Par
Dorine Goth
Publié le
26 déc. 2025 à 6h46
À Paris, les chiens ont encore la vie dure. Certains diraient une vie de chiens. Loin d’être fatalistes, le collectif Paris Condition Canine (PARC.C) entend bien renverser la tendance et profiter des élections municipales 2026 pour défendre la voix des canidés. Fondé en octobre 2025, il fédère les 11 associations parisiennes engagées pour le bien-être des chiens et le vivre-ensemble dans l’espace public, pour environ 50 000 sympathisants. « L’objectif est de construire une communauté solide pour dialoguer de manière constructive avec les élus, les autres associations et les habitants », présente à actu Paris, Aline Meynard, présidente de l’association montmartroise Les Poilus de la Butte et cofondatrice de PARC.C.
actu Paris : Pourquoi avoir choisi de fonder ce collectif à six mois des municipales ?
Aline Meynard : Paris Condition Canine représente aujourd’hui 11 associations parisiennes, avec plus de dix ans d’expérience de terrain. Cela fait plusieurs années que nous échangeons avec les institutions et, à l’approche des municipales, nous avons décidé de nous structurer davantage.
Nous couvrons actuellement 12 arrondissements, ainsi que deux bois parisiens et deux communes limitrophes. L’objectif est de construire une communauté solide pour dialoguer de manière constructive avec les élus, les autres associations et les habitants. Le tissu associatif est essentiel : nous aidons les collectifs à monter leurs dossiers, à les présenter aux mairies d’arrondissement, à la mairie centrale et à la Direction des espaces verts de la Ville de Paris.
actu Paris : Paris est-elle aujourd’hui une ville hostile aux chiens ?
A.M. : Paris est une ville en progrès, mais elle reste largement perfectible. Il y a eu des avancées, notamment avec l’augmentation du nombre d’espaces canins, mais le bien-être canin n’est pas encore suffisamment pris en compte.
Paris présente encore des aspects très hostiles, notamment en matière de sécurisation.
Les pistes cyclables sur les trottoirs, l’impossibilité de traverser certains parcs ou même de faire son marché avec un chien illustrent une réglementation urbaine ancienne, parfois incohérente.
Dans certains quartiers, la question de la propreté est aussi centrale. Des situations dangereuses existent, comme des déchets alimentaires ou du verre au sol, qui peuvent mettre la vie des chiens en danger. Paris n’est donc pas une ville pensée pour le chien, mais elle peut le devenir, à condition d’accompagner ces évolutions de manière cohérente et sécurisée.
actu Paris : Aujourd’hui, la question canine semble inévitable pour les politiques…
A.M : La place du chien dans la société a profondément évolué. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes couples adoptent un chien avant d’avoir leur premier enfant. On a 100 000 chiens dans la capitale, c’est plus que le nombre d’enfants de moins de trois ans. C’est une réalité sociale.
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Ce que nous défendons, c’est un changement de paradigme : Paris doit tenir compte de ces évolutions. Ce que nous cherchons, c’est rendre la ville plus vivable pour le chien, mais aussi pour l’ensemble des habitants. Le bien vivre ensemble est au cœur de notre démarche.
actu Paris : Quelles sont vos principales propositions ?
A.M. : Nous plaidons pour un accès généralisé aux espaces publics avec des chiens tenus en laisse, en inversant la logique actuelle. Nous souhaitons toutefois conserver un cadre, notamment pour respecter la biodiversité et les riverains.
Nous demandons aussi la création d’espaces canins sécurisés dans tous les quartiers. Ces lieux créent du lien social, ils sont mixtes et intergénérationnels. Dans certains secteurs, comme à La Chapelle, ils participent à leur sécurisation avec la création d’espaces publics apaisés.
Un autre enjeu majeur concerne la mobilité : aujourd’hui, les chiens sont interdits dans les bus et les tramways s’ils ne sont pas dans des sacs. Nous souhaitons pouvoir accéder à l’ensemble des transports en commun avec nos chiens.
actu Paris : Certains projets peuvent susciter des réticences, notamment autour des chiens sans laisse ?
A.M. : Nous ne défendons pas une ouverture totale et non encadrée. Les projets que nous portons sont sécurisés. À Nation, par exemple, nous travaillons sur des espaces délimités et protégés. Laisser des chiens sans cadre peut créer des accidents, comme ça a été le cas dernièrement à Nation [le chien a été écrasé par un camion]. C’est pourquoi nous insistons sur la réglementation, la sécurisation et la responsabilisation des maîtres. Nous avons d’ailleurs rédigé des guides de bonne conduite pour garantir des espaces apaisés, sans nuisances.
actu Paris : Comment vos propositions sont-elles accueillies par les élus et les candidats aux municipales ?
A.M. : Aujourd’hui, ils savent qu’au bout des laisses, c’est potentiellement 100 000 électeurs. C’est un sujet qui fait consensus. Tous se disent favorables à la cause canine. En octobre, un vœu sur la place du chien à Paris a été voté à l’unanimité au Conseil de Paris, et plusieurs candidats en ont fait une feuille de route.
Certaines formations politiques ont travaillé le sujet de manière très approfondie, d’autres moins. On retrouve néanmoins déjà plusieurs de nos idées dans les programmes qui seront dévoilés. Nous finalisons actuellement un livre blanc, qui sera publié fin janvier. Il intégrera notamment un sondage sur la place du chien à Paris et sera remis à l’ensemble des candidats.
Paris a progressé, avec 43 espaces canins aujourd’hui, mais le bien-être canin reste un chantier majeur pour la prochaine mandature.
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