« Qu’est-ce que j’attends du procès ? Une peine exemplaire. Et que les lois changent ! » Georges Bilello, 51 ans, est en colère. Sa voix tranchante, son regard noir, sa posture farouche : tout témoigne d’un homme déterminé. Ce chauffeur poids lourd de Cagnes-sur-Mer a découvert, en mars dernier, que sa fille échangeait avec un adulte sur Snapchat. Au terme de quatre mois de traque sur Internet, il retrouvera le pédocriminel dans une ville en Isère et le dénoncera à la police. L’homme de 36 ans, interpellé, sera jugé à Vienne (Isère) le 3 mars prochain, comme l’avait révélé Radio France.

« J’avais autorisé ma fille à disposer d’une ligne, mais avec le contrôle parental. Elle a réussi, sans que je le sache, à installer l’application. Mais elle savait que régulièrement je contrôlais tout son téléphone. »

Un samedi matin, c’est ce qu’il fait. Sa fille Léa(1) dort. Son frère aussi. « Je découvre l’application et les messages d’un homme. Il lui avait envoyé des photos très explicites. Il lui avait demandé son âge. Elle a répondu 12 ans. Donc il était très conscient de ce qu’il faisait. » Georges réveille ses jumeaux, leur dit qu’ils ont cinq minutes pour s’habiller et qu’ils vont déposer plainte.

De nombreuses violences sexuelles étant commises par des mineurs, les personnes de plus de 13 ans vivant au domicile des assistants maternels et familiaux seront aussi passés au crible.

Léa tente de se suicider

Il est reçu par le commissaire de Cagnes, Sébastien Laroze. « Je tiens à le remercier et à remercier les deux officiers de police judiciaire qui ont travaillé sur le dossier. Ils ont fait ce qu’ils pouvaient, mais il y a un vrai manque de moyens. »

Le lendemain, c’est le drame. Georges entend un bruit dans la chambre de sa fille. Elle a tenté de se suicider. Il coupera au ciseau le lien qui l’étranglait.

Léa était une jeune fille fragile. De celles dont les prédateurs se délectent. Sa maman était en train de mourir. Georges s’arrête dans son récit. « Elle avait peur que je ne l’aime plus. » Du silence qui suit, transpire l’amour pour sa fille. Mais aussi la colère à l’encontre du pédocriminel. Le gaillard poursuit : « Alors je me suis mis à le chercher. Partout. » Georges, colère chevillée au cœur et au corps, entame une traque de quatre mois.

La traque le mène à Vienne

Le pédocriminel lui a facilité la tâche en laissant son prénom, son nom et sa vraie photo. On y voit un homme barbu. Sur sa photo de profil, il a appliqué un filtre Snapchat. Son visage est entouré de chiots. L’image ne manque pas de provoquer un certain malaise pour celui qui la découvre.

Restait à découvrir où il habitait. Georges a publié son visage sur Facebook. Sans succès. « Un jour, j’ai le téléphone de Léa(1) en mains, et je découvre qu’il a commis une erreur. Il n’a pas verrouillé sa géolocalisation. »

Georges superpose cette géolocalisation à une carte type Google street view et découvre la maison du pédophile. Le père de famille ne s’en cache pas : l’idée de régler lui-même l’affaire lui a traversé l’esprit. « Si je m’étais écouté je serais allé là-bas le refroidir. Mais je ne l’ai pas fait. Le conseil que je donne, c’est de suivre la voie légale. Allez, déposez plainte. Après, si la personne veut faire des recherches comme j’ai fait, qu’elle le fasse, si ça peut aider les autorités, tant mieux. »

Le papa interpelle Gérald Darmanin

En attendant le procès, auquel il assistera avec Léa, Georges a entamé un combat pour faciliter la traque des pédocriminels et permettre aux enquêteurs d’avoir accès à la géolocalisation d’un prédateur quand un enfant est en danger. Georges ira au bout de ce combat. La députée Christelle d’Intorni (UDR) a déposé un projet de loi auquel il a apporté des propositions. « J’ai cherché de l’aide partout. Je ne remercie pas les élus de Cagnes à qui j’en ai parlé. Ils m’ont assuré de leur soutien, mais ça me sert à quoi ? J’attends des actes ! »

Georges Bilello lance un appel au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, pour le rencontrer et le sensibiliser à ce combat. « Il attend quoi ? Qu’il y ait un père ou une mère qui pète un plomb et qui aille tuer quelqu’un ? Je ne le fais pas que pour ma fille, je le fais pour les enfants, leurs parents. »

Avant de quitter Georges et sa fille, nous lui demandons s’il redoute la future décision prise par la justice. Il réfléchit, plante son regard dans le nôtre. De vraies banderilles. « Moi, je veux qu’il y ait une peine exemplaire, que les choses soient claires. Parce que, si c’est pour qu’il se prenne du sursis ou une peine symbolique, ça ne m’intéresse pas. »

Léa : « Je veux qu’il soit puni »

Léa (1), 13 ans aujourd’hui, a accepté de témoigner. Pour que les autres adolescents comprennent. Elle a, depuis cette affaire, depuis sa tentative de suicide, compris le danger qu’elle a encouru. Et senti tout l’amour de son père. « En fait, de base, c’est une dame qui m’avait contactée sur Snapchat. Elle m’a dit qu’elle cherchait une femme pour son cousin. Et c’est là que j’ai été mise en contact avec lui. »

L’adolescente sage ne sait pas pourquoi elle a bravé les interdits. « Maintenant, je me rends compte qu’il faut faire attention. J’aurais dû me rendre compte plus tôt qu’il ne fallait pas faire ça et que c’était une bêtise. »

Courageuse, Léa sera au procès. « J’attends que la justice soit rendue. Parce que je ne me rendais pas compte. Je ne savais pas vraiment ce que je faisais. Je veux qu’il soit puni pour ce qu’il a fait. »

1. Son prénom a été modifié.