie Andy Murray.
Il en est au moins ressorti une anecdote amusante. Après leur toute première séance ensemble, Novak Djokovic lui a demandé s’il voulait l’accompagner pour un footing tranquille dans un parc. Le jogging n’a jamais été le point fort d’Andy Murray, mais difficile de dire non dès le premier jour. Au bout de cinq minutes, une crampe au mollet gauche l’a cloué. Ils ont tout de même continué pendant près de cinquante minutes, à un rythme très lent, dans une douleur intense. «J’ai tenu bon, mais c’était franchement embarrassant», admet-il.
La carrière vue autrement
Le tennis ne lui manque pas, assure Andy Murray. «Je ne regrette pas le moment de servir pour le premier point d’un match à Wimbledon. Bien sûr que revivre une victoire à Wimbledon serait extraordinaire. Mais le prix à payer pour y arriver est immense.» Après avoir consacré une grande partie de son existence à ce sport, l’Écossais dit ne ressentir aucun manque aujourd’hui. «Je suis heureux de ce parcours. Mais je ne ressens pas ce vide que certains décrivent après une carrière.»
Il évoque aussi le poids des comparaisons avec Federer, Djokovic et Nadal. «Je jouais constamment contre eux. Ils représentaient le standard absolu. Forcément, à côté de leurs palmarès, mes succès semblaient presque secondaires. À l’époque, tout ce qui n’était pas un titre du Grand Chelem me donnait l’impression d’avoir échoué. Avec le recul, ce n’est clairement pas une mentalité saine.»
Murray, Federer, Nadal et Djokovic en mai 2025 lors des adieux de l’Espagnol à Roland-Garros.
Imago (Bestimage Pool FFT)
En l’espace de dix jours seulement, le regard d’Andy Murray sur sa carrière a radicalement changé. Désormais, il se dit fier de son parcours. C’est en regardant sa fille courir un cross qu’il a ouvert les yeux: «Elle est arrivée septième et j’ai trouvé ça formidable. Septième sur 100 enfants dans le district. Quand je jouais au tennis, finir deuxième dans un Grand Chelem me semblait être un échec total. Ça n’a aucun sens.»
Le tennis lui paraît aujourd’hui très lointain. Sa femme Kim a fait fabriquer une vitrine à trophées, installée au sous-sol. «Je descends rarement la voir», admet-il. Les enfants, eux, ont surtout un faible pour les deux médailles d’or olympiques, celles de Londres 2012 et de Rio 2016. «Ils adorent les porter. Au début, j’étais assez strict, mais maintenant je me dis: «Ce n’est pas grave. Si elles se rayent, tant pis.»
Traduit de l’allemand par Lily Worsham.
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Simon Graf est responsable adjoint de la rubrique sportive à Zurich et couvre le hockey sur glace et le tennis depuis plus de 20 ans. Il a étudié l’histoire et la germanistique à l’université de Zurich et a rédigé plusieurs livres sur le sport. Son dernier ouvrage: « Inspiration Federer ». Plus d’infos @SimonGraf1
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Réfléchi et authentique, Andy Murray se révèle hors du court.
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Murray, Federer, Nadal et Djokovic en mai 2025 lors des adieux de l’Espagnol à Roland-Garros.
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